Telegram était l’outil rêvé pour les criminels de tout poil, terroristes de Daech en tête
Telegram était l’outil rêvé pour les criminels de tout poil, terroristes de Daech en tête © MaxPPP

Les messageries sur smartphone, principal canal de communication des jihadistes, sont-elles à l'abri des services antiterroristes ? Le malaise grandit après les attentats de Paris et la plus sécurisée d'entre elle, Telegram, a décidé de passer à l'action en bloquant des comptes liés au groupe Etat islamique.

Dotées d’un puissant cryptage, le service de messagerie instantanée Telegram fait transiter plus de 10 milliards de messages instantanés par jour. En ingrédient principal de son extrême popularité, la réputation d’enfant terrible de l’internet russe de son fondateur, Pavel Dourov, qui a tenu tête dans le passé aux puissants services des renseignements russes du FSB. Et un système de cryptage très complexe et des conversations "secrètes" qui ne sont stockées sur aucun serveur.

L’outil rêvé pour les criminels de tout poil

L'entreprise assure ainsi qu'elle ne transmettra jamais les données personnelles de ses utilisateurs à des tiers. Elle loue par ailleurs grâce à un prête-nom des bureaux anonymes dans des lieux qu’elle tient secrets pour se prémunir des pressions et intrusions gouvernementales. En somme, si l’on oublie l’immense majorité d’internautes légitimement intéressés par la confidentialité de leurs échanges numériques notamment depuis l’affaire Snowden, Telegram est l’outil rêvé pour les criminels de tout poil, terroristes de Daech en tête, qui en ont fait leur canal privilégié pour échanger sans craindre la traque des services de renseignement.

78 comptes liés à Daech supprimés par Telegram

C'est sur ce service de messagerie que les terroristes de l'organisation Etat islamique avait revendiqué les attaques du 13 novembre. Sur ce point, le malaise, perceptible avant les attentats, est devenu intolérable et semble avoir poussé Telegram a passer à l’action. "Nous avons été troublés d'apprendre que des comptes publics de Telegram ont été utilisés par l'EI pour répandre sa propagande", a ainsi reconnu Telegram sur son compte officiel dans la nuit de mercredi à jeudi. "Par conséquent, nous avons bloqué 78 comptes liés à Daech en 12 langues sur cette seule semaine". Il s'agit de "chaînes" ouvertes au public et permettant donc de diffuser des informations, et non de conversations privées. L'application a par ailleurs annoncé qu’elle préparait de nouvelles procédures pour permettre aux utilisateurs de lui signaler des "contenus publics discutables". En rappelant toutefois mercredi soir que si elle bloquerait les contenus publics liés au terrorisme, mais aussi ceux pornographiques ou violant la propriété intellectuelle, elle ne se plierait pas à "des restrictions locales à la liberté d'expression".

Pavel Dourov, libertaire patenté

"Si critiquer un gouvernement est illégal dans un pays, Telegram ne participera pas à une telle censure", a-t-elle indiqué, soulignant que ce serait "contraire aux principes de (ses) fondateurs". Pavel Dourov, ouvertement libertaire, s'était illustré en refusant de transmettre aux services de sécurité les données personnelles d'opposants russes ou d'organisateurs de la contestation pro-européenne en Ukraine. Il a quitté la Russie en 2014 en raison de tensions avec les autorités.

... et volontiers provocateur

Sur sa page Facebook, l’homme avait jugé que "le gouvernement français aussi responsable que l'EI" des attentats à Paris. "Il prend l'argent de ceux qui travaillent dur en France avec des impôts d'un niveau scandaleux et les dépense pour des guerres inutiles au Proche-Orient et pour créer un paradis social parasitaire pour les immigrants d'Afrique du Nord".

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