Champion du monde d'échecs de 1985 à 2005, la légende russe Garry Kasparov sort de sa retraite, cette semaine, le temps d'un tournoi officiel à Saint-Louis, aux États-Unis.

Garry Kasparov participe cette semaine à un tournoi officiel d'échecs, aux Etats-Unis, douze ans après sa retraite.
Garry Kasparov participe cette semaine à un tournoi officiel d'échecs, aux Etats-Unis, douze ans après sa retraite. © AFP / AFP / Nina Shlamova

Si la partie qu’il joue contre Vladimir Poutine est loin d’être terminée, Garry Kasparov a décidé de s’offrir un break et de revenir à ses premiers amours : les échecs. À 54 ans, le prodige des 64 cases, plus jeune champion du monde de l’histoire en 1985, sort de sa retraite le temps d’un tournoi. "C'est un peu comme si le tennisman Pete Sampras faisait son retour", s’est réjoui Sylvain Ravot, maître français des échecs. C’est à Saint-Louis, aux Etats-Unis, que "l’ogre de Bakou" va défier, cette semaine, la fine fleur de l’échiquier. "Cela ne met pas fin à ma retraite des échecs, a prévenu le champion. C'est seulement une parenthèse de cinq jours."

Douze ans sans échecs mais pas sans compétition (politique)

Voilà douze ans que le champion russe, de son vrai nom Garik Kimovitch Vaïnstein, a décidé de quitter l’arène des échecs pour rejoindre celle, tout aussi de tactique, de la politique. Au cours de sa carrière, sa confrontation avec son meilleur ennemi Anatoli Karpov a posé les bases du duel de plus grande ampleur entre les partisans de l’URSS et les détracteurs d’un empire soviétique en plein effritement.

Garry Kasparov face à son éternel rival Anatoli Karpov.
Garry Kasparov face à son éternel rival Anatoli Karpov. © AFP / AFP / Jose Jordan

Ancien soutien de Boris Eltsine, Garry Kasparov avait bien tenté de prendre la tête la Fédération internationale des échecs (FIDE). Mais sa route avait été barrée par le richissime Kirsan Ilioumjinov, un proche de Vladimir Poutine. Son engagement politique l’a conduit à devenir l’un des plus coriaces opposants au président russe, se présentant à la présidentielle de 2008 sous les couleurs de la coalition Autre Russie. Le champion déclarait d’ailleurs, en décembre 2016 : "Vladimir Poutine est notre problème mais qu’il sera à terme le problème de tout le monde."

Ses prises de position le mèneront jusqu’en prison, durant l’été 2012, à la suite d’une manifestation en soutien aux Pussy Riot, avant de choisir l’exil pour les États-Unis l’année suivante.

Père des échecs modernes

En 1985, il bat son compatriote Anatoli Karpov et s’empare d’un titre de champion du monde qu’il ne lâchera plus pendant vingt ans. Depuis, fort de son statut de légende, il n’a cessé de promouvoir son sport dans les écoles et les lycées du monde entier, croyant dur comme fer à ses vertus pédagogiques. Théâtral, grandiloquent et compétiteur, il tranche avec le flegme de son principal adversaire. Tout autant craint que critiqué, le "monstre aux cents yeux qui voient tout" contribue au développement et à la modernisation de sa discipline. "Sa domination des échecs pendant une si longue période a fait de lui une icône", explique Alejandro Ramirez, champion américain. Sous ses coups de génie, les échecs entrent dans une nouvelle dimension, avec sponsors, diffusions télévisées et, surtout l’arrivée de la technologie.

Une technologie que le conduira à l’un de ses échecs les plus retentissants. En 1997, il affronte l’ordinateur d’IBM, Deeper Blue. Lui qui déclarait, peu de temps avant, "qu’au meilleur de [s]a forme, l’ordinateur capable de [l]e battre n’est pas encore construit", voit son génie mis à mal par un monstre cybernétique. Souhaitant visiblement percer le mystère de la machine, Garry Kasparov en oublie sa mission – gagner -, le menant à une défaite cuisante.

Garry Kasparov dans la tourmente face à l'ordinateur Deeper Blue, d'IBM, en mai 1997.
Garry Kasparov dans la tourmente face à l'ordinateur Deeper Blue, d'IBM, en mai 1997. © AFP / AFP / Stan Honda

Son retour à la compétition, cette semaine à Saint-Louis, est attendu avec impatience

Face à des prodiges fin prêts au duel, tels que Magnus Carlsen, Wesley So ou Maxime Vachier-Lagrave, le Russe entend profiter de sa retraite "de la plus jouissive des façons possibles : devant un échiquier". Sans pour autant en oublier la compétition : "Je suis toujours optimiste mais, à 54 ans, j'ai autant d'espoir de retrouver mon niveau de 40 ans que ma chevelure de 20 ans !" Et s’il venait à l’emporter, Garry Kasparov a déjà annoncé que les 150 000 dollars de gains iraient à la promotion des échecs en Afrique.

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