Dès son arrivée en Birmanie lundi, pour la première visite historique d'un pape dans ce pays, les projecteurs seront braqués sur les prises de position de François sur la minorité musulmane des Rohingyas.

Le point de passage de Bahar Para, au Bangladesh a vu passer des dizaines de milliers Rohingyas, arrivées en quelques heures
Le point de passage de Bahar Para, au Bangladesh a vu passer des dizaines de milliers Rohingyas, arrivées en quelques heures © Radio France / Julie Petri

Les Rohingyas subissent, depuis des dizaines d'années, des discriminations et des violences devenues légales, que l'ONU considère comme une épuration ethnique de la part de ce pays à majorité bouddhiste. Elles ont conduit la minorité musulmane à fuir. 900 000 Rohingyas sont aujourd'hui entassés dans des campements insalubres dans le sud du Bangladesh voisin. Une arrivée massive qui a engendré l'une des plus graves crises humanitaires de ce début de XXIe siècle en Asie.

Le drame vécu par les Rohingyas a mis en lumière l’indifférence, la passivité, d'Aung San Suu Kyi sur ce dossier. Figure de l'opposition à la dictature militaire de son pays, placée en résidence surveillée durant 10 ans, celle qui a été lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, a mis en doute les persécutions subies par la minorité, a dénonce un "iceberg de désinformation" dans cette affaire et a accusé la communauté internationale et les médias étrangers d'avoir un parti pris pro-Rohingyas.

Chaque mot du pape François sera pesé et sera scruté à la loupe

Pour éviter de commettre des impairs et d’attiser l’ire des nationalistes bouddhistes durant ce voyage, planifié avant l'exode massif des Rohingyas, François a reçu au Vatican l'archevêque de Rangoun, Charles Bo. Ce-dernier lui a fait trois recommandations : ajouter au programme une discrète rencontre avec l'armée birmane, organiser une table ronde interreligieuse et, surtout, éviter d'utiliser le mot "Rohingyas". Le nom par lequel cette minorité se désigne-elle même, est en effet tabou en Birmanie on on utilise le terme, péjoratif, de "Bengalis" ou de "Bangladais". Le Vatican a donc choisi de parler des "musulmans de l'État Rahkine".

Le pape doit d'autant plus éviter de provoquer un incident diplomatique, qu'il pourrait avoir des conséquences néfastes pour la petite minorité catholique de Birmanie, qui compte moins de 700 000 personnes (1,2% de la population), dans un pays qui a pour constance de réprimer ses minorités. 

Le pape rencontrera mardi Aung San Suu Kyi qui dirige le gouvernement civil et parlera donc discrètement avec le chef de l'armée birmane, le général Min Aung Hlaing, qui a récemment jugé impossible le retour en masse des réfugiés.

Le pape devrait lancer un appel en faveur des Rohingyas

Même si le souverain pontife a déjà évoqué en termes forts le drame des Rohingyas, il a précisé qu'il venait porter un "message de réconciliation, de pardon et de paix".  Il l'a fait dans deux vidéos séparées : une destinée au Birmans et une seconde à destination des habitants du Bangladesh où il se rendra à partir du 30 novembre. C'est là qu'il rencontrera "un petit groupe de Rohingyas", dans le cadre d'une rencontre interreligieuse "pour la paix" prévue à Dacca.

Selon le secrétaire d'État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le pape lancera un nouvel appel aux autorités et à la communauté internationale pour offrir une assistance humanitaire. François devrait surtout exhorter à "une solution durable de la part de tous les protagonistes, en particulier pour ceux qui ont fui l’Etat Rakhine en Birmanie, en tenant compte de l’importance d’avoir une nationalité, seul gage de stabilité, de paix et de développement dans cette zone".

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