Anis Amri, recherché depuis deux jours par la police allemande, a réussi à se rendre en Italie en passant - croit-on - par la France

Patrouille de police au marché de Noël de Breitscheid à Berlin, à nouveau ouvert après l'attentat qui a fait 12 morts et 48 blessés le 19 décembre 2016
Patrouille de police au marché de Noël de Breitscheid à Berlin, à nouveau ouvert après l'attentat qui a fait 12 morts et 48 blessés le 19 décembre 2016 © Reuters / Fabrizio Bensch

L'auteur présumé de l'attaque au camion-bélier de Berlin, Anis Amri, un Tunisien de 24 ans, a été abattu vers 3h du matin lors d'un contrôle de police classique organisé dans la nuit de jeudi à vendredi dans la banlieue de Milan. Son identification ne fait aucun doute a précisé le ministre de l'Intérieur Marco Minniti, et via son agence de propagande, l'organisation Etat Islamique a annoncé que l'homme abattu est bien l'assaillant de Berlin. Amri aurait d'ailleurs prêté allégeance à l'EI dans une vidéo.

C’est à 3h08 du matin qu'une personne, au comportement suspect, a été aperçue sur un parking près de la gare ferroviaire de Sesto San Giovanni et a attiré l'attention de deux policiers en patrouille. L'homme a très rapidement tiré avec un pistolet calibre 22 en direction de l'agent qui lui demandait ses papiers et à voir le contenu de son sac à dos, le blessant à l'épaule. Amri s'est caché derrière une voiture d'où il a continué à tirer en direction des policiers qui ont riposté et l'ont abattu. L'homme a crié "policiers bâtards et non "Allahou Akbar" comme cela a été dit par certains médias. Dans ses affaires on n'a retrouvé ni téléphone, ni papiers, juste quelques centaines d'euro.

Le smartphone d'Amri a finalement été retrouvé dans le camion utilisé par le terroriste et est en cours d'analyse a révélé en fin d'après-midi le Spegel qui cite des sources policières.

Alors qu'on l'annonçait au Danemark, Amri aurait fui l’Allemagne en passant par la France et Chambéry, pour rejoindre l'Italie et Turin, en train, puis la gare de Milan à une heure du matin et enfin la banlieue, à Sesto San Giovanni, où il a été abattu vers 3h. Un billet de train français a été retrouvé dans son sac à dos. Se pose actuellement la question de complicités ou d'appuis que Amri serait venu chercher en Italie qu'il connait bien et où il était arrivé en 2011 via Lampedusa, avant de se retrouver en prison.

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Radicalisé en prison

C'est à 18 ans, qu'Anis Amri quitte la Tunisie, notamment parce qu'il vient d'être condamné pour cambriolage. Arrivé à Lampedusa, il ment sur son âge pour se faire passer pour un mineur non accompagné. Sa première condamnation à quatre ans de prison, intervient très vite et après la destruction d'un centre d'accueil pour protester contre les lenteurs pour quitter l"Île. Alors qu’il est en prison, on note sa dérive d’homme pieux à islamiste. Il est même répertorié comme dangereux par l’administration pénitentiaire, par les services secrets qui transmettent son dossier au Sis (Système d’Information Schengen), selon la presse italienne. A sa libération, la Tunisie refuse son retour. Il est expulsé d'Italie et rejoint l'Allemagne en juillet 2015 où, bien que connu pour sa radicalisation islamiste et sa dangerosité, il n'a jamais été ni interpellé, ni expulsé bien que sa demande d'asile ait été rejetée en juin 2016.

Amri, 24 ans depuis jeudi, était en fuite depuis l'attentat qui a fait 12 morts et 50 blessés sur un marché de Noël à Berlin lundi soir, revendiqué par le groupe djihadiste Etat islamique. Anis Amri a eu 30 heures pour disparaître entre son attentat lundi soir et le lancement d'un avis de recherche allemand et européen.

"Un soulagement pour l'Allemagne"

Lors d'une déclaration à Berlin dans l'après-midi, Angela Merkel a estimé que le danger "immédiat" était écarté, mais la menace terroriste "dans son ensemble" toujours présente, comme depuis plusieurs années".

Les papiers d'Amri avaient été retrouvés dans le camion dès mardi matin, mais l'avis de recherche n'a été lancé que dans la nuit de mardi à mercredi, lui laissant un temps précieux pour disparaître. Alors que la police cherchait le suspect en vain depuis plusieurs jours dans le pays en multipliant les perquisitions, les enquêteurs allemands cherchent maintenant à reconstituer le parcours du Tunisien de Berlin jusqu'à Milan. La question se pose en effet de savoir comment il est parvenu à quitter l'Allemagne au nez et à la barbe de toutes les polices du pays. Les policiers allemands ont également été critiqués pour avoir focalisé leur attention pendant 24 heures, suite à l'attentat, sur un suspect pakistanais finalement mis hors de cause.

"Le temps est venu de parler des conséquences"

Le ministre de la Justice allemand, Heiko Maas, a annoncé des décisions "très rapidement en janvier" notamment concernant "une meilleure surveillance des personnes dangereuses" et d'autre part comment "expulser le plus vite possible" les immigrés en situation irrégulière.

La polémique n'épargne pas la France

La question du contrôle aux frontières externes ou internes à l'Europe a été évoquée par la droite et l’extrême droite dès que la cavale européenne d'Anis Amri a été connue. Thierry Solère, porte-parole de François Fillon, dénonce "une défaillance majeure de notre chaîne de sécurité" et s'adresse directement au ministre de l'Intérieur

Son collègue Eric Ciotti, chargé des questions de sécurité, s'étonne que le principal suspect de l'attaque au camion de Berlin ait pu franchir les frontières européennes et appelle à de profondes réformes.

Les élus FN, Marine Le Pen en tête, dénoncent le fait qu'Amri soit entré en France se sont rendu en Italie en train. "Cette escapade dans deux ou trois pays a minima est symptomatique de la catastrophe sécuritaire totale que représente l'espace Schengen. Privée de frontières nationales pérennes et d'infrastructures douanières au niveau, la France, comme la plupart de ses voisins, en est réduite à apprendre après coup qu'un djihadiste armé et dangereux se baladait probablement sur son sol".

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