Le Parlement européen a décerné son prix Sakharov à Oleg Sentsov. Le cinéaste ukrainien a été condamné à 20 ans de prison en Russie. Il est accusé d'avoir planifié des attentats terroristes en Crimée après son annexion par Moscou. Il a toujours nié et parle d'un "procès politique".

Oleg Sentsov, lors d'une visite médicale en prison le 29 septembre 2018
Oleg Sentsov, lors d'une visite médicale en prison le 29 septembre 2018 © AFP / RUSSIAN FEDERAL PENITENTIARY SERVICE / HO

Il s'était résolu à mettre un terme à sa grève de la faim de plus de quatre mois le 6 octobre dernier, 20 kgs en moins, le corps "brisé" et de crainte d'être "nourri de force" par ses geôliers russes. 

Oleg Sentsov demandait la libération de 70 prisonniers ukrainiens détenus en Russie pour des raisons politiques selon lui. La détermination et le combat du cinéaste ukrainien avaient suscité une mobilisation internationale pour sa sortie de prison. 

Le Parlement européen a décidé d'honorer le militant ukrainien en lui remettant le Prix Sakharov 2018, qui récompense "une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l'Homme dans le monde". Une décision "totalement politisée" réagit Moscou. Mais selon le président du Parlement européen, Antonio Tajani : 

Oleg Sentsov est devenu un symbole pour la libération des prisonniers politiques en Russie et dans le monde

Compte tenu de l'état de santé toujours précaire du réalisateur, Antonio Tajani a rappelé "l'urgence" de sa libération. 

"J'espère que ça va aider Oleg à rester fort" a réagi sa cousine, Natalia Kaplan. 

Du militant pro-Europe de la place Maïdan à une cellule dans l'Arctique

Kiev, hiver 2014. Oleg Sentsov, réalisateur ukrainien prometteur participe au mouvement "Automaïdan", une des branches du mouvement pro-européen qui conduira en février 2014, après plusieurs mois de manifestations sanglantes, à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch.  

Le cinéaste milite ensuite contre l'annexion de la Crimée par la Russie.

"Oleg et ses camarades organisaient des rallyes automobiles en Crimée, avec des symboles et des drapeaux ukrainiens. Ils en accrochaient aussi aux murs et ils ont continué de le faire après l'annexion, quand tout le monde était parti", racontait Kostiantyn Reoutski, un militant ukrainien qui le cotoyait alors.

C'est une personne réfléchie, responsable et pleine d'initiative. Son but était de montrer que la Crimée n'était pas pro-russe à 100%.

Deux mois après l'annexion de la péninsule ukrainienne par la Russie, Oleg Sentsov est arrêté chez lui, dans la nuit du 10 au 11 mai. Il est ensuite incarcéré à Moscou dans la prison de haute sécurité de Lefortovo jusqu'au début de son procès à Rostov-sur-le-Don, dans le sud-ouest de la Russie. Le cinéaste avait alors fait preuve d'une force de caractère étonnante, souvent souriant et parfois provocateur, au cours de son procès. Il était accusé d'avoir organisé des incendies criminels contre des antennes d'un parti pro-Kremlin et d'avoir planifié d'autres attaques, dont une visant une statue de Lénine à Simféropol. 

Il se refuse à demander la grâce présidentielle 

Zoaïa Svetova, journaliste et militante des droits de l'Homme, a rencontré Oleg Sentsov en août dernier dans sa prison du Grand Nord où il est toujours détenu :

Il n'est pas suicidaire, il veut et espère vivre. Il m'a fait penser à un malade du cancer persuadé qu'il vaincra la tumeur et qu'il vivra

Dans sa lettre à Vladimir Poutine, la mère d'Oleg Sentsov implorait : 

"Ne détruisez pas sa vie et celle de ses êtres chers. Nous l'attendons à la maison". 

Mais la libération du cinéaste semble lointaine tant sa détermination est grande pour ne pas plier face à ce qu'il nomme un "procès politique". Le lauréat du Prix Sakharov 2018 n'entend toujours pas demander sa grâce au président russe Vladimir Poutine. A ses yeux, ce serait un aveu de culpabilité. 

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