Le Yémen bombardé
Le Yémen bombardé © MaxPPP

Un nouveau cessez-le-feu pour préparer la paix au Yémen ? Les négociateurs, arrivés en Suisse pour lancer aujourd’hui des pourparlers sous l’égide de l’ONU continuent d’afficher une grande méfiance mutuelle, malgré la trêve entrée en vigueur à minuit.

En 2011, Hamza el-Kamali, jeune médecin originaire de Taez était un des premiers à manifester dans les rues de Sanaa, la capitale yéménite pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis trente-quatre ans. Aujourd’hui, cet ancien membre de la conférence du Dialogue National, qui avait participé au processus de transition qui avait abouti au départ pacifique du président Saleh est désespéré.

La situation sanitaire est catastrophique partout. Les maladies deviennent endémiques, comme la dengue. Partout, les civils souffrent des bombardements, des attaques. Ils ne peuvent plus trouver de l'electricité, d'essence, le prix des denrées alimentaires a été multiplié par cinq. C'est un cauchemar et il faut que ça cesse.

Presque 6000 morts, 30 000 blessés, des millions de déplacés, un pays détruit…

Plus d'un an après l'entrée des rebelles chiites Houthis pro-iraniens dans la capitale Sanaa, le pays le plus pauvre de la péninsule arabique vit un conflit d’une intensité terrible. Une catastrophe humanitaire qui se joue en silence : l’accès au pays est quasi impossible pour les journalistes, l’aide humanitaire, entravée par la violence des combats et compliquée par le blocus du pays, ne parvient qu’au compte-goutte, la communauté internationale, concentrée sur les fronts syriens et irakiens, détourne pudiquement le regard.

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Ces nouveaux pourparlers, qui se tiennent en Suisse dans un lieu tenu secret de peur d’une action terroriste suivent plusieurs tentatives de négociations et de cessez-le-feu improductives.

Neuf mois après le début de l’intervention militaire des monarchies du Golfe dans le pays, à la demande du président Abd Rabbo Mansour Haddi, il n’y a toujours ni vainqueur, ni vaincu dans la guerre au Yémen.

Le pays est devenu un bourbier exploité de plus en plus par des groupes radicaux. C’est notamment le cas à Aden, la deuxième ville du pays, capitale du Sud du Yémen. Al Qaeda, déjà très présent dans le pays à l’époque du président Saleh contrôle des pans entiers du territoire, mais le chaos a également profité au groupe Etat islamique. Depuis le printemps dernier, l'organisation djihadiste a revendiqué des attaques spectaculaires et meurtrières contre des mosquées fréquentées par des chiites et des cibles gouvernementales et de la coalition arabe.Le Nord, lui est sous domination des milices houthis, avec lesquelles l'ancien président Ali Abdallah Saleh semble, après son départ du pouvoir, avoir formé une alliance de circonstances pour revenir à la tête du pays.

Hamza al Kamali :

A l'époque de la révolution, c'était pacifique, nous voulions un pays libre, un pays civil, avec des droits, des quotas pour les femmes, des quotas pour les jeunes, le développement. Nous sommes descendus dans la rue, il n'y avait pas d'armes. La transition s'est faite de façon pacifique, et Ali Abdallah Saleh a réussi à négocier une impunité avec les pays du Golfe, qui lui a permis de rester tranquillement dans le pays. Or ne pas l'avoir poursuivi en justice est une erreur, et c'est aujourd'hui le principal problème. Si nous pouvions revenir en arrière, nous le ferions. Selon moi, Ali Abdallah Saleh est un des principaux soutien des milices houthis

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