[scald=92613:sdl_editor_representation]par Yasmine Saleh et Khaled Yacoub Oweis

LE CAIRE/AMMAN (Reuters) - Les forces de Bachar al Assad ont repris lundi leurs bombardements sur la ville de Homs au lendemain du soutien explicite apporté à l'opposition par la Ligue arabe, qui a en outre proposé à l'Onu l'envoi d'une mission conjointe en Syrie.

D'après des opposants, les blindés pilonnent surtout deux grands faubourgs sunnites, Bab Amro dans la partie sud de la ville et Al Waer dans la partie ouest, près de l'académie militaire. Selon eux, les bombardements ont fait 23 morts dimanche après une journée d'accalmie la veille.

"Les chars bombardent sans interruption Bab Amro et les bombardements sur Al Waer ont commencé durant la nuit", a déclaré l'opposant Mohamed al Hassan, interrogé au téléphone.

Selon lui, le quartier d'Al Waer, théâtre pendant des mois de manifestations hostiles au régime, est attaqué depuis plusieurs jours par des miliciens du régime, les chabbiha.

"Nous avons entendu dire que l'Armée syrienne libre avait commencé à riposter en attaquant les barrages tenus par les chabbiha. Les communications avec Al Waer ont été coupées et on peut désormais entendre le son des bombardements", a-t-il ajouté.

L'Armée syrienne libre, dont les rangs sont gonflés par les défections au sein de l'armée loyaliste, a transformé le mouvement de contestation né en mars en insurrection armée.

Il est difficile de vérifier les affirmations des deux camps car le régime limite de manière très stricte l'accès des journalistes au terrain. Selon un bilan des Nations unies fourni en décembre, la répression du mouvement de contestation a fait plus de 5.000 morts tandis que le régime impute les violences à des groupes "terroristes" soutenus par l'étranger.

Dimanche, des soldats appuyés par des blindés ont lancé une offensive à Inchaat, quartier de Homs théâtre de plusieurs incursions des forces loyalistes au cours de la semaine écoulée. Des chars ont roulé sur des voitures civiles et des militaires ont mis à sac des habitations et brûlé des meubles au milieu des rues pour infliger une punition collective à la population, affirme la Coalition Homs Libre dans un communiqué.

MANIFESTATIONS

"Le régime veut punir la population civile pour son soutien à l'Armée syrienne libre", est-il écrit dans ce communiqué.

Un convoi du Croissant-Rouge syrien a pu se rendre à Homs pour distribuer de la nourriture, des médicaments et des couvertures aux milliers d'habitants touchés par les violences, a annoncé le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) dans un communiqué.

"La population, en particulier les blessés et les malades, subit l'essentiel des violences", a déclaré Marianne Gasser, responsable du CICR à Damas.

Des opposants affirment cependant que les équipes du Croissant Rouge se sont rendues dans les quartiers peuplés d'alaouites, la communauté dont est issue la famille Assad, mais pas dans les quartiers sunnites, les plus bombardés.

Dans une vidéo postée sur YouTube, on peut voir un médecin dans le quartier sunnite de Bayada avec près de lui les corps de trois hommes gisant sur le sol, celui d'une femme posé sur une table et un homme blessé allongé sur un lit avec pour tout équipement médical une bouteille d'oxygène.

"Nous n'avons pas de médicaments, ni de matériel ni de personnel. L'hôpital se résume à cette pièce de quatre mètres sur quatre", dit ce médecin.

"Le Croissant Rouge ne vient pas ici car (l'armée) le bombarde quand il essaie. La plupart des patients que l'on nous amène meurent d'hémorragie car nous n'avons aucun matériel de transfusion."

Des opposants ont profité dimanche d'une pause dans les bombardements pour manifester contre le régime dans les quartiers de Koussour, Bayada, Khalidoua et Bab Houd. Des manifestations ont été signalées à Houla, une localité voisine également bombardée.

Des images postées sur YouTube montrent des centaines de jeunes se tenant par l'épaule et dansant sous des drapeaux verts et blancs, les couleurs de la Syrie avant la prise du pouvoir du parti Baas en 1963.

DÉFI À LA RUSSIE ET À LA CHINE

A Hama, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Homs, les forces loyalistes appuyées par des blindés ont pénétré dimanche dans des quartiers proches de la périphérie où l'Armée syrienne libre a été active.

"C'est la troisième journée qu'il y a de telles incursions. Ils tirent au hasard à l'artillerie lourde et avec des batteries anti-aériennes, puis ils perquisitionnent dans les maisons et arrêtent des dizaines d'habitants. L'objectif est de séparer Hama de ses alentours", a dit un activiste de cette ville, Fadi al Djaber, selon lequel des familles tentent de fuir.

Réunis dimanche au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont demandé aux Nations unies d'envoyer une mission de paix conjointe de l'Onu et des pays arabes en Syrie. Celle-ci remplacerait la mission d'observation exclusivement arabe à laquelle il est mis fin.

Dans une résolution obtenue par Reuters, ils annoncent la fin de toute coopération diplomatique avec Damas et confirment le recours aux sanctions économiques contre le régime syrien. Ils précisent qu'ils vont prendre contact avec l'opposition syrienne et lui proposer une aide politique et matérielle.

Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon soutient "les efforts de la Ligue arabe pour stopper la violence en Syrie et trouver une solution pacifique à la crise qui réponde aux légitimes aspirations démocratiques du peuple syrien", a dit un porte-parole.

"Des mesures sur les demandes spécifiques de la Ligue doivent être examinées par le Conseil de sécurité et il (Ban) restera en contacts étroits avec les Etats membres lorsqu'ils se saisiront de ces demandes", a-t-il ajouté.

Bertrand Boucey et Pierre Sérisier pour le service français

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