Arkadi Babtchenko, très critique envers le Kremlin, a été abattu dans la capitale ukrainienne, alors qu'il rentrait chez lui. En tout cas, c'est ce que tout le monde pensait ce mercredi matin... Jusqu'à ce que le journaliste réapparaisse publiquement (et bien vivant) devant la presse à Kiev.

Le journaliste russe exilé à Kiev a été tué par balles en Ukraine
Le journaliste russe exilé à Kiev a été tué par balles en Ukraine © Maxppp / Stepan Franko/EPA/Newscom

C'est une histoire rocambolesque, qui pourrait bien tourner à l'incident diplomatique grave : annoncé mort assassiné mardi, le journaliste russe Arkadi Babtchenko, exilé en Ukraine pour échapper à des pressions dans son pays, est finalement réapparu en bonne santé le lendemain. Encore plus improbable, le chef de la Sécurité d'État ukrainienne explique lors d'une conférence de presse que tout était calculé.

L'idée était, selon les autorités ukrainiennes, de déjouer un complot visant à (vraiment) assassiner le journaliste, connu pour son opposition à la politique russe et victime de menaces de mort qui l'ont poussé à quitter son pays.

Un journaliste très critique envers le Kremlin

Arkadi Babtchenko a eu un parcours peu commun, de ceux qui agaçaient (pour le moins) dans son pays d'origine. Il a d'abord participé aux deux guerres en Tchétchénie en tant que soldat pour l'armée russe, une expérience qui l'a profondément marqué. En 2008, il racontait d'ailleurs à Zoé Varier sur France Inter comment il y a souffert, tout en devenant "accro" à la guerre. Il en tirera d'ailleurs un livre ("La couleur de la guerre") et une nouvelle vocation : le journalisme.

En Russie, il a ainsi travaillé pour deux médias très critiques envers le Kremlin, dénonçant notamment (dans des reportages sur place) le conflit dans l'est de l'Ukraine entre séparatistes prorusses et armée locale et ses 10.000 morts en quatre ans. En février 2017, il quittait la Russie, en dénonçant une "campagne effroyable" de "harcèlement". Il anime depuis un an une émission à la télévision ukrainienne, tout en se disant directement menacé depuis son départ de Russie.

Réactions indignées (plus ou moins feintes)

Un contexte qui, selon les autorités ukrainiennes, justifiait d'essayer de le faire taire définitivement. Après l'annonce de sa mort, le Premier ministre ukrainien a ainsi dénoncé "la machine totalitaire russe" qui ne lui aurait "pas pardonné son honnêteté" : "les assassins doivent être punis !" Moins virulent, le chef de la diplomatie ukrainienne soulignait "une similarité étonnante avec les méthodes que la Russie utilise pour provoquer une déstabilisation politique". Difficile de dire pour l'instant si ces représentants connaissaient l'existence du plan de la Sécurité d'État.

Des propos évidemment condamnés par le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, qui les jugeait "très tristes" : "Arkadi Babtchenko a été tué, abattu dans sa cage d'escalier et déjà le Premier ministre ukrainien affirme que sont responsables les services spéciaux russes..." De son côté, le Kremlin assurait "condamner fermement" le meurtre d'Arkadi Babtchenko, tout en s'inquiétant que l'Ukraine soit devenue "un endroit très dangereux" pour les journalistes.

En juillet 2016, un autre journaliste critique envers la Russie (le Russo-Bélarusse Pavel Cheremet) avait été tué dans l'explosion de sa voiture, alors qu'il conduisant en plein centre-ville. Cette affaire, elle, n'a toujours été élucidée.

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