Deux sœurs yézidies ayant pu échapper à l'Etat islamique, dans un camp de réfugiés de la province irakienne de Dahouk
Deux sœurs yézidies ayant pu échapper à l'Etat islamique, dans un camp de réfugiés de la province irakienne de Dahouk © Reuters/ Stringer

Les djihadistes ont construit une véritable théologie du viol appliquée à des femmes réduites en esclavage. La minorité religieuse Yézidie, présente en Irak et en Syrie, en est la principale victime.

Une enquête édifiante du New York Times, parue le 13 août dernier, souligne l'ampleur du phénomène et décrypte surtout la manière dont l'organisation Etat Islamique a fait du viol une arme de guerre, légitimée par leur propre interprétation du Coran.

Grâce aux témoignages de jeunes filles et de femmes ayant réussi à échapper aux djihadistes, l'article démontre l'élaboration d'une véritable "théologie du viol". Utilisé comme arme de guerre depuis les temps immémoriaux, le viol est là "un acte codifié, rendu public par les membres de l'organisation" explique la journaliste auteure de l'article.

Il a dit qu'en me violant, il se rapproche de Dieu

Le reportage, traduit en français sur le site de la RTBF, débute avec le récit rapporté d'une jeune fille de 12 ans :

Juste avant de la violer, un combattant de l’Etat Islamique a pris le temps d’expliquer que ce qu’il s’apprêtait à faire n’était pas un pêché. Parce que cette préadolescente pratiquait une autre religion que l’Islam, non seulement le Coran lui donnait le droit de la violer mais, insistait-il, il le préconisait et encourageait à le faire. Il lui attacha les mains et la bâillonna. Puis il s’agenouilla à côté du lit et se prosterna dans la prière avant de se mettre sur elle. Lorsque cela fut fini, il s’agenouilla pour prier à nouveau (...)

L'esclavage sexuel comme institution, comme idéologie

L'esclavage sexuel des femmes et des jeunes filles a été introduit en août 2014, relate l'article, quand les djihadistes ont envahi les villages du Mont Sinjar, un massif escarpé du nord de l'Irak. Un marché aux esclaves se met alors en place, où s'échangent les femmes Yézidies, appartenant à la minorité religieuse des Yézidis qui vivent dans cette région. Une minorité religieuse exclue des religions du livre, selon l'Islam. Pour le groupe Etat Islamique, son destin est l'esclavage ou la mort. Le viol des femmes devient systématique, inscrit dans les principes fondamentaux de l’organisation, lié à la théologie radicale des djihadistes.

Gilles Kepel, professeur en sciences politiques, est spécialiste de l'Islam et du monde arabe contemporain, il était l'invité d'Alain Passerel ce lundi à 13H sur France Inter

L'otage américaine Kayla Mueller, violée par le chef du groupe Etat Islamique

Les parents de cette jeune humanitaire, enlevée dans le nord de la Syrie en août 2013 et morte début février, ont déclaré, vendredi 14 août, à la chaîne ABC News que leur fille avait été violée par le chef du groupe Etat Islamique. "Le gouvernement nous a dit que Kayla a été torturée, qu'elle était la propriété de Abou Bakr Al-Baghdadi, chef autoproclamé de l'organisation terroriste." Washington a contesté ces informations. Des témoignages d'autres détenues qui auraient cotoyé Kayla Mueller ont permis de connaître les abus dont l'otage américaine aurait été victime durant sa détention.

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