Des comptes dans le rouge, des dons qui chutent à grande vitesse, des biens immobiliers mal gérés le plus petit État du monde serait au bord de la banqueroute. C'est la thèse de "Jugement dernier", un livre que sort cette semaine Gianluigi Nuzzi, le journaliste à l'origine des Vatileaks.

Les comptes du Vatican seraient-ils si mal gérés au point de risquer la faillite ?
Les comptes du Vatican seraient-ils si mal gérés au point de risquer la faillite ? © AFP / Vincenzo PINTO

Nous sommes le 15 mai 2018. Le conseil pour l'économie crée par François en 2014 pour faire face à l'urgence financière se réunit afin de rendre des conclusions au pape. Dans ce document cité par Gianluigi Nuzzi, le conseil décide d'informer le pape car "le déficit structurel atteint des niveaux inquiétants au risque de conduire à la défaillance". Le mot est lâché : le Vatican pourrait faire faillite, et pour plusieurs raisons. 

Le Vatican et le Saint-Siège ne perçoivent aucun impôt, pas de TVA par exemple. Le Vatican vit notamment des dons des fidèles, mais ils ont chuté de manière vertigineuse, passant de 100 millions d'euros en 2006 à 50 millions l'an dernier selon le journaliste. Des dons divisés par deux en 13 ans. Cela peut s'expliquer par les affaires d'abus sexuels qui ont traumatisés beaucoup de catholiques et notamment aux États-Unis, une église riche où ces affaires remontent au début des années 2000. Et puis il y a eu la crise économique en 2008, les dons ont été moins réguliers et moins importants. En quelques années, les recettes se sont écroulées. Les frais de personnel - il y a prés de 5 000 employés au Vatican - ne cessent d'augmenter comme le coût des retraites et de la santé. 

Des biens immobiliers mal gérés ? 

Le Vatican n'est pas encore transparent sur ces comptes, ils tiennent à peine sur une page. Le patrimoine immobilier du Vatican est censé être une autre source de revenus importants. Mais là c'est une question de mauvaise gestion qui se pose selon Gianluigi Nuzzi. L'administration du patrimoine du siège apostolique gère un patrimoine qu'il évalue à 2,7 milliards d'euros. Sur 3 200 biens (appartements, maisons, commerces, boutiques) mis en location, 800 ne seraient pas occupés, 15% n'auraient pas de loyer et la moitié de ces locations seraient bien en-dessous des prix du marché. 

Cette administration spécifique du Saint-Siège est une sorte de banque centrale dont dépendent un certain nombre de comptes. Ces comptes ont été ouverts par des cardinaux notamment, dont l'un disposait de 2.832.510 euros en titres et 211.724 euros en espèces, plus de 3 millions d'euros sur le compte d'un cardinal de curie. Plusieurs comptes ont été fermés. Le pape François lui-même l'a ordonné. 

Une difficile réforme des finances 

François a su très vite que les finances du Vatican n'étaient pas des plus transparentes. Il a voulu réformer et s'attaquer à des chapelles et des chasses bien gardées. Le pape a tenté de faire le ménage, il a placé ses hommes, non sans difficulté. Le ministre de l'intérieur du Vatican Monseigneur Becciu n'a été replacé que l'an dernier. Tout cela est très lent car les administrations sont des chasses gardées ; il y a la banque centrale qui gère les biens, la banque IOR qui fait des investissements, la secrétairerie d'État qui a son propre budget. Cela provoque des querelles internes qui favorisent les fuites de documents et les coups bas. 

Les cardinaux qui soutiennent le pape François dénoncent une stratégie de dénigrement et de déstabilisation du pape. Le cardinal Maradiaga a déclaré au quotidien La Repubblica il y avait "l'église composée majoritairement de pédophile et maintenant l'église incapable de gérer ses finances". Selon lui il n'en est rien, "le Vatican ne fera pas faillite". Mimmo Muolo, un journaliste de l'Avvenire - proche de l'église italienne -  rappelle que sous Jean-Paul II en 1980 le déficit était bien plus important qu'aujourd'hui et que le Vatican est toujours là !

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