Les Iraniens votent demain pour élire leurs députés. Le camp conservateur est donné favori de ces législatives qui se tiennent dans un contexte de crise économique exacerbé après le rétablissement des sanctions américaines. Les jeunes devraient massivement boycotter ces élections.

Affichage sauvage pour les candidats au législatives prévues le 21 février en Iran
Affichage sauvage pour les candidats au législatives prévues le 21 février en Iran © Radio France / Laurent Macchetti

Devant la maison des artistes iraniens, au centre de Téhéran, un groupe de jeunes femmes discute avant d’aller voir le dernier film du réalisateur Mohammed Hossein Madhdavian. Elles sont étudiantes en économie à l’université Kharazmi de Téhéran. Aucune d’entre elles ne compte se rendre demain aux urnes.

"Les hommes politiques se fichent de ce qu'on veut, ils ne font que ce qu'ils veulent. Ils ne s'intéressent pas aux jeunes. Tout ce qui les intéresse, c’est de rester au pouvoir. Ce sont tous les mêmes. Quand ils sont élus, ils disent qu'ils vont faire des choses différentes des autres mais non. Tous les mêmes."  

Dans l’Iran de 2020, les langues se délient... Les jeunes avaient massivement voté pour Hassan Rohani ce qui avait permis au candidat modéré, soutenu par les réformateurs, d’être réélu pour un deuxième mandat en 2017.  Mais aujourd’hui, le climat a bien changé. Les dernières semaines ont été marquées par des événements traumatisants pour l’ensemble des Iraniens. La mort de Qassem Soleimani, tué le 3 janvier dernier dans une frappe de drone américain à Bagdad, a été vécue comme un cataclysme. Des portraits du Général Soleimani, érigé en héros national, sont affichés un peu partout dans Téhéran. 

Affiche en hommage au Général Qasseim Soleimani à Téhéran
Affiche en hommage au Général Qasseim Soleimani à Téhéran © Radio France / Laurent Macchietti

L’unité nationale qui a entouré sa mort a vite cédé le pas à la colère après la catastrophe du Boeing d’Ukraine Airlines, le 9 janvier. L’avion a été abattu après son décollage de l’aéroport de Téhéran. Il y avait 176 personnes à bord, en majorité des Iraniens et de nombreux étudiants qui se rendaient au Canada.

Les autorités ont attendu trois jours avant de reconnaître que l’avion avait été abattu par erreur par les forces armées iraniennes. Elles ont cru qu’il s’agissait d’un missile tiré par les Américains en riposte aux tirs iraniens le 8 janvier dernier sur deux bases de la coalition internationale en Irak, où se trouvaient des soldats américains. 

L’indignation s’est transformée en colère notamment dans des universités à Téhéran. Certains jeunes ont appelé à la destitution du Guide Suprême Ali Khamenei. Des affrontements ont éclaté entre les manifestants et les Bassidji, ces volontaires loyalistes qui ont violemment réprimé les protestataires, comme en novembre dernier quand le gouvernement a annoncé une hausse du prix de l’essence.  

Pour toutes ces raisons, les jeunes Iraniens risquent de bouder les urnes demain. À l'image d'Ali, étudiant en architecture. 

"Je n’irai pas voter parce que je pense que la situation n’est vraiment pas bonne en Iran actuellement. Il y a eu trop de mauvaises choses il y a trois mois et puis cet accident d’avion… Le gouvernement a menti à ce propos. Moi je ne suis pas allé manifester. J’avais peur, parce qu’on risque de vous mettre en prison. Donc par crainte pour ma vie, je ne suis pas descendu dans la rue."

Au distributeur, on retire quatre cent mille rials : moins de trois euros.
Au distributeur, on retire quatre cent mille rials : moins de trois euros. © Radio France / Laurent Macchetti

Cette succession d’événements a une incidence sur une population iranienne dont 70% est âgée de moins de 35 ans. Des jeunes qui sont  directement impactés par la crise économique qui touche l’Iran depuis le rétablissement des sanctions américaines, après le retrait des États-Unis de l’Accord sur le nucléaire en 2018. Depuis, l’Iran s’enfonce dans la récession. Dans le quartier de Nazi Abad, dans le sud de Téhéran, quartier plutôt défavorisé, Elnaz, 28 ans, maquillée avec soin, vient retirer de l’argent au guichet d’une banque. Elle ne travaille pas, nous dit-t-elle.

"La situation est vraiment mauvaise, nous sommes tous confrontés à une crise économique grave. J’ai retiré 400 000 rials (moins de 3 euros). Je ne peux rien acheter. Les prix ont tous augmenté. Ils ont été multipliés par 3 ou par 4. La vie ici est vraiment dure et difficile. On ne peut pas vivre correctement. Tout le monde s’enfuit."

Avec une inflation de plus de 40%, et une monnaie qui a perdu les deux tiers de sa valeur, les iraniens peinent aujourd’hui à entrevoir une sortie de crise. Officiellement, le taux de chômage est de 18 % chez les jeunes. En réalité, il serait plutôt de l’ordre de 30 à 40 %. Les retombées de l’accord sur le nucléaire négocié par l’actuel président Rohani se font toujours attendre, ce qui alimente une importante frustration et un ressentiment à l’égard des pays qui ont signé cet accord, en particulier les Européens accusés d’avoir trahi l’Iran.

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