Les forces de l'ordre sont intervenues vendredi soir. La foule s'était réunie pour demander la démission du gouvernement et dénoncer la corruption. Certains des manifestants ont riposté. L'Europe s'en mêle.

Toutes ces affaires de corruption, c’est de l’argent qui sort de nos poches ! Cela fait 10 ans qu’ils font ce qu’ils veulent, alors maintenant, c’est certain, on veut que Tayyip Erdogan et son équipe s’en aillent !

En juin, la place Taksim, au coeur d'Istanbul, fût l'épicentre des grandes manifestations du bref "printemps turc" contre la dérive autoritaire du régime au pouvoir.

Le Premier ministre s'est, au même moment, fait acclamer par des milliers de partisans du parti AKP au pouvoir à l'aéroport de la capitale économique turque, distant d'une vingtaine de km de là. Erdogan, accueilli par des foules agitant des drapeaux de l'AKP et de la Turquie, revenait d'une tournée en province.

L'affaire de corruption

Turquie : des heurts à Istanbul
Turquie : des heurts à Istanbul © REUTERS/Murad Sezer / REUTERS/Murad Sezer

Dans le cadre d'une enquête menée en secret depuis plusieurs mois, la police a procédé le 17 décembre à l'arrestation de dizaines de personnes, parmi lesquelles figurent les fils de trois ministres.

Le scandale, d'une ampleur sans précédent depuis l'arrivée de Recep Tayyip Erdogan aux affaires il y a dix ans, a donné lieu mercredi à un important remaniement ministériel et alimente la rumeur d'élections législatives anticipées en 2014. L'affaire a pris plus récemment une tournure embarrassante sur le plan personnel pour le chef du gouvernement, car la presse a annoncé cette semaine que la justice souhaitait entendre son fils Bilal en tant que témoin.

De plus, trois députés du Parti pour la justice et le développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan, ont démissionné vendredi, et l'un d'eux a dénoncé une "attitude dominante et arrogante" de la formation conservatrice islamiste.

"Traîtres à la patrie, "Jugez les juges", la presse turque est polarisée. A Istanbul, Jérôme Bastion

Le gouvernement, qui nie toute malversation, parle d'un complot orchestré de l'étranger. Quelque 70 responsables de la police ont été limogés et une disposition imposant aux membres des forces de l'ordre d'informer leurs supérieurs de l'état de leur enquête sur cette affaire a donc été adoptée le 21 décembre, puis rejetée vendredi par le Conseil d'Etat. La veille, un procureur chargé de l'enquête avait fait savoir qu'il avait été dessaisi du dossier. Selon Muammar Akkas, l'appareil judiciaire a fait l'objet de "pressions directes" et de hauts responsables de la police ont permis à des suspects d'échapper à la justice.

Les pressions de l'Europe

La Commission européenne s'immisce dans la crise turque. Elle demande au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan de laisser les policiers enquêter sur le scandale de corruption qui ébranle son pouvoir.

Les précisions à Bruxelles de Quentin Dickinson

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