Une nouvelle arrestation en Turquie, vendredi 11 novembre : le directeur du quotidien d'opposition Cumhuriyet. La chape de plomb pèse de plus en plus lourd sur l'opposition.

Un homme tient l'édition du 31 octobre du quotidien Cumhuriyet, titré "Coup d'État contre l'opposition".
Un homme tient l'édition du 31 octobre du quotidien Cumhuriyet, titré "Coup d'État contre l'opposition". © Maxppp / Sedat Suna

Ce n'est pas la première arrestation d'un membre de l'opposition en Turquie, mais celle-ci est symbolique. Le directeur du journal Cumhuriyet, Akin Atalay, a été arrêté et placé en garde à vue ce vendredi 11 novembre. Neuf journalistes de ce quotidien avaient déjà été placés en détention préventive la semaine précédente. Les journalistes contestant le président Recep Tayyip Erdogan sont donc de plus en plus rares dans le pays.

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Une arrestation parmi bien d'autres

Akin Atalay est le président de la fondation qui chapeaute le journal Cumhuriyet. Un mandat d’arrêt avait été émis contre lui lorsqu'il était à l’étranger. C'est à la sortie de son avion en provenance d'Allemagne, à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, qu'il a été remis aux policiers.

Tout comme les neuf journalistes du quotidien arrêtés fin octobre, une mesure qui a suscité l'inquiétude des défenseurs des droits de l'Homme et des critiques internationales, Akin Atalay est en garde à vue pour "soutien à des activités terroristes" liées à Fethullah Gülen, imam turc accusé d'être à l'origine du coup d'État de juillet dernier, et aux rebelles kurdes du PKK.

Ces arrestations ont lieu dans un contexte toujours aussi tendu pour l'opposition turque. Le parquet a réclamé la prison à vie jeudi 10 novembre, contre la romancière Asli Erdogan, accusée de soutien au terrorisme du PKK après avoir défendu un journal kurde menacé de fermeture. Deux jours avant, c’était le début du procès du correspondant de Reporters sans frontières, Erol Önderoglu, accusé des mêmes choses. Le procès des journalistes de Cuhmuriyet pourrait lui débuter avant la fin de l’année.

105 journalistes arrêtés depuis juillet

Cumhuriyet est un journal d'opposition farouchement critique du président Recep Tayyip Erdogan. Après les arrestations de ses journalistes, le quotidien a assuré qu'il lutterait "jusqu'au bout", dans un pays où la presse a été particulièrement visée par les purges menées depuis le putsch avorté de juillet. Des opposants au président Erdogan et des organisations de défense des droits de l'homme accusent les autorités de se servir de l'état d'urgence instauré après le putsch manqué pour étouffer toute critique.

Les autorités turques nient pour leur part toute atteinte à la liberté de la presse et affirment que les seuls journalistes arrêtés sont ceux liés à des "organisations terroristes", expression désignant le PKK et le réseau "güléniste".

Selon l'Association des journalistes de Turquie, 170 organes de presse ont été fermés, 105 journalistes placés en détention et 777 cartes de presse annulées depuis la tentative de coup d'État du 15 juillet.

A noter également l'arrestation, ce vendredi, d'Olivier Bertrand, journaliste au site Les Jours, sans que l'on sache les raison de cette garde à vue.

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