C’est l'ensemble de la hiérarchie de l'Église catholique chilienne qui a présenté vendredi sa démission dans le cadre d'un énorme scandale de pédophilie et alors que l'église de ce pays d’Amérique du Sud aurait couvert de nombreuses affaires de pédophilie.

L'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati annonce la démission des trente-quatre évêques chiliens lors d'une conférence de presse à la cathédrale de Santiago, le 18 mai 2018
L'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati annonce la démission des trente-quatre évêques chiliens lors d'une conférence de presse à la cathédrale de Santiago, le 18 mai 2018 © AFP / Claudio REYE

Le pape François avait adressé une lettre aux évêques, le 15 mai dernier, où il condamnait les "crimes" et "le douloureux et honteux constat d'abus sexuels sur mineurs, d'abus de pouvoir et de conscience d'une partie du clergé de l'Église".  

Vendredi, deux porte-parole de la Conférence épiscopale chilienne en ont pris acte dans la déclaration lue devant la presse :

Nous, tous les évêques présents à Rome, avons remis nos postes entre les mains du Saint-Père afin qu'il décide librement pour chacun d'entre nous. Nous voulons demander pardon pour la douleur causée aux victimes, au pape, au peuple de Dieu et à notre pays pour les graves erreurs et omissions que nous avons commises. 

On attend maintenant la décision du pape : prendra-t-il ou non des sanctions nominatives. Jeudi il annoncé des "changements" à court, moyen et long termes pour rétablir "la justice".  Mais il a surtout constaté que congédier des prélats était certes nécessaire mais insuffisant et qu'il fallait aller de toute urgence aux "racines" qui ont permis que des abus soient perpétrés au sein d'une Église chilienne "élitiste" et "autoritaire"

Les victimes ont enfin l'impression d'être écoutées

Le pape tente depuis quatre mois de faire oublier le fiasco médiatique de son voyage au Chili en janvier dernier. À l'époque, il avait défendu avec force un évêque chilien, Juan Barros, pourtant soupçonné d'avoir caché les actes de pédophilie du père Fernando Karadima. 

En avril, les conclusions de 2 300 pages de l'enquête, dont 64 témoignages recueillis au Chili et aux États-Unis, ont profondément modifié l'avis du souverain pontife qui a alors reconnu avoir commis de "graves erreurs" d'appréciation dues à un "manque d'informations véridiques et équilibrées". 

Avant de recevoir les évêques, le pape avait accueilli début mai au Vatican trois victimes. Parmi elles José Andrés Murillo rencontré à Santiago par Justine Fontaine. L'homme en est sûr, c’est le pape François qui a exigé la démission des évêques : "Il a dit que les évêques ont commis des actes inacceptables ici, et a demandé leurs démissions. J'espère vraiment qu'il les acceptera toutes. On nous a traités de menteurs pendant des années. Ce serait un premier acte de justice, un pas vers ce qu'on demande depuis très longtemps : que d'un refuge de prédateurs sexuels -ce qu'elle est aujourd'hui- l'Église se transforme en refuge pour les victimes."

"Le pape a entendu ce que nous lui avons demandé", a tweeté vendredi une autre victimes, Juan Carlos Cruz. Cela fait du bien à "tant de personnes qui ont souffert à cause d'évêques corrompus et menteurs", a-t-il estimé. 

Les victimes considèrent que le départ des évêques ne sera pas suffisant pour éviter que de tels scandales se reproduisent. Ils attendent avec impatiences les prochaines décisions du pape. 

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