[scald=37995:sdl_editor_representation]par Maria Golovnina et Mohammed Abbas

TRIPOLI (Reuters) - Les rebelles libyens avançaient lundi vers Syrte, ville natale de Mouammar Kadhafi sur la côte méditerranéenne, dans l'espoir de couronner leur révolution en prenant les derniers bastions d'un "guide" déchu mais peut-être encore dangereux.

On ignore où se trouve le colonel Kadhafi depuis la chute de Tripoli aux mains des insurgés il y a une semaine.

Des habitants de la capitale, en proie à des pénuries d'eau, de vivres et de carburant, se hasardaient dehors pour faire quelques achats en vue de la fête musulmane de l'Aïd al Fitr, qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan.

"Dieu merci, cet Aïd a une saveur particulière. Pour cet Aïd, nous avons la liberté", a déclaré Adel Kachad, informaticien du secteur pétrolier âgé de 47 ans, sur un marché aux légumes. "La Libye renaît."

Mais tout le monde ne se réjouit pas de la fin de Kadhafi.

"Vous, les médias, vous ne dites pas la vérité, vous êtes tous des traîtres, des espions", criait un chauffeur de taxi furieux dans un quartier loyaliste, sans se soucier de la présence de combattants anti-Kadhafi à proximité.

Le fief kadhafiste de Syrte et quelques villes du Sud enfoncées dans le désert demeurent un défi pour ceux qui s'approprient le pouvoir en Libye. Les rebelles comptent les prendre par la force au cas où des négociations échoueraient.

KADHAFI RESTE UNE MENACE, DIT LE CNT

Moustafa Abdeldjeïl, président du Conseil national de transition (CNT), a demandé à l'Otan de poursuivre ses raids aériens qui ont fourni une couverture décisive aux rebelles démunis soulevés contre Mouammar Kadhafi depuis février.

"Je réclame le maintien de la protection de l'Otan et de ses alliés contre ce tyran", a-t-il dit lors d'une réunion de ministres de la Défense au Qatar, Etat du Golfe comptant parmi les pays qui ont soutenu la révolte. "Il reste une menace, non seulement pour les Libyens mais pour le monde entier."

Un commandant de l'Otan a assuré que l'alliance poursuivrait sa mission au moins jusqu'à l'expiration de son mandat le 27 septembre. "Nous pensons que le régime de Kadhafi est au bord de l'effondrement et veillerons à ce que l'opération aille à son terme", a dit l'amiral américain Samuel Locklear lors d'une conférence de presse à Doha, la capitale qatarie.

"Les poches de résistance des pro-Kadhafi diminuent de jour en jour. Le régime n'a pas la capacité de monter une opération décisive", a-t-il dit, ajoutant que les raids de l'Otan avaient détruit 5.000 objectifs militaires en Libye.

Dimanche, l'aviation alliée a pilonné Syrte pour le troisième jour consécutif, a fait savoir un porte-parole de l'Otan à Bruxelles. La Grande-Bretagne a indiqué que ses appareils avaient aussi attaqué les forces kadhafistes près de Sidra, à l'ouest du centre pétrolier de Ras Lanouf.

Que Syrte soit ou non le théâtre d'un baroud d'honneur du colonel déchu, la ville constitue un trophée stratégique et symbolique pour ses adversaires dans leur conquête du pays. Le CNT a offert une récompense de 1,3 million de dollars pour la capture de Mouammar Kadhafi mort ou vif.

LE CNT RECOMMANDE D'ÉVITER LES ABUS

Djamal Tounally, commandant rebelle à Misrata, dans l'Ouest, a dit à Reuters : "Le front se situe à 30 km de Syrte. Si Dieu le veut, la situation se réglera de façon pacifique à Syrte."

"Maintenant, il ne nous reste qu'à trouver Kadhafi. Je pense qu'il se cache toujours sous Bab al Aziziah, comme un rat", a-t-il ajouté par allusion au complexe fortifié du colonel Kadhafi, dont les rebelles ont pris le contrôle mardi.

Sur la route côtière à l'est de Tripoli, des véhicules acheminaient vers Syrte des chars T-55 d'origine soviétique. Des combattants ont dit les avoir saisis dans une base abandonnée.

Les forces en provenance de l'Est ont progressé de 7 km après avoir dépassé le village de Bin Djaouad et contrôlaient le carrefour de Naoufalia, a déclaré un porte-parole. "Nous avançons lentement. Nous souhaitons laisser du temps aux négociations, donner une chance à ceux qui essaient de persuader les gens qui sont dans Syrte de se rendre et d'ouvrir la ville."

Soucieux de préserver leur image auprès de l'opinion internationale malgré les informations faisant état de partisans de Kadhafi retrouvés morts les mains liées dans le dos, le CNT a recommandé à ses combattants d'éviter les abus.

"Rappelez-vous, quand vous arrêtez n'importe quel fidèle de Kadhafi, qu'il est comme vous, qu'il a une dignité comme vous, que cette dignité est votre propre identité et qu'il est assez humiliant pour lui d'être prisonnier", dit une directive du CNT.

Selon le colonel Ahmed Bani, porte-parole militaire du CNT, environ 40.000 personnes arrêtées par les forces kadhafistes restent portées disparues. Certaines pourraient encore être détenues dans des bunkers souterrains à Tripoli, a-t-il ajouté.

La brigade Khamis, unité commandée par Khamis Kadafi, l'un des fils de Mouammar, semble responsable de la mort de 45 détenus dans un entrepôt des environs de Tripoli, a déclaré Sarah Leah Wilson, directrice de l'organisation Human Rights Watch (HRW) pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord.

Le CNT, reconnu par plus de 40 pays comme autorité légitime de la Libye, consolide son emprise sur la capitale après des journées de combats et de confusion. Il compte transférer ses dirigeants cette semaine de Benghazi à Tripoli.

Avec Maria Golovnina à Misrata, Robert Birsel, Alex Dziadosz et Emma Farge à Benghazi; Clément Guillou et Philippe Bas-Rabérin pour le service français

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.