Google et Facebook s'associent pour construire un câble optique ultra-rapide entre Los Angeles et Hong-Kong. Nouvelle étape d'une course de vitesse à 20 000 lieues sous les mers.

Un navire cablier pose les premiers mètres d'un cable qui reliera la France à l'Afrique, au large de la Bretagne en 2015
Un navire cablier pose les premiers mètres d'un cable qui reliera la France à l'Afrique, au large de la Bretagne en 2015 © Maxppp / Stéphanie HANCQ

Tout n’est pas virtuel dans le monde d’Internet : les quantités phénoménales de données qui s’échangent chaque seconde transitent entre les continents par des milliers de kilomètres de câbles sous-marins. Un enjeu économique et géopolitique incontournable, au moment où Google s’associe à Facebook pour installer un nouveau câble sous le Pacifique.

Le projet a été baptisé PLCN (Pacific Light Cable Network). Les travaux vont commencer avant la fin de l’année et les premiers térabits de données circuleront dès 2018. Les deux géants du net promettent déjà que cecâble long de 12 800 kilomètres, qui reliera Los Angeles à Hong-Kong, sera l’un des plus longs et surtout des plus rapides au monde. Il pourra transmettre chaque seconde 120 térabits (1012 bits) par seconde.

Une Toile d'araignée sous les mers

On l’oublie souvent, au moment de cliquer pour ouvrir un mail envoyé depuis l’autre bout de la planète, mais la Terre est parcourue, depuis une vingtaine d’années, par plus de 250 câbles optiques sous-marins du type du PLCN. Par rapport aux satellites, leur gros atout, c’est la rapidité de transmission : Internet ne tournerait pas à l’échelle de la micro-seconde si toutes les données devaient transiter par l’espace. L’avènement du haut-débit, on le doit aux câbles sous-marins.

Le centre de recherches américain Telegeography a établit une carte interactive de ces autoroutes océaniques de l’information.

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Carte établie par Telegeography traçant le réseau des plus de 250 câbles sous-marins existants
Carte établie par Telegeography traçant le réseau des plus de 250 câbles sous-marins existants © telegeography.com

Selon le vice-président de Telegeography, Tim Stronge, 99% du trafic intercontinental d’information passe sous les océans.

Ces réseaux de fibre optique constituent donc le « backbone », la colonne vertébrale d’Internet, et ils cristallisent des enjeux énormes : quand l’information circule en des points concentrés, elle est plus facile à surveiller. C’est ce qu’a démontré Edouard Snowden. La répartition géographique de ces câbles, le fait par exemple que beaucoup de ceux qui relient l’Amérique du Nord à l’Europe transitent par la Grande-Bretagne, a permis à la NSA de confier une bonne partie de l’espionnage du réseau à ses amis des services de renseignement britanniques.

Le centre de surveillance électronique de Bude en Angleterre, où selon Edouard Snowden les services britanniques interceptent les télécommunications qui arrivent par câbles sous-marins.
Le centre de surveillance électronique de Bude en Angleterre, où selon Edouard Snowden les services britanniques interceptent les télécommunications qui arrivent par câbles sous-marins. © Reuters / Kieran Doherty

Diplomatie du térabits/seconde

Les câbles sont , dans la plupart des cas, la propriété des opérateurs privés des télécommunications mondiales, qui tentent au maximum de garder le secret sur ces infrastructures et sur les nœuds du réseau. Dans ce contexte, les gouvernements essayent tout de même de garder un tant soit peu de contrôle : la France veille à ce qu'Alcatel, l’un des leaders mondiaux en matière de conception et d'installation des câbles sous-marins, ne passe pas sous giron étranger. Question de souveraineté, les Etats-Unis ont réussi au début de l’année 2014 à faire échouer un projet de réseau transatlantique car il impliquait l’industriel chinois Huawei, firme jugée trop proche du gouvernement de Pékin et donc suspecte de vouloir espionner les transmissions New-York/Londres. Très révélateur aussi des enjeux géopolitiques, le cas cubain : l’île communiste n’a pu avoir un accès décent à Internet qu’en 2011, quand son allié vénézuélien a achevé l’installation d’un câble sous-marin vers La Havane. Mais dès que les relations diplomatiques avec les Etats-Unis ont été rétablies, en 2015, Washington s’est empressé de proposer aux cubains de tirer un câble depuis la Floride.

Qui transporte les paquets de données les contrôle aussi. Sur la carte du monde redessinée par les infrastructures physiques d’Internet, les Etats-Unis et la Chine prennent encore plus de place, l’Europe (hors Grande-Bretagne) est distancée. Pas étonnant d’ailleurs que le dernier méga-projet sous-marin, celui de Google et Facebook, doive relier Hong-Kong à Los Angeles. Il confirme aussi une tendance forte : la prise de contrôle des géants privés du net, plus seulement sur le contenu mais aussi désormais sur les tuyaux.

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