Le politologue israélien Denis Charbit explique au micro de Mathilde Munos ce que ces nouvelles élections signifient pour le monde politique israélien à droite et à gauche. Pour l'universitaire, plus qu'une victoire de Netanyahou, c'est une défaite des travaillistes.

Ce sont les travaillistes qui sont les grands perdants de ce scrutin. Sur la photo, le président de ce parti, Avi Gabbay.
Ce sont les travaillistes qui sont les grands perdants de ce scrutin. Sur la photo, le président de ce parti, Avi Gabbay. © AFP / JALAA MAREY

Denis Charbit, politiste à l'Open University d'Israël et auteur de Israël et ses paradoxes aux éditions Cavalier Bleu, était l'invité de 6h20 de Mathilde Munos, après la victoire de Benjamin Netanyahou aux législatives en Israël.

FRANCE INTER : Netanyahou a-t-il eu l’avantage grâce au jeu des coalitions ?

DENIS CHARBIT : "Exactement. C'est une triple victoire pour Netanyahou. C'est une victoire personnelle, c'est lui qui a décidé de ce calendrier, d'anticiper les élections. Il a fait un pari alors que les accusations le concernant avaient été révélées par le procureur de l'État. Il y est allé et a gagné : c'est un plébiscite. C'est aussi une victoire de son parti qui passe de 30 à 35 sièges, et enfin c'est une confirmation pour sa coalition puisque la coalition sortante regroupait 67 députés, et elle en ferait aujourd'hui 66."

35 sièges chacun pour le deux partis en tête, qu'est-ce que ça représente pour Israël ? 

"Après des années au cours desquelles les deux partis en tête totalisaient à peine 50 sièges sur les 120 de la chambre, nous avons pour la première fois deux partis de gouvernement, l'un dans la majorité, l'autre dans l'opposition, qui à eux deux disposent de 70 sièges sur 120. Cela ne s'était pas produit depuis les années 80 ! D'une certaine manière, les grands perdants de cette élections sont les petites formations politiques. Mais le plus grand perdant, c'est le parti travailliste, le parti historique fondateur de l'état d’Israël, qui passe de 24 députés à 6 députés. C'est véritablement un effondrement à l'image de ce que l'on a connu en France avec le Parti Socialiste."

Cela signifie que la société israélienne a complètement glissé à droite ?

"Non. Si on prend le parti du centre et les deux partis de gauche, les travaillistes et le Meretz, ils avaient 40 sièges aux élections précédentes. Ils en ont désormais 45. Mais c'est le rapport de force entre ces trois formations qui a changé. C'est un effondrement du parti travailliste mais pas un effondrement des électeurs de gauche. Ces électeurs ont voté au centre, non pas parce qu'ils ont changé d'idéologie politique, mais parce que dans tous les sondages d'opinion depuis trois mois, il était clair que Benny Gantz l'emportait sur le candidat travailliste. Pour battre Bibi, il fallait voter pour ce parti centriste."

À quoi ressemblera la coalition de Netanyahou ?

"À droite, les grands perdants sont l'extrême-droite, qui n'obtient pas un seul député. Les partis religieux orthodoxes se renforcent un peu. Ce sera donc le statu quo sur les rapports entre la synagogue et l'État. Mais leur score est loin d'atteindre les chiffres que les sondages leurs donnaient."

L'aspect sécurité a mobilisé la campagne, à quoi va ressembler la politique de Netanyahou ?

"Netanyahou n'aime pas la guerre. Il donne aux Israéliens l'image d'un homme qui assure leur sécurité mais ce n'est pas un va-t-en-guerre. Ce que les électeurs apprécient chez lui, ce sont ses amitiés privilégiés avec Donald Trump et Vladimir Poutine. Ces relations ont propulsé Israël au niveau d'un acteur international de premier plan, c'est ce qui a rassuré les Israéliens."

► À L'ANTENNE - Réécoutez l'interview complète de Denis Charbit dans le 5/7

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