Il y a un an, l'ouragan Maria dévastait Porto Rico, un Etat américain au statut un peu spécial. Aujourd'hui, l'île des Caraïbes compte encore ses morts. 4 600 victimes, estiment des chercheurs de l'université de Harvard, symboles de l'abandon par Washington de ce territoire.

Les habitants de Porto Rico ont manifesté à plusieurs reprises contre la fermeture d' écoles et d'autres établissements publics.
Les habitants de Porto Rico ont manifesté à plusieurs reprises contre la fermeture d' écoles et d'autres établissements publics. © AFP / Ricardo ARDUENGO

"I want to live in America", chante Anita dans le film culte West Side Story ,comme une ode à la fuite de l'île de Porto Rico, où elle et sa famille sont nées et qu'ils ont dû fuir pour vivre décemment. C'était il y a soixante ans, mais depuis, les choses se sont encore dégradées. L'épisode récent de l’ouragan Maria en est une tragique illustration. 

Alors que les autorités américaines ont parlé de 64 morts, une étude de chercheurs de l'université de Harvard, rendue publique ce mardi, a révélé qu'en réalité, les trois mois suivant le passage de l'ouragan, 4 600 personnes sont mortes. Et au-delà des victimes, Maria a détruit une bonne partie de l'île, déjà dans un état économique déplorable. Une quasi banqueroute, que certains comparent à la Grèce en  2015. 

Un statut ambiguë

Porto Rico, au cœur des Caraïbes, a un statut ambigu. L'île, colonisée par les Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, a fait l'objet d'un traité entre le gouvernement américain et l'Espagne. C'est ainsi que Porto Rico deviendra, en 1952, un Etat libre associé aux Etats-Unis. L'île est dotée de sa propre constitution et élit un gouvernement autonome gérant les affaires intérieures. Mais la défense, la politique étrangère et la monnaie sont assumées par les Etats-Unis. 

Si les habitants de Porto Rico ont bien un passeport américain, il ne sont pas représentés au Congrès et non pas le droit de vote aux élections nationales.

A la fin des année 2000, la crise économique a ravagé les finances du pays. La crise frappe l'île de plein fouet en 2006, avec la levée des exonérations fiscales décidée par Bill Clinton. Et c'est bien Washington qui a repris la main sur l'économie de Porto Rico et décidé de son redressement en procédant à des coupes budgétaires qui ont mis le pays à genoux.

La dette s'élève à 74 milliards de dollars

Des retraités aux fonctionnaires, les gens survivent sans salaire ou avec de salaires et des allocations si bas qu'ils ne servent plus à rien. Aujourd'hui, à Porto Rico, qui abrite 3,5 millions d’habitants, près d'une personne sur deux (46 %) vit en dessous du seuil de pauvreté. Un tiers des activités économiques sont non déclarées, 30 000 sans-abri errent dans les rues de l’île et que 36 % des locataires de logements sociaux n’affichent aucun revenu.

La dette s'élève à 74 milliards de dollars et cette crise a entraîné le départ de nombreux habitants. Il y a aujourd’hui plus de Porto-Ricains qui vivent aux Etats-Unis que sur l'île. 

Si bien que lorsque l'ouragan arrive, c'est sur les ruines économiques d'un pays exsangue qu'il déferle. Après la destruction des maisons et des infrastructures, il ne reste plus rien. Pendant plusieurs semaines, le gouvernement américain ne fait rien ou presque, et le président Donald Trump assure que la situation n'est pas si grave. Pas de médicaments, pas de médecins supplémentaires, sur une île qui en manquait déjà cruellement. 

Les témoignages recueillis sur place par les chercheurs d'Harvard racontent que dans les zones isolées de l’île, 83 % de la population a vécu sans électricité trois mois après le passage de l'ouragan. Cette absence d'aide s'est ajoutée à l'état économique déplorable de Porto Rico, et c'est ce qui explique aujourd'hui un nombre de morts aussi élevé. 

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