par Chris Buckley

PEKIN (Reuters) - Les pays voisins de la Chine craignent que le programme de porte-avions développé par Pékin serve à terme à les intimider, même si les autorités chinoises assurent vouloir seulement assurer leur sécurité.

Au lendemain de la confirmation par Pékin de la remise en état d'un porte-avions de conception soviétique, et de la mise en construction de deux autres porte-avions, un journal officiel justifie jeudi cette décision par les invasions subies par la Chine au long de son histoire.

Les humiliations infligées par les puissances occidentales "ont laissé le peuple chinois dans la situation douloureuse de ne pas pouvoir défendre ses mers, et de devoir manger les fruits amers de la défaite à cause de son retard de développement", écrit le Liberation Army Daily.

Ce rapport de forces est en train de s'inverser, Pékin augmentant son budget militaire au moment où Washington envisage de diminuer le sien, ce qui n'est pas de nature à rassurer les pays frontaliers de la Chine, qui ont presque tous des conflits territoriaux avec leur puissant voisin.

Ces dernières années, des disputes maritimes ont opposé la Chine au Japon, au Vietnam et aux Philippines. Ces incidents - collisions entre bateaux ou accusations d'incursion dans les eaux territoriales - n'ont pas été très graves, mais ils ont provoqué à chaque fois de vives réactions diplomatiques.

TRANSPARENCE

"La question de la transparence de la politique de défense de la Chine et de son développement militaire est une source d'inquiétude pas seulement pour le Japon, mais pour toute la région et la communauté internationale", déclare jeudi le secrétaire général du gouvernement japonais, Yukio Edano.

"Nous appelons la Chine à faire preuve de davantage de transparence en diffusant plus d'informations, y compris sur l'intérêt pour elle de posséder des porte-avions et sur ses programmes de construction et de déploiement (de tels navires)", ajoute-t-il.

La Corée du Sud se méfie aussi des intentions de la Chine, avec laquelle elle a une dispute territoriale et qui s'avère être aussi le principal soutien de la Corée du Nord.

"Dans le passé, la Chine ne manquait jamais une occasion de critiquer les Américains quand l'un de leurs porte-avions entrait en mer Jaune, près des côtes de la Corée du Sud", rappelle Moon Hong-sik, de l'Institut pour la stratégie de sécurité nationale, à Séoul.

"Maintenant, ils (les Chinois) sont capables de faire leur propre démonstration de force si un porte-avions américain est déployé à proximité de la Chine."

Plus que la remise en état du vieux porte-avions racheté à l'Ukraine en 1998, c'est la construction de navires chinois à Shanghai qui suscite l'inquiétude.

"Si l'on remet cela dans le contexte plus général d'expansion et de modernisation de l'armée chinoise, il y a de quoi se faire du souci", estime Daniel Pinkson, du centre de réflexion International Crisis Group à Séoul.

"Si l'on se pose la question de savoir ce qu'ils vont faire, ou pourraient faire, on ne peut qu'être inquiet des incertitudes qui vont se poser en mer de Chine méridionale", ajoute-t-il.

COURSE AUX ARMEMENTS

Aux Philippines, qui bordent la mer de Chine méridionale, le gouvernement a soumis cette semaine au Parlement un projet de budget 2012 qui prévoit une augmentation des dépenses militaires annuelles de 5 milliards à 8 milliards de pesos (132 millions d'euros).

"Le programme de porte-avions chinois illustre la modernisation de l'armée chinoise. Les Philippines ne peuvent pas tenir ce rythme", prévient Rommel Banlaoi, directeur de l'Institut philippin de recherche sur la paix, la violence et le terrorisme.

"Mais c'est un signal d'alerte pour les Philippines, qui doivent développer leur capacité de patrouille dans leurs eaux territoriales."

La Chine sera le troisième pays d'Asie, après la Thaïlande et l'Inde, à être équipée d'un porte-avions.

L'Inde, autre grande puissance nucléaire régionale, s'inquiète aussi des visées chinoises.

"Si les Chinois quittent le Pacifique ouest, il n'y a qu'une région qui les intéresse, l'Océan indien. De ce point de vue, la compétition (avec l'Inde) est inévitable", met en garde Raja Menon, un ancien amiral dans la marine indienne.

Le programme de porte-avions chinois pourrait relancer la course aux sous-marins en Asie du Sud-Est, estime Rory Medcalf, du Lowy Intitute for International Policy, à Sydney.

"Il y a déjà une course aux sous-marins dans la région. Cela pourrait renforcer cette dynamique, même si je ne pense pas que ce sera un facteur fondamental", précise-t-il.

La Chine défend son programme par la nécessité d'anticiper les risques futurs, soulignant qu'il faudra .

"Le 21e siècle a été qualifié de siècle de la mer (...) et la sécurité maritime est devenue un pilier important de la sécurité nationale", écrit le Liberation Army Daily, qui qualifie la modernisation de la Chine de "développement d'une force de paix".

Avec Jeremy Laurence à Séoul, Kiyoshi Takenaka à Tokyo, Manuel Mogato à Manille, Michael Perry à Sydney et C.J. Kuncheria à New Delhi, Tangi Salaün pour le service français

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