Organiser le sommet du changement climatique dans le pays qui émet le plus de CO2 par habitant ? Un vrai pari lancé au Qatar, géant du gaz en quête d'image positive. Un pays schizophrène ? Peut-être, mais surtout ambitieux.

La plage de Furaiwit au nord de Dora
La plage de Furaiwit au nord de Dora © Mariam El Kurdi

Il suffit de sillonner les routes du Qatar pour s'en rendre compte : ici, l'économie d'énergie semble la dernière des priorités. Les 4X4 sont en vogue, et pas seulement pour les expéditions dans le désert afin d'affronter les dunes, mais bien en ville.

Et pourtant, les principales routes sont bien entretenues, alors pourquoi ? Raisons de sécurité, invoque-t-on souvent. Ici, la circulation peut paraître anarchique, dangereuse. On double aussi bien par la gauche que par la droite, y compris dans les ronds points. Autant dire qu'il vaut mieux avoir les nerfs solides quand on est au volant au Qatar. Alors, si une collision arrive, autant être protégé, diront certains.

Et qu'importe si la voiture est peu économe en carburant ! Le prix de l'essence est dérisoire. Un plein coûte une dizaine d'euros.

Mais en réalité, ce n'est pas tant la circulation mais les activités de transformation et de production de gaz et de pétrole qui sont responsables des émissions de carbone ! Inéluctable au Qatar ? Sans doute, puisque le gaz est la première source de revenu du pays. Il détientles troisièmes réserves du monde après la Russie et l'Iran, et disposerait de 15 % des réserves de la planète, avec plus de 25.000 milliards de m3 de gaz.

La raffinerie de Qatar Petroleum
La raffinerie de Qatar Petroleum © Mariam El Kurdi

Pourtant, la réduction des émissions de CO2 et le développement des énergies renouvelables font partie des ambitions nationales à l'horizon 2030. Le pays en est conscient : il faut changer les choses, et il faut prendre en compte les logiques environnementales . L'activité de construction est également responsable pour un tiers de la pollution.

Des efforts visibles

Quelques réflexions sont menées ici et là, des initiatives privées ou publiques sont prises. Par exemple des recherches sur la captation de carbone par les algues à la Qatar Fondation, une ONG dédiée à l'éducation et la recherche; la culture de la mangrove serait une option à explorer, elle est souvent évoquée par les spécialistes des milieux marins; des entreprises telles que QDVC, Qatar Diar Vinci Construction se disent sensibles à l'environnement.

Un département développement durable y a d'ailleurs été créé. Ainsi, c'est l'énergie solaire qui a été choisie pour leur projet d'un hôtel Sheraton. L'entreprise s'est aussi engagée à utiliser des voitures aux normes européennes, plus économes. Initiative louable quand on sait que le pays est en construction perpétuelle. Les projets de résidences, d'hôtels, foisonnent en vue de la Coupe du monde de 2022.

Mais cette prise de conscience est-elle développée au Qatar ? Apparemment non, si l'on regarde autour de soi. La climatisation est utilisée à outrance. Les déplacements ne se font qu'en voiture, météo et paysage oblige : les températures peuvent monter jusqu'à 50 degrés et les trottoirs sont quasi inexistants. Il est assez courant de voir les déchets jetés par la fenêtre des voitures, ou laissés derrière soi sur la plage. Un travail de sensibilisation reste sans doute à faire . Les autorités en sont conscientes. Et la Cop 18 en sera certainement l'occasion...

D'un autre côté, on peut avancer que le Qatar est jeune : il est tout juste trentenaire. Avant la découverte du gaz dans les années 90, le pays ressemblait d'ailleurs plutôt à un village. Encore en 2000, le pays ne comptait que 400 000 habitants. Aujourd'hui ils sont environ 1,7 millions.

La Cop 18 sera sans doute aussi l'occasion de se positionner sur la scène internationale. Des actions concrètes seront sûrement annoncées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, tant sur le plan national qu'international. Il en va de l'image du pays dans le monde.

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