Figure anti-conformiste de la politique américaine, John McCain était perçu comme héros de guerre après avoir été capturé pendant la guerre du Vietnam et torturé. Adversaire de Barack Obama lors de la présidentielle 2008, le sénateur républicain avait défié Donald Trump, méprisant les idées du président américain.

Le sénateur McCain en septembre dernier
Le sénateur McCain en septembre dernier © AFP / RON SACHS / CONSOLIDATED / DPA

Le sénateur républicain John Mac Cain est décédé cette nuit (heure française) à l'âge de 81 ans.  L'élu de l'Arizona qui souffrait d'un cancer au cerveau, une forme très agressive au pronostic de survie très faible  avait décidé vendredi de mettre fin à son traitement. 

À Washington les drapeaux de la Maison Blanche ont été mis en berne en mémoire du politicien qui a siégé au Sénat pendant 35 ans et qui était considéré par tous comme un patriote dévoué, même s'il avait l'habitude de se fâcher avec beaucoup de monde, y compris au son de son parti.

"John et moi venions de générations différentes, avions des origines complètement différentes, et nous nous sommes affrontés au plus haut niveau de la politique", a déclaré l'ancien président démocrate Barack Obama, qui l'a battu à l'élection présidentielle de 2008. "Mais nous partagions, malgré nos différences, une fidélité à quelque chose de plus élevé, les idéaux pour lesquels des générations entières d'Américains et d'immigrés se sont battus et se sont sacrifiés".

Quant au président Donald Trump, qui était en conflit larvé avec le sénateur républicain, il a tweeté un court message de condoléances, sans un mot sur la carrière et la vie de l'homme :  "Mes condoléances et mon respect le plus sincère pour la famille du sénateur John McCain. Nos cœurs et nos prières sont avec vous !", a écrit M. Trump.  

À l'inverse, la plupart des élus et anciens élus américains ont publié un communiqué dans les minutes suivant l'annonce du décès, l'ancien président George W. Bush saluant par exemple un "homme de profonde conviction et un patriote au plus haut degré"

Mépris ouvert pour Donald Trump

John McCain était soigné dans son État de l'Arizona, où ses amis et collègues défilaient depuis des mois pour faire leurs adieux, conscients que la fin était proche. Malgré son traitement puis son absence de Washington depuis décembre dernier, il était resté relativement actif politiquement. 

L'été 2017, il avait défié le président Donald Trump, pour les manières et les idées duquel il n'a jamais caché son mépris, en votant contre sa réforme du système de santé. Il le critiquait ouvertement, le qualifiant de "mal informé" et d'"impulsif" et avait affirmé qu'il ne voulait de lui à ses funérailles. 

Et dans ses mémoires, il dénonçait une nouvelle fois la sympathie apparente du président américain pour Vladimir Poutine, le président russe qu'a pourfendu John McCain depuis le Sénat. Lui-même a d'ailleurs été sanctionné par la Russie en représailles à des sanctions de Washington, un motif de fierté pour le vieux sénateur, qui en plaisantait souvent. 

Torturé pendant la guerre du Vietnam

John McCain, fils et petit-fils d'amiraux, a d'abord été pilote de chasse, engagé dans la guerre du Vietnam où il fut blessé et emprisonné pendant plus de cinq ans. Il fut torturé par ses geôliers, et deviendra au cours de sa carrière politique un farouche opposant à la torture, dénonçant la CIA pour ses pratiques d'interrogatoires "musclés" sous la présidence de George W. Bush. 

Après son retour aux États-Unis à la fin de la guerre du Vietnam, il se fait élire à la Chambre des représentants, puis est élu sénateur en 1986, un siège qu'il a conservé depuis, sa dernière réélection, en novembre 2016, ayant été la plus difficile, une partie de l'électorat conservateur ne lui ayant pas pardonné d'avoir critiqué Donald Trump. 

Il a longtemps cultivé l'image d'un républicain indépendant au franc parler, mais il échoue aux primaires républicaines en 2000 face à George W. Bush. En 2008, il emporte cette fois l'investiture de son parti, mais perd face à Barack Obama. Il était ensuite resté au Sénat, sa deuxième maison depuis plus de trente ans.

Considéré comme un interventionniste en politique étrangère, persuadé que l'Amérique devait défendre ses valeurs dans le monde entier, il avait été un des partisans les plus farouches de la guerre d'Irak, et continuait à promouvoir un rôle militaire américain fort à l'étranger, se marginalisant au fil des années dans un parti républicain désireux de se recentrer sur les priorités domestiques. 

Dans les années 2010, il a assisté consterné à l'ascension de la mouvance du Tea Party au sein de son parti, qu'il n'a pu contenir. Il défendait inlassablement une hausse du budget militaire, et dirigeait jusqu'à sa mort la commission des Forces armées du Sénat. D'autres causes ont animé sa carrière, notamment la réforme du système d'immigration, ou encore celle du financement électoral.

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