800 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée le week-end dernier.
800 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée le week-end dernier. © EPA/MaxPPP

Selon les témoignages des 27 seuls survivants, le navire qui a coulé au large des côtes libyennes transportait un peu plus de 800 personnes. Parmi eux, de nombreux enfants d'une dizaine d'années. La plupart étaient Syriens, Érythréens et Somaliens. Leurs passeurs ont été arrêtés.

C'estla plus grande tragédie en Méditerranée depuis le début du XXIe siècle. Même le naufrage de 2013 au large de Lampedusa n'avait fait "que" 360 morts. Le début d'année avait déjà été marqué par une série de naufrages souvent mortels. L'OIM évoque même 30 fois plus de décès en un peu plus de trois mois que pendant la même période en 2014.

Cette fois, ce sont environ 800 personnes qui ont péri dans cette traversée périlleuse pour tenter de rejoindre l'Europe. C'est ce qui ressort unanimement des témoignages des survivants recueillis par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés et l'Organisation internationale pour les migrations.

Nous avons confronté les témoignages, il y avait un peu plus de 800 personnes à bord , dont des enfants de 10, 12 ans. Il y avait des Syriens, environ 150 Erythréens, des Somaliens... Ils étaient partis samedi à 8 heures de Tripoli.

Tous racontent aussi que le chalutier qui les transportait a en fait été victime d'un mouvement de foule au moment où un cargo portugais s'approchait pour leur porter secours. Seuls 24 corps ont été retrouvés pour l'instant par les garde-côtes italiens.

Deux passeurs, dont le commandant, arrêtés en Italie

Le parquet de Catane, en Sicile, a annoncé l'arrestation de deux passeurs responsables du drame. L'un d'eux n'est autre que le commandant du chalutier, un Tunisien âgé de 27 ans. C'est ce dernier qui a provoqué le naufrage en surchargeant son navire et en se montrant incapable de le manoeuvrer à l'approche d'un cargo portugais venu le secourir.

La Méditerranée, cimetière de migrants
La Méditerranée, cimetière de migrants © Radio France

L'Europe ne peut plus fermer les yeux

La réaction, c'est ce sommet extraordinaire organisé en urgence jeudi pour réagir face à une série noire de naufrages depuis le début de l'année, des traversées de plus en plus nombreuses et de plus en plus dangereuses. Le président du Conseil européen a estimé qu'il était grand temps que le vieux continent mette un coup d'arrêt à l'oeuvre de passeurs sans scrupules.

Nous ne pouvons pas continuer comme cela, nous ne pouvons accepter que des centaines de personnes meurent en essayant de traverser la mer pour venir en Europe . [...] Il ne faut pas attendre de solutions rapides aux causes profondes des migrations, parce qu'il n'y en a pas. S'il y en avait, nous les aurions mises en oeuvre depuis longtemps.

"Nous n'avons plus d'alibi", lance de son côté la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. "Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, ç'en est trop".

Pour François Hollande, le Conseil européen extraordinaire ne devra pas se contenter de "décisions ordinaires" :

En luttant contre ces trafiquants, nous lutterons contre le terrorisme, en luttant contre le terrorisme, nous lutterons contre ces trafiquants, parce qu'ils se financent sur la misère du monde, ils se financent sur la détresse, sur la mort. Voilà pourquoi le conseil européen de jeudi ne peut pas être simplement un conseil européen ordinaire où on prend des décisions ordinaires, il faudra aller beaucoup plus loin. J'appelle maintenant tous les Européens, et au-delà d'ailleurs, à régler des questions qui maintenant sont devenues insupportables sur le plan humanitaire, insupportables sur le plan politique .

Migrants et flux
Migrants et flux © Radio France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.