Aux élections législatives du 17 septembre, la coalition Bleu-Blanc de Benny Gantz est arrivée en tête devant le Likoud de Benyamin Netanyahou. L'on saura mardi si cela entraînera un changement de Premier ministre. La carte électorale d'Israël, elle, est globalement restée la même, avec quelques changements aux marges.

La Liste unifiée, une coalition des quatre plus grands partis à majorité arabe, sort renforcée de ce deuxième scrutin en cinq mois.
La Liste unifiée, une coalition des quatre plus grands partis à majorité arabe, sort renforcée de ce deuxième scrutin en cinq mois. © AFP / Ahmad GHARABLI

La nouvelle Knesset : le parlement israélien est encore plus masculin, cette fois-ci avec seulement 28 femmes sur les 120 élus (-1 par rapport au scrutin d'avril) alors qu'elles étaient 35 en 2015. Trois élus sont ouvertement gay (au Likoud, chez les Travaillistes et à l'Union démocratique), trois autres ont été chefs d'état-major de Tsahal (dont Benny Gantz). Bleu-Blanc accueille dans ses rangs un ancien directeur-adjoint du Mossad (les services secrets extérieurs) et le Likoud un ancien directeur du Shin Bet (les services secrets intérieurs). Enfin, pour la première fois, aucun membre de la Knesset ne porte de moustache !

Jérusalem toujours plus religieuse

En avril dernier, dans la ville sainte, le Likoud était arrivé en tête avec 25 % des voix, devant le parti de la Torah unifiée (23 %). Le 17 septembre, l'ordre a été inversé avec en tête ce parti religieux ashkénaze (25%) devant la droite de Bibi Netanyahou (23 %). 

Tel Aviv toujours libérale

La grande métropole côtière, exubérante et laïque, confirme son vote libéral (au sens américain où cela indique un vote de gauche ouvert sur les questions sociétales et sur l'économie de marché). Par rapport au mois d'avril, la coalition Bleu-Blanc est restée en tête en reculant légèrement (de 46 à 42 %) au profit de l'union démocratique créée en juin dernier sous l'égide de l'ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak. Au printemps, le parti Meretz (socialiste plus à gauche que les Travaillistes) avait recueilli 9 % au bord de la mer méditerranée avant de rejoindre l'UD, qui a recueilli 14 %. Tel Aviv confirme donc un ancrage à gauche mais aussi son peu d'intérêt pour ce deuxième scrutin en cinq mois, car la participation y a reculé. 

Les électeurs arabes se sont mobilisés

Leur mobilisation a été spectaculaire. Seuls 49 % d'entre eux s'étaient rendus aux urnes au printemps, ils étaient 60 % en cette fin d'été. Sans doute encouragés par la constitution d'une liste unique regroupant les principaux partis arabes (la Liste unifiée) et par la possibilité de faire chuter Benyamin Netanyahou. À Nazareth (nord), la plus grande ville arabe d'Israël, cette liste d'union a recueilli 91 % des voix !

A droite, des pertes qui font mal

Et si les roquettes de Gaza avaient contribué au mauvais résultat électoral du Likoud de Benyamin Netanyahou ? Dans plusieurs villes du sud d'Israël régulièrement visées par le Hamas ou le Djihad islamique, les électeurs ont plus voté qu'en avril et le Premier ministre y a perdu quelques points (de 34 à 31 %, à Ashdod par exemple), échouant à convaincre des populations à bout de nerfs qu'il est le meilleur bouclier anti-roquettes. À cet égard, son évacuation lors d'un meeting à Ashkelon visée par des roquettes, une semaine avant le jour du scrutin, a symbolisé ses difficultés nouvelles dans le secteur. Plus au sud, à l'intérieur des terres et donc hors de portée des roquettes gazaouies, le Likoud reste ultra-dominant avec, par exemple, 55 % des voix à Dimona. Mais au-total, le Likoud a perdu 30 000 voix. On saura mardi si elles auront coûté son poste à Benyamin Netanyahou.

L'effet du discours "laïc" de Lieberman

Ces dernières années, le chef de file d'Israel Beitenou, né en URSS, avait tenu un discours très nationaliste et même franchement d'extrême-droite, notamment à l'égard des Arabes, qu'ils soient citoyens israéliens ou bien habitants de Cisjordanie et de Gaza. En avril, a fortiori en septembre, le ton a été radicalement différent, Lieberman tenant un discours laïque pour condamner la pression exercée par les ultra-religieux dans le débat public et dans la vie de tous les jours. Ainsi a-t-il pu se détacher de Netanyahou (dont il fut longtemps le plus proche collaborateur, puis ministre), élargir sa base électorale jusque-là cantonnée aux russophones et quasiment doubler son nombre de voix en cinq mois (d'environ 170 000 à environ 300 000). Il a réalisé de très bons scores à Haïfa (la troisième ville du pays), Netanya ou Bat Yam.

Les colonies votent toujours à droite et les kibboutz toujours à gauche

Sans surprise, les colonies juives de Cisjordanie ont voté très à droite et placé en tête la coalition nationale-religieuse Yamina (conduite par Ayelet Shaked et Naftali Benett). Le parti kahaniste d'extrême-droite religieuse Force juive (qui a échoué à entrer au Parlement) a également recueilli de très bons scores (37 % par exemple à Hébron). Quant aux kibboutz, le parti travailliste y a reculé, soit au profit de Bleu-Blanc, soit au profit de l'UD, confirmant ainsi un ancrage laïc, à gauche et au centre.

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