Le célèbre guide de voyage sort un ouvrage sur la dictature nord-coréenne. Dans l'actualité de ces derniers mois avec les sommets réunissant Kim Jong-Un et son homologue américain Donald Trump, le très secret pays n'a pas une vocation touristique. Mais pour l'éditeur du Petit Futé, ce guide peut trouver son public.

Le guide touristique du "Petit Futé" parie sur son édition dédiée à la Corée du Nord
Le guide touristique du "Petit Futé" parie sur son édition dédiée à la Corée du Nord © AFP / Ed JONES

"Quand j'ai effectué mon séjour en Corée du Nord il y a dix ans, j'ai eu deux moments de bonheur : le premier, c'est quand je suis arrivé dans le pays, me disant que j'étais l'un des rares Français à visiter la Corée du Nord. Et le deuxième moment de bonheur, c'est quand, après quinze jours, j'en suis reparti, tellement il me tardait de quitter ce pays."  

Même s'il vient d'éditer un guide sur la Corée du Nord, le co-fondateur du Petit Futé, Dominique Auzias n'est pas vraiment le meilleur VRP du pays de Kim Jong-Un.  

16 hôtels et 13 restaurants pour tout le pays

De toute façon, il le sait bien : si le dernier ouvrage de sa collection trouve acquéreur, ce ne sera pas tant un voyageur qui s'apprête à découvrir la Corée du Nord qu'un curieux souhaitant, de chez lui, s'informer sur ce pays si méconnu et fermé.  

À peine 16 hôtels et 13 restaurants pour l'ensemble de la patrie sont référencés dans ce guide de quelques 200 pages. Le principal intérêt de ce nouveau Petit Futé sont les informations que l'on peut y trouver sur les sites ou monuments officiels dédiés au Grand Soleil du XXIème siècle, surnom attribué dans le pays au président Kim Jong-Un.  

Le Petit Futé, agenda des fêtes en l'honneur de la famille Kim, dictateurs de père en fils
Le Petit Futé, agenda des fêtes en l'honneur de la famille Kim, dictateurs de père en fils © AFP / Ed Jones

Le guide vous dira également tout sur les parades militaires incroyablement rythmées, colorées et menées avec rigueur qui sont orchestrées les jours fériés. Ainsi que sur l'histoire de ce jeune pays créé en 1948.  

"Comparer ce que nous disent les médias et la réalité"

Le Petit Futé rappelle bien qu'il n'est pas possible de visiter la Corée du Nord sans passer par une agence de voyages et sans être flanqué de l'un de ces agents du régime qui vous évitent de sortir des sentiers battus. On peut s'étonner alors de la formulation trouvée dans les premières pages de l'ouvrage : "Se rendre sur place, c'est comparer ce que l'on nous dit dans nos médias de tous les jours et la réalité". Surprenante phrase quand on sait qu'il est impossible d'avoir accès à l'envers du décor en Corée du Nord. Dominique Auzias s'explique : 

Aller sur place vous donne quand même l'impression de bien comprendre la réalité. Celle quand on vous interdit tout et qu'on vous limite simplement à certaines choses. 

Les visites sur place se faisant sans aucune liberté, peut-être que la phrase "une certaine réalité" aurait été plus juste.  

Matthew Miller, touriste américain, a été jugé en 2014 à Pyongyang pour avoir demandé... l'asile politique à la Corée du Nord. Il sera condamné à 6 ans de travaux forcés.
Matthew Miller, touriste américain, a été jugé en 2014 à Pyongyang pour avoir demandé... l'asile politique à la Corée du Nord. Il sera condamné à 6 ans de travaux forcés. © Maxppp / Kyodo

Pour Pyongyang, l'intérêt de recevoir des touristes, c’est d’obtenir des devises étrangères avec lesquelles le touriste peut payer. Pour l'éditeur du Petit Futé, si les ventes dans les pays francophones risquent de ne pas être vraiment importantes, il peut compter sur une possible traduction par ses éditeurs partenaires russes et chinois, pays "amis" de la Corée du Nord.  

Michel Strogoff ou un roman de Kessel qui suscitent la curiosité pour des pays fermés

Tiré à 4 000 exemplaires, on se demande si ce guide trouvera suffisamment d'acquéreurs francophones. Il y aura les amateurs de second degré qui l'achèteront pour le mettre bien en vue sur l'étagère ; peut-être aussi ceux qui chaque année participent au très déroutant Marathon de Pyongyang ou, enfin, ceux qui sont fascinés par les pays fermés et méconnus. "On s'aperçoit, depuis plusieurs années, que des guides sur des pays fermés ne sont pas achetés que par des gens qui vont se rendre dans le pays, explique Dominique Auzias. On a fait un guide sur la Sibérie il y a plus d'une vingtaine d'années, beaucoup de gens qui avaient lu Michel Strogoff voulaient savoir comment c'était. Ou alors, concernant notre guide sur l'Afghanistan, ceux qui avaient lu Les cavaliers de Joseph Kessel, ou qui avaient des membres de leur famille dans une ONG ou dans l'armée en partance pour le pays, voulaient savoir ce qu'on mangeait dans ces pays ou quelle était leur histoire."

Toujours est-il que ce guide sur le pays du Guide suprême surprend. Notamment par certaines de ses rubriques. Le Petit Futé - qui, sur le coup, ne l'est pas tellement - préconise, page 176, pour toute question relative à la santé de se tourner vers le site du Quai d'Orsay qui, lui, déconseille fermement de se rendre en Corée du Nord, pays avec lequel la France n'entretient aucune relation diplomatique. 

Les Britanniques eux y ont une ambassade. Ce qui a permis peut être à l'un des rois de l'absurde, Michael Palin, ex-membre des Monty Pythons d'y réaliser un documentaire qui, s'il ne dit pas tout des difficultés vécues par les Nord-Coréens a le mérite de montrer un tant soit peu le pays et notamment le réveil-matin à la gloire du fondateur du pays, Kim Il Sung, offert à tous les citoyens.

Pour en revenir au Petit Futé, l'ouvrage est à lire donc avec une certaine distance, curiosité peut-être. Dans l'hypothèse d'un voyage sur place, il vous est conseillé de le télécharger en version numérique, ce genre de livre ayant peu de chance d'entrer dans un pays qui ne veut pas recevoir de leçon de démocratie des étrangers.  

Une phrase piochée page 8 ne manque pas de préciser, avec un certain cynisme, que "le vrai plus d'un voyage en Corée du Nord, c'est qu'en rentrant en Europe, on apprécie beaucoup plus la liberté dont on dispose après en avoir manqué sur place". Une vision du tourisme misérabiliste finalement pas très... fut'fut' !

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