La France renforce sa présence militaire en Méditerranée orientale. C’est la réponse de Paris après la récente montée de tensions entre la Grèce et la Turquie sur la question du partage des zones maritimes. Le climat s’est encore détérioré cette semaine après une nouvelle provocation d'Ankara.

Le navire de recherche sismique Oruç-Reis escorté par des navires militaires turcs
Le navire de recherche sismique Oruç-Reis escorté par des navires militaires turcs © AFP / TURKISH DEFENCE MINISTRY

La situation inquiète beaucoup l’Union européenne. Depuis que d’importants gisements gaziers ont été découverts en Méditerranée orientale ces dernières années, la Grèce et la Turquie s’opposent sur la délimitation de leurs zones économiques exclusives (ZEE). Le climat s’est encore détérioré cette semaine. C’est la Turquie qui est à l’origine de ces nouvelles tensions, accusée par le gouvernement grec d’avoir déployé en toute illégalité dans le sud-est de la mer Egée, dans les eaux grecques, un navire de recherche sismique escorté par cinq frégates militaires. Le gouvernement grec a aussitôt vivement réagi, en plaçant ses forces armées en état d’alerte et en déployant sur place des éléments de la marine nationale et de l’armée de l’air. Athènes dénonce la "politique du fait accompli" d’Ankara et demande à la Turquie de se retirer au plus vite de cette zone qui se trouve à 80 kilomètres de l’île grecque de Karpathos.

La bataille du partage des eaux

Ce climat de tension est le résultat de relations de voisinage compliquées avec la Grèce, particulièrement depuis que le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est lancé dans la prospection d’hydrocarbures en Méditerranée. La Turquie semble depuis s’affranchir des règles internationales sur le partage des eaux, n’hésitant pas à revoir les cartes et repousser ses frontières maritimes pour servir ses ambitions gazières. Ainsi à la fin de l’année 2019, la Turquie négocie en dehors de tout cadre international un protocole d’accord avec la Libye qui modifie le partage des eaux. La nouvelle délimitation empiète sur la zone exclusive de la Grèce. L’Union européenne dénonce une initiative contraire au droit de la mer et exprime sa solidarité avec la Grèce.

Le difficile partage des eaux en Méditerranée.
Le difficile partage des eaux en Méditerranée. © Radio France / Rédaction internationale

Parallèlement à cela, Ankara ne cache pas sa volonté d’étendre sa zone économique exclusive sur la quasi-totalité de son littoral. Rhodes ainsi que plusieurs autres petites îles appartenant à la Grèce se retrouveraient ainsi au milieu des eaux turques, situation évidemment inacceptable pour la Grèce.

Le dialogue est-il possible ?

La présidence turque a expliqué cette semaine que la priorité était de résoudre les problèmes par le dialogue, mais Ankara ne cache pas sa volonté de faire aboutir ses projets. Le ministre turc des Affaires étrangères insiste :

"Nous défendrons jusqu’au bout les droits de la Turquie en Méditerranée et nous ne ferons aucune concession".

La Grèce de son côté affiche aussi sa fermeté. Le premier ministre grec explique qu’Athènes ne cherchera pas à aggraver les tensions mais "qu’aucune provocation ne restera sans réponse".

Un espoir de discussions était apparu avant l'été, avec dans le rôle de médiateur la chancelière allemande Angela Merkel, mais la tentative s'est finalement soldée par un échec. La partie turque n'a pas apprécié qu'entre temps la Grèce signe un autre accord maritime avec l'Égypte.

Réaction militaire de la France

Pour répondre à cette montée de tension,  la France a décidé de renforcer sa présence militaire en Méditerranée orientale. La frégate Lafayette et deux avions de chasse Rafale déjà stationnés dans la région vont participer à un exercice naval avec la Grèce. Officiellement, selon le ministère des Armées, il s’agit d’affirmer l’attachement de la France à la libre circulation, à la sécurité de la navigation maritime et au droit international en Méditerranée, mais l’exercice organisé à la hâte est clairement un signal de fermeté envoyé  à  Recep Tayyip Erdogan par Emmanuel Macron, le président français qui est déjà en froid avec son homologue turc depuis l’intervention militaire d’Ankara en Libye et qui voit d’un très mauvais œil les velléités maritimes de la Turquie à l’est de la Méditerranée.

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