Les Vénézuéliens qui veulent rejoindre le Pérou, l'une des économies les plus dynamiques de l'Amérique latine, doivent désormais présenter un passeport pour entrer sur le territoire, un document quasi impossible à obtenir en raison de la crise qui frappe le Venezuela.

Le Pérou s'attend à accueillir près de 100 000 migrants vénézuéliens et les postes-frontières sont dépassés par l'afflux de réfugiés
Le Pérou s'attend à accueillir près de 100 000 migrants vénézuéliens et les postes-frontières sont dépassés par l'afflux de réfugiés © AFP / HO / ANDINA

Le Pérou commençait samedi à durcir les conditions d'entrée sur son territoire en exigeant désormais un passeport aux milliers de Vénézuéliens qui fuient leur pays en crise, alors que l'Amérique latine est confrontée à la plus grande crise migratoire qu'ait connue la région.

Vendredi des bus de migrants vénézuéliens mis en place gratuitement par l'Equateur voisin se dirigeaient vers la frontière péruvienne dans une véritable course contre-la-montre. Ces personnes venaient de traverser la Colombie et se dirigeaient vers le Pérou, une des économies les plus dynamiques de la région. 

Jusqu'à présent, une simple carte d'identité suffisait aux Vénézuéliens pour entrer au Pérou. L'Equateur, pays de transit pour nombre de ces migrants cherchant à se rendre au Pérou, au Chili ou en Argentine, avait mis en place une mesure similaire samedi dernier, finalement suspendue.

La décision du Pérou d'exiger un passeport revient à fermer la porte au nez de nombre de Vénézuéliens, car obtenir un passeport dans ce pays est devenu un parcours du combattant en raison de la crise économique et de la pénurie généralisée, qui affecte aussi le papier servant à imprimer les documents officiels. 

Plus d'1,6 millions de migrants vénézuéliens depuis 2015

Selon les Nations unies, sur les 2,3 millions de Vénézuéliens vivant à l'étranger, plus de 1,6 million ont fuit depuis 2015 la grave crise économique et politique qui sévit dans leur pays. Quelque 90 % d'entre eux se sont réfugiés dans les pays de la région.

Le rythme des arrivées à la frontière péruvienne, jusqu'ici de 2 500 à 3 000 réfugiés par jour, selon les services d'immigration, devrait s'accélérer. Le Pérou, qui enregistre une croissance économique parmi les plus élevées de la région, s'attend à accueillir 100 000 réfugiés vénézuéliens dans les prochaines semaines, ce qui portera leur total à un demi-million. Mais le sentiment anti-migrants progresse au sein de la société et les restrictions d'accès au territoire bénéficient d'un certain soutien dans la population.

Le poste frontière d'Aguas Verdes, au nord du Pérou, habitué à recevoir quelque 200 voyageurs par jour, semblait vendredi dépassé par l'arrivée massive de Vénézuéliens. Au total, c'est quelque 2 500 migrants qui ont été recensés. Dans la nuit, l'afflux d'arrivées de migrants était tel au poste-frontière de Tumbes, dans le nord du Pérou, que celui-ci, théoriquement ouvert 24 heures sur 24, a fermé à minuit (05h GMT samedi).

Nombre des migrants vénézuéliens sont arrivés à pied. Partis du Venezuela début août, ils ont accéléré le pas pour atteindre la frontière avant ce week-end. 

Les migrants "vont revenir" au Venezuela, assure le gouvernement

De son côté, le gouvernement vénézuélien assure que les migrants "vont revenir" grâce aux réformes économiques du président Nicolas Maduro. 

Face à l'ampleur du phénomène, les Nations unies vont mettre en place une cellule de crise régionale, a annoncé vendredi Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. De leur côté, deux agences onusiennes, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont appelé jeudi les pays latino-américains à continuer d'accueillir les réfugiés vénézuéliens, dénonçant les exigences mises en place aux frontières.

"Personne ne parle de fermer la frontière, il s'agit d'exercer un meilleur contrôle migratoire pour des raisons de sécurité. 80 % des Vénézuéliens qui arrivent au Pérou ont leur passeport", s'est défendu le ministre péruvien de l'Intérieur, Mauro Medina.

Les Vénézuéliens sont étranglés par la crise économique : l'inflation pourrait atteindre 1 000 000 % fin 2018 selon le Fonds monétaire international, et le PIB devrait s'effondrer de 18 %.

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