Svetlana Alexievitch
Svetlana Alexievitch © Reuters

Le jury suédois récompense cette année la biélorusse Svetlana Alexievitch. Jusqu’au moment de l’annonce, les spéculations allaient bon train, chacun s’évertuant à deviner lequel des quelques 300 prétendants emporterait la faveur des jurés.

Les spéculations allaient bon train, s’égarant en pronostic dans l’océan des quelque 300 prétendants. Svetlana Alexievitch, Ngugi Wa Thiong'o, Philip Roth, Don DeLillo, Haruki Murakami, Joyce Carol Oates ?

"Une œuvre polyphonique mémorielle de la souffrance"

Sara Danius, la secrétaire permanente du jury suédois, a levé le voile ce jeudi midi à Stockholm : c’est finalement Svetlana Alexievitch qui récupère le prestigieux prix Nobel de littérature 2015. Le jury, souligne Sara Danius, a ainsi entendu récompenser l’écrivain pour "son œuvre polyphonique mémorielle de la souffrance et du courage à notre époque". Née le 31 mai 1948 en URSS d'un père biélorusse et d'une mère ukrainienne, Svetlana Alexievitch a fait des études de journalisme à Minsk. Elle est la 14e femme à recevoir le Nobel de littérature. La bioélorusse est l'auteur de livres poignants sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl ou la guerre d'Afghanistan, interdits dans son pays qui ne lui pardonne pas le portrait d'un "homo sovieticus" incapable d'être libre.

"J'aime le monde russe, pas celui de Staline et Poutine"

"C'est une récompense non seulement pour moi, mais aussi pour notre culture, pour notre petit pays qui a toujours vécu comme entre des pressoirs", a réagi Svetlana Alexievitch lors d’une conférence de presse organisée à Minsk dans les locaux d’un journal d’opposition. Dissidente dans son pays, elle a appelé à "ne pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire". La lauréate a reçu les félicitations du ministre russe de l’information, mais pas celles des autorités de son pays. "J'aime le monde russe, bon et humaniste, (…) pas celui de Béria, Staline, Poutine et Choïgou (le ministre russe de la Défense)", a-t-elle souligné.

Ce Nobel est un message pour les opposants à Poutine, selon Zoya Zvietova journaliste russe du magazine d'opposition New Times.

La Fin de l’homme rouge

L'oeuvre de cette ancienne journaliste de 67 ans, des récits composés à partir de témoignages patiemment recueillis, est traduite en plusieurs langues et publiée à travers le monde. Des spectacles tirés de ses livres ont été mis en scène en France et en Allemagne. Son dernier ouvrage traduit en français, "La Fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement", s'est vu décerner en France en 2013 le prix Médicis de l'Essai. Dans ce livre, l'auteur dresse un portrait sans concession mais non sans compassion de l'"homo sovieticus", plus de 20 ans après l'implosion de l'Empire soviétique.

Son nom tweeté avant la cérémonie ?

Deux heures avant l’annonce, sur Twitter, le compte @SvAlexievich, attribué à Svetlana Alexievitch, avait provoqué une ébauche de polémique en tweetant avant l’heure le résultat du vote. Trois heures plus tard, le même compte avouait qu’il avait été créé de toutes pièces par le journaliste italien Tomasso Debenedetti.

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