Depuis dimanche, Forbidden Stories, en association avec la cellule investigation de Radio France et d'autres médias, publie une série de révélations autour du "projet Pegasus". De quoi s'agit-il exactement ? Réponses à cinq questions sur cette vaste enquête.

Le projet Pegasus implique 17 médias regroupés autour de l'association Forbidden Stories
Le projet Pegasus implique 17 médias regroupés autour de l'association Forbidden Stories © Forbidden Stories

Qu’est-ce que NSO ?

NSO est une société israélienne créée en 2010 qui fabrique et commercialise des équipements de pointe destinés à lutter contre le terrorisme et le crime organisé : du matériel informatique et des drones notamment. Sa devise est "nous travaillons pour sauver des vies et de faire de ce monde un monde meilleur et plus sûr". Elle ne vend son matériel qu’aux États ou aux agences gouvernementales, sous licence du gouvernement israélien. 

Qu’est-ce que Pegasus ?

Pegasus est un logiciel espion commercialisé par NSO. Il permet aux services de renseignement d’infiltrer un smartphone sans laisser une trace visible. Il en devient alors l’administrateur. Il a accès à tous les contacts, les photos, les messages. Il peut lire ce qui est écrit sur les messageries chiffrées de type WhatsApp ou Signal. Il peut géo-localiser le propriétaire de l’appareil et activer micros et caméras, transformant le téléphone portable en véritable mouchard.

Qu’est-ce que Forbidden Stories ?

Forbidden Stories est une association créée en 2015 par Laurent Richard afin de poursuivre les enquêtes de journalistes qui ont été emprisonnés ou assassinés. Son concept consiste à dire "ils ont tué le messager, ils ne tueront pas le message". Ces dernières années, Fordidden Stories a produit plusieurs enquêtes internationales : le projet Daphnée, après l’assassinat de la journaliste Daphnée Caruana Galicia à Malte, le projet Green Blood sur les dérives de l’extraction minière, et le projet Cartel consacré aux assassinats de journalistes sur fond de Cartels de la drogue et de corruption au Mexique. 

Qu’est-ce que le Projet Pegasus ?

Forbidden Stories a eu accès à une liste d’environ 50 000 numéros de téléphone entrés dans le système Pegasus par 12 clients de NSO depuis 2016. Il a constitué un consortium de 17 médias, parmi lesquels : le Washington Post, le Guardian, le Suddeutsche Zeitung, Le Monde, et la cellule investigation de Radio France. Pendant plusieurs mois, près de 80 journalistes ont identifié ces numéros, pays par pays. Certaines propriétaires des portables concernés ont accepté de nous confier leurs téléphones. Grâce au support technique du Security Lab d’Amnesty International, il a alors été possible de démontrer qu'une majorité des appareils testés présentaient des signes d’infection de Pegasus.

Que révèle le projet Pegasus ?

Contrairement à ce qu’affirme NSO, ce logiciel a dans sa ligne de mire des membres de la société civile : des journalistes, des avocats, des médecins, des sportifs, des activistes, des diplomates et des hommes politiques, y compris 13 chefs d’Etat dans une cinquantaine de pays. Parmi les utilisateurs de Pegasus figurent notamment le Mexique, l’Arabie Saoudite, Les Emirats Arabes Unis, l’Inde, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Rwanda, le Togo, mais aussi la Hongrie, un membre de l’union européenne. Près de 1 000 numéros de téléphone français ont été sélectionnés comme possibles cibles dans le système qui gère Pegasus au Maroc.