Y'aura-t-il du pernil à Noël ? Cette question paraît anodine, mais pour les Vénézuéliens elle est essentielle : ce jambon à l'os est le plat traditionnel du repas de Noël. Au point que le gouvernement avait promis que chaque famille en aurait au moins un pour les fêtes. Une promesse qu'il n'a pas pu tenir.

Migrants vénézuéliens en Equateur (illustration)
Migrants vénézuéliens en Equateur (illustration) © AFP / Luis Robayo

Au Venezuela, les fêtes de fin d’année s’annoncent difficiles. Le fonds monétaire international y prévoit une inflation de 10 000 000 % en 2019, et l’ONU estime qu’au moins 2 300 000 de personnes ont quitté le pays depuis 2015.

Comme l’année dernière, le pays est aussi touché par une pénurie de "pernil", un jambon à l’os traditionnellement servi au repas de Noël. Juste avant les élections municipales du 9 décembre dernier, le gouvernement avait promis que chaque famille vénézuélienne aurait au moins un pernil. Mais la distribution a été chaotique, et de nombreux foyers n'ont pas pu en profiter.

Illustration dans le barrio La Vega, un quartier populaire de Caracas. Ici, l’électricité est coupée, et il n’y a plus de signal téléphonique... Mais ce n’est pas ce qui agace le plus les habitants. Au centre des conversations : la distribution du fameux pernil à quelques jours de Noël. Maria, une habitante du quartier, raconte une "distribution totalement désorganisée. Cela s’est fait tard le soir, on nous a prévenus au dernier moment, sans préciser qu’il fallait payer en espèces. Beaucoup de personnes n’en avaient pas, essayaient d’en emprunter, c’était mal organisé."

Les gangs se sont servis en premier

Plusieurs raisons à cette désorganisation : la pénurie d’abord, mais aussi la corruption. Les colectivos, des gangs proches du pouvoir, se sont en effet servis avant la distribution. À cela, il faut ajouter le rôle du gouvernement qui a utilisé le jambon à l’os pour faire du chantage électoral, selon le prêtre du quartier Alfredo Infante :

"Le pernil au Venezuela, d’un point de vue culturel, c’est l’équivalent de la dinde pour Thanksgiving aux États-Unis. Le gouvernement s’en est servi pour les élections municipales du 9 décembre en disant : ‘si tu votes, tu vas passer un bon Noël car tu auras un pernil’."

Finalement, rares sont les Vénézuéliens à profiter du précieux jambon pour les fêtes. D’autant que bien souvent, ceux qui l’ont reçu l’ont déjà mangé : ils n’avaient que ça pour se nourrir.

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Le reportage à Caracas de Benjamin Delille.

Par Benjamin Delille

L'essence (aussi) commence à manquer

Il représente 96 % des exportations du Venezuela, c'est dire si cette autre pénurie de fin d'année est marquante pour ses citoyens. À Caracas, la capitale, les stations-service sont prises d'assaut, avec de longues files d'attente. Il y a une semaine, un incendie a éclaté dans la principale usine de remplissage d'essence, obligeant les habitants à s'approvisionner beaucoup plus loin.

Un problème qui n'est pas isolé : faute d’investissements, l’état des structures pétrolières se dégrade de plus en plus rapidement, et les pénuries se multiplient. Ces derniers mois, la production d’essence s’est réduite de moitié au Venezuela.

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