L'ancien émir et le nouvel émir, en 2012 à Doha
L'ancien émir et le nouvel émir, en 2012 à Doha © Maxppp

Cheikh Hamad ben Khalifa al Thani a annoncé officiellement mardi matin son abdication en faveur de son fils, le prince héritier cheikh Tamim. C'est la première fois dans l'histoire du Qatar que le passage du pouvoir se fait volontairement...

"Le moment est venu pour une nouvelle génération de prendre le pouvoir", lance l'émir dans un discours télévisé. La succession était attendue, la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera rapportait déjà lundi que l'émir avait informé les membres de la famille royale et les principaux responsables politiques du pays de sa décision.

L'abdication de l'émir en faveur du prince héritier était évoquée depuis plusieurs mois. Ce changement générationel ne devrait pas, selon les experts, bouleverser la politique étrangère très active de l'émirat.

L'émir du Qatar était arrivé au pouvoir en 1995 à la faveur d'un coup d'Etat contre son père.

Selon des diplomates arabes et occidentaux, il entendait assurer une transition en douceur à la tête de l'émirat de 1,7 million d'habitants, dont seulement 250.000 Qataris.

À Doha, la correspondance de Laxmi Lota.

Sport et pragmatisme

Désigné héritier du trône en 2003, Cheikh Tamim est, à 33 ans, bien plus jeune que la moyenne des dirigeants des pays du Golfe. Eduqué en Grande-Bretagne, comme son père, il est décrit par les uns comme plus conservateur que l'émir actuel, par d'autres comme "affable et doté d'un grand sens de l'humour".

"Il est très chaleureux et extrêmement pragmatique. Quand il y a un problème, il essaie de le résoudre", dit une source diplomatique, selon laquelle "sa vision du monde est très proche de celle de son père", qui a soutenu les révoltes arabes, et particulièrement les Frères musulmans, et a réinvesti massivement les revenus considérables de la production de gaz naturel de l'émirat.

Pour Eman Ebed Alkadi, analyste d'Eurasia Group, il ne faut donc pas s'attendre des changements majeurs, tant dans les priorités intérieures qu'en matière de politique étrangère.

"Tamim contrôle depuis quelque temps un certain nombre de politiques essentielles pour le pays et partage le point de vue de son père sur le développement économique du Qatar et sur la politique de diversification de l'économie", estime-t-elle.

Le budget qatari a par ailleurs été établi jusqu'à 2016-2017, et avec la préparation de la Coupe du monde 2022 qui bat son plein, il y a peu de chances pour qu'on assiste à un bouleversement politique, ajoute Eman Ebed Alkadi.

Selon un diplomate occidental, la Coupe du monde est sans doute la meilleure garantie que le nouvel émir ne sera pas tenté d'imposer au Qatar un virage trop rigoriste.

"C'est un grand supporter de Manchester United, et du sport en général. Ce n'est pas la caractéristique première d'un salafiste", note-t-il en référence au courant de pensée rigoriste dominant en Arabie saoudite.

"Il ne peut pas donner soudainement au pays une orientation islamiste avec 2022 en ligne de mire."

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.