Les violences policières envers les noirs ont marqué l'année 2020 aux États-Unis. Parmi les victimes : Breonna Taylor, 26 ans, tuée chez elle par des policiers à Louisville dans le Kentucky. Aucun des agents n'a été accusé. Une enquête du New York Times révèle les erreurs flagrantes des policiers.

Manifestation en septembre à Louisville pour réclamer justice pour Breonna Taylor, tuée chez elle par des policiers en mars dernier
Manifestation en septembre à Louisville pour réclamer justice pour Breonna Taylor, tuée chez elle par des policiers en mars dernier © Getty / Jason Armond / LA Times

Que s'est-il réellement passé cette nuit du 12 au 13 mars 2020 à Louisville dans le Kentucky ? Sept policiers ont fait irruption chez Breonna Taylor, une jeune femme noire de 26 ans alors qu'elle dormait. Ils ont tiré 32 fois, tuant la jeune femme et blessant son compagnon. 

La mort de Breonna Taylor a été l'un des moteurs du mouvement Black Lives Matter. Son nom est apparu sur de très nombreuses pancartes lors des manifestations dénonçant les violences policières envers les noirs.

Pas de caméra, une mauvaise organisation et des policiers peu professionnels

Jusqu'à présent, il a été difficile de remonter le fil de la soirée, et surtout les derniers instants, car aucun des sept policiers ne portait de caméra. La ville ne leur en avait pas fournie, se mettant d'ailleurs en infraction avec la loi. Mais des milliers de documents issus des investigations viennent d'être rendus publics. De quoi permettre au New York Times de remonter le fil de la soirée notamment grâce à des images en 3D et de décrire de la manière la plus fiable possible les derniers instants de Breonna Taylor. Conclusion : une mauvaise organisation et une absence de professionnalisme de la police a causé le drame. Or, à ce jour, aucun policier n'a été accusé de meurtre. 

Un policier tire sans visibilité

Cette nuit-là, Breonna Taylor et son compagnon sont réveillés par deux violents coups à leur porte d'entrée. Ils se lèvent et Breonna Taylor demande plusieurs fois en criant "qui est là?". 

Aucune réponse. Un policier tente de casser la porte. Il y parvient après trois coups. Le compagnon de Breonna Taylor est persuadé qu'il s'agit de cambrioleurs. Armé (il a un permis et une arme achetée légalement), il tire une fois en direction de l'entrée et blesse un policier à la cuisse. Puis un autre policier tire à de multiple reprises, alors qu'il est encore sur le palier. Il reconnait lui même, lors de son interrogatoire, qu'il "ne voyait rien". Il tirera 16 fois. Son collègue tire également. Au total, Breonna Taylor a reçu 6 balles venant des deux policiers. Elle est notamment touchée à l'abdomen. Au total, les deux officiers ont tiré 22 fois en moins d'une minute. Le médecin légiste conclut que les deux ont tué la jeune femme. Presque toutes les pièces ont été touchées par des balles. Le compagnon de Breonna Taylor, lui, ne tirera plus. 

L'appartement est criblé de balles, les voisins sont terrorisés

Plusieurs balles, tirées de l'extérieur par un autre des sept policiers à travers les fenêtres, ont traversé l'appartement et ont atterri chez les voisins, un couple avec un enfant en bas âge. Personne n'a été touché mais le policier concerné a été poursuivi pour avoir mis leurs vies en danger.

Le procureur général annonce en septembre que les policiers ont agi de manière justifiée, qu'ils se sont annoncés lorsqu'ils sont arrivés à la porte de Breonna Taylor en tapant et décide de ne pas les poursuivre. Seul un agent est poursuivi pour avoir tiré sur l'appartement voisin. 

Mais ce que relève le New York Times c'est que les policiers sont soupçonnés de ne pas s'être annoncés. En effet, des voisins appellent les urgences dès qu'ils entendent des tirs et ne savent pas que des policiers sont impliqués, preuve que les agents ne se seraient pas faits connaitre avant de casser la porte. Au total, une douzaine de voisins interrogés affirment ne pas avoir entendu les policiers s'annoncer.

Les policiers intervenus ensuite critiquent la méthode de leurs collègues

Un agent du SWAT intervenu après les faits pour arrêter le compagnon de Breonna Taylor admet lors de son interrogatoire que l'intervention de la première équipe n'a pas été correctement préparée. Par exemple, les policiers ne savaient pas que la sœur de Breonna vivait dans l'appartement et que sa filleule de deux ans dormait régulièrement dans cet appartement (ni l'une ni l'autre n'étaient  là au moment des faits), ce qui aurait du les retenir de tirer. Ils ne savaient pas que Breonna Taylor, ambulancière, avait un nouveau compagnon (la police recherchait son ancien compagnon, soupçonné d'être un dealer). Le même agent du SWAT accuse même la police de Louisville de manquer régulièrement de professionnalisme. Il est également critique envers l'agent qui a tiré de l'extérieur, sans voir qui se trouvait derrière les fenêtres.

Un accord financier mais aucune condamnation pour meurtre

Brett Hankison a été poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui, ses tirs ayant traversé l'appartement des voisins de Breonna Taylor. Aucune charge n'a été retenue contre les deux autres policiers. Un jury a estimé qu'ils avaient agi en état de légitime défense. 

La famille de la jeune femme a conclu un accord avec la ville de Louisville. Elle a perçu douze millions de dollars (10,1 millions d’euros) et des réformes de la police locale. Des caméras sont désormais embarquées sur les uniformes des policiers de la ville.  

Mais l'accord au civil ne met pas fin à l'enquête pénale. La famille espère toujours des poursuites envers les policiers ayant causé la mort de Breonna Taylor.