Les électeurs italiens votent ce dimanche pour de renouveler leurs 630 députés et 315 sénateurs. Après une campagne marquée par la montée des partis eurosceptiques, le pays se dirige vers une élection très incertaine, à l'issue de laquelle aucun parti ne devrait avoir la majorité au Parlement.

L'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi (Forza Italia, centre-droit) opère un retour en force dans la vie politique italienne, malgré son inéligibilité jusqu'en 2019.
L'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi (Forza Italia, centre-droit) opère un retour en force dans la vie politique italienne, malgré son inéligibilité jusqu'en 2019. © AFP / Sébastien Bozon

A qui le Président de la République Sergio Mattarella confiera-t-il le soin de former le prochain gouvernement en Italie ? Trois grandes forces se disputent les législatives italiennes ce dimanche 4 mars : la coalition de centre-gauche menée par le Parti démocrate de Matteo Renzi, la coalition de centre-droit, très marquée à droite puisqu’elle regroupe Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, et les partis d’extrême-droite la Ligue et Fratelli d’Italia. Enfin, le Mouvement populiste 5 étoiles, fondé par Beppe Grillo et représenté aujourd’hui par Luigi Di Maio. 

Cette année, la campagne a été particulièrement marquée par la poussée des partis eurosceptiques, voire franchement anti-européens. "En Europe, on a souvent des formations traditionnelles, et un parti antisystème. En Italie, il y en a au moins trois", résume Stefano Montefiori, journaliste italien et correspondant à Paris du Corriere della Sera. "Fratelli d’Italia pourrait être décisif" dans cette élection, prévient-il. "C’est une énorme différence par rapport à l’Italie d’il y a dix ans".

Inquiétude en Europe

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est dit, la semaine dernière, "inquiet" : "Nous devons nous préparer au pire scénario qui pourrait être de ne pas avoir de gouvernement opérationnel en Italie", avait-il commenté. Et c’est bien l’hypothèse la plus probable. Malgré une croissance revue à la hausse, et un déficit public au plus bas depuis dix ans, l’actuel gouvernement de centre gauche, au pouvoir depuis 2013, semble s’orienter vers une défaite cuisante. La part d’électeurs indécis se situe aux alentours de 30 %, et les sondages prédisent quasiment tous une absence de majorité. 

Si aucune majorité claire ne se dégage, il reviendrait alors au gouvernement actuel, dirigé par Paolo Gentiloni, de traiter les affaires courantes, en attendant qu’un accord soit trouvé. C’est ce qu’il s’était passé en 2013 ; il avait fallu attendre deux mois avant que les différents partis ne s’accordent pour former un gouvernement. Ce n’est pas une nouveauté en Italie : le pays a connu 64 gouvernements depuis la proclamation de la République, en 1946.

Les forces en présence

  • Matteo Renzi, Parti démocrate (centre-gauche)

La coalition de centre-gauche au pouvoir depuis les dernières élections législatives, en 2013, pourrait ne pas se relever de ses élections législatives. Le parti démocrate italien, crédité d’environ 25 % des voix, a déjà été affaibli par son divorce avec la gauche italienne. Il a également été fragilisé par l’arrivée d’un nombre important de migrants dans le pays (600 000 réfugiés depuis 2013) et du manque de solidarité européenne sur la question. Le parti de Matteo Renzi a également souffert de son grand revers électoral en 2016, le référendum sur la réforme constitutionnelle. Cependant, le leader du parti démocrate pourra compter sur le fait qu’aucun autre parti ne devrait obtenir la majorité absolue ; pour former un gouvernement, la gauche devra retrouver une certaine unité et donc tenter de se rassembler.

  • Silvio Berlusconi, Forza Italia (centre-droit)

Silvio Berlusconi, "il Cavaliere", est revenu sur le devant de la scène à 81 ans. L’ex-Premier ministre est pourtant inéligible jusqu’en 2019, après sa condamnation en 2013 pour fraude fiscale. Même s’il ne peut pas prendre la tête du gouvernement, le magnat des médias est revenu depuis plusieurs mois pour porter son parti, qui se situe sur la droite de l’échiquier politique. Il est d’ailleurs proche du PPE, le parti populaire européen. Mais Silvio Berlusconi a surtout décidé de monter une coalition avec deux formations d’extrême-droite, la Ligue et Fratelli d’Italia. Seule, Forza Italia pèse environ 17 % des voix. Avec ses alliés, elle grimpe à près de 35 % d’intentions de vote. En cas de victoire de Forza Italia et de ses alliés, c’est l’actuel président du Parlement européen Antonio Tajani, proche de Silvio Berlusconi, qui pourrait prendre la tête du gouvernement. S’il faut une grande coalition gauche-droite pour gouverner, le Cavaliere aura tout de l’homme-clé de cette élection.

  • Luigi Di Maio, M5S, Mouvement 5 étoiles (populiste)

Crédité de 28 % des voix, le parti fondé par le comédien et humoriste Beppe Grillo comme un mouvement contre l’élite au pouvoir pourrait arriver en tête des législatives. Ce mouvement anti-système est même devenu la première force politique du pays. Cependant, le mouvement est loin d’avoir une majorité parlementaire, d’autant qu’il refuse d’ores et déjà toute alliance. Souvent décrit comme populiste, le Mouvement 5 étoiles ne se revendique ni de droite, ni de gauche, et n’a pas de ligne politique très distincte. Avec à sa tête Luigi Di Maio, 31 ans, le parti a pour tête de proue un leader plus conventionnel que Beppe Grillo. Et le M5S s’est désormais assagi ; Luigi Di Maio, après avoir renoncé à sortir de l’euro, assure qu’il respectera la règle européenne du déficit à 3 % du PIB. Ce jeudi, le Mouvement 5 Etoiles a présenté à Rome l'équipe qui serait amenée à gouverner l'Italie s'il sortait victorieux dimanche des élections législatives.

  • Matteo Salvini, la Ligue (extrême-droite)

Le parti est anciennement connu sous le nom de Ligue du Nord est dirigé par Matteo Salvini, un militant de la première heure du parti régionaliste et xénophobe. Pour les élections législatives du 4 mars, il a effacé le mot "Nord" du nom de son parti. Surtout, a transformé le parti sécessionniste en une formation nationaliste, avec l'ambition de prendre les rênes de la droite italienne. Au départ cantonnée aux régions du Nord du pays, la Ligue tente désormais d’exporter son discours anti-migrants jusque dans le Sud du pays, notamment dans le Mezzogiorno, région pourtant méprisée dans les années 1990, du fait de la pauvreté et de la corruption. Il semble maintenant en position de force dans la coalition de droite, avec environ 13 % des intentions de vote. 

  • Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (extrême-droite)

Ancré à l’extrême-droite, le parti qui tire son nom de l’hymne national italien est l’héritier direct du Mouvement social italien (MSI), fondé par les fascistes après la Seconde Guerre mondiale. Il a choisi d’axer sa campagne sur l’identité nationale, et la souveraineté en se qualifiant de postfaciste. Allié à Forza Italia de Silvio Berlusconi et à la Ligue, Fratelli d’Italia a obtenu moins de 2 % aux dernières élections, mais pourrait doubler son score. 

Plusieurs autres groupes d’extrême-droite, comme CasaPound, ou Forza Nuova, continuent leur ascension. Les militants du parti Forza Nuova ont récemment fait parler d’eux en étant dans des affrontements avec les activistes des centres sociaux, proches de l'extrême gauche. Les deux mouvements présenteront des candidats dans de nombreuses circonscriptions mais en raison du quorum, n’ont pas de chance d’entrer au parlement italien. 

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