C'est la Banque mondiale qui le dit dans un rapport publié dimanche : le changement climatique a un énorme impact sur la pauvreté dans le monde, qui va s'étendre à 100 millions de personnes supplémentaires d'ici 2030. Et la COP21 ne suffira pas à l'enrayer.

À trois semaines de la conférence sur le climat à Paris, la Banque mondiale veut déjà pousser les dirigeants à penser plus loin. Selon son rapport, "sans développement rapide, solidaire et durable", 100 millions de personnes vont basculer dans l'extrême pauvreté dans les 15 prochaines années . Quelle que soit son issue, la COP21 ne peut être qu'une simple étape, "une partie de la réponse aux enjeux globaux", selon Stéphane Hallegatte, qui a dirigé le rapport.

La préoccupation de la Banque mondiale est de voir comment utiliser ces ressources pour mobiliser les capitaux privés qui ne vont pas suffisamment vers les pays pauvres et les projets à long terme comme l'eau potable, l'assainissement, les transports publics ou l'énergie.

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Selon la Banque Mondiale, 700 millions de personnes, soit 10 % de la population de la planète, vivent déjà avec au maximum 1,9 dollar par jour . La proportion atteint 21 % de la population en Inde, 71 % au Malawi. Et ces populations sont les plus vulnérables aux catastrophes naturelles et aux crises agricoles et sanitaires liées aux changements climatiques.

Une situation déjà catastrophique socialement

Le problème, c'est qu'il est déjà trop tard pour réduire cet impact dans les 15 prochaines années. "Les politiques de réduction des émissions ne pourront pas faire grand-chose pour modifier le réchauffement climatique lui-même", à cause de l'inertie propre au climat. L'objectif de la COP21, c'est d'ailleurs simplement de ralentir voire, dans le meilleur des cas, de stopper le phénomène... Pas (encore) de l'inverser.

En attendant, l'intensité et la fréquence des "chocs" agricoles, sanitaires et naturels ne peuvent que s'aggraver, particulièrement en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, selon Stéphane Hallegatte.

Le nombre de personnes exposées à des sécheresses et des inondations pourrait ainsi augmenter respectivement de 9 à 17 % et de 12 à 19 % d'ici 2030 , tandis que les rendements agricoles pourraient baisser globalement de 5 %, entraînant des hausses des prix des denrées alimentaires, prédit la Banque. Sans complet les 150 millions de personnes qui pourraient être pour la première fois exposées à la malaria et l'augmentation de 10 % des maladies à diarrhées à l'horizon 2030.

Il manque mille milliards par an

Lutter contre le changement climatique, oui, mais pour la Banque mondiale il faut aussi immédiatement lutter contre ses conséquences déjà réelles. "Le seul moyen de réduire l'impact du réchauffement d'ici 2030 c'est réduire la vulnérabilité des gens" , souligne l'économiste. Mais dans son rapport, il estime aussi qu'il faudrait 1 000 milliards de dollars en plus par an pour financer les infrastructures des pays en développement.

C'est aussi ce qui convaincra ces populations d'agir pour la lutte contre le changement climatique, résume Stéphane Hallgatte. "Pour qu'elle soient acceptables politiquement et socialement, les politiques de réduction des émissions doivent protéger et même profiter aux gens pauvres."

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