par Mariam Karouny et Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Un cessez-le-feu négocié par Kofi Annan est entré en vigueur jeudi à 03h00 GMT en Syrie, où aucun combat n'a été signalé depuis lors par l'opposition syrienne.

Les précisions de Luc Lemonnier

Celle-ci note cependant avec suspicion que les troupes régulières n'ont pas évacué les centres urbains en dépit des engagements de Damas. La télévision officielle syrienne a accusé pour sa part des insurgés d'avoir fait exploser une bombe à Alep (nord) deux heures après le début de la trêve. Un officier a été tué et 24 autres officiers et élèves-officiers de l'armée ont été blessés, dit la chaîne qui voit dans cette attaque le signe que les "terroristes" veulent déstabiliser la Syrie et saboter le plan de paix négocié par Kofi Annan. L'agence officielle de presse Sana rapporte, elle, que des "terroristes" ont fait exploser une autre bombe dans la province d'Idlib (nord) et qu'un membre du Parti Baas de Bachar al Assad a été assassiné dans la matinée à Deraa (sud), berceau du mouvement de contestation. Kofi Annan, émissaire conjoint de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, doit rendre compte de la situation aux membres du Conseil de sécurité de l'Onu à partir de 14h00 GMT. Mais le calme retombé depuis l'aube sur les villes jusque-là bombardées de Homs, Idlib ou Hama ne convainc guère les puissances occidentales qui doutent de la sincérité du pouvoir syrien. L'opposition craint pour sa part que le régime ne renoue avec la répression dès les manifestations prévues vendredi, journée des grandes prières hebdomadaires, et souligne que l'armée ne s'est pas retirée des zones urbaines, comme le prévoyait le plan Annan. JOURNÉE TEST VENDREDI "Il n'existe aucune preuve d'un retrait significatif", a déclaré à Genève Basma Kodmani, la porte-parole du Conseil national syrien (CNS) en exil. "Ce cessez-le-feu n'est que partiellement observé. Il est clair pour nous qu'il impliquait le retrait de toutes les armes lourdes présentes dans les villes et les zones peuplées. Cela ne s'est pas produit", a-t-elle poursuivi. A Damas, la capitale, aucun trouble n'a été constaté, rapporte un activiste. Et le porte-parole du gouvernement, Djihad Makdissi, a réaffirmé que Damas était "pleinement engagé" dans le succès du plan Annan et que, puisqu'aucune attaque n'avait visé les forces gouvernementales, "il n'y a(vait) aucune raison de rompre le cessez-le-feu". "Plus de deux heures se sont écoulées, et la situation est totalement calme à travers le pays", constatait en début de matinée Rami Abdoulrahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne. Basma Kodmani a déclaré pour sa part que trois personnes avaient été tuées après le début de la trêve à Idlib et à Hama. Le Conseil national syrien redoute un retour rapide des violences. Pour Burhan Ghalioun, président du CNS contacté par téléphone, la journée de vendredi sera le premier test majeur de la sincérité du pouvoir. "Le peuple syrien sortira demain et ce sera la manifestation la plus importante possible de l'expression de la volonté du peuple syrien", a-t-il dit. "Nous verrons demain si le gouvernement tient son engagement et tout en appelant le peuple syrien à manifester avec force, nous lui demandons d'être prudent parce que le régime ne respectera pas le cessez-le-feu et va ouvrir le feu", a-t-il ajouté. OPTIMISME PRUDENT Le gouvernement syrien a assuré à Kofi Annan qu'il respecterait le cessez-le-feu tout en se réservant un droit de riposte, a annoncé mercredi à Genève Ahmad Fawzi, porte-parole de l'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe. Fawzi a souligné que tous les éléments du plan devaient être respectés, notamment le "point 2" qui appelle au retrait des forces armées déployées autour des zones urbaines. Le général norvégien Robert Mood, qui a passé la semaine à Damas pour discuter du déploiement d'une mission d'observateurs de l'Onu, s'est dit "prudemment optimiste". Mais de Genève, où il a rendu compte de sa mission à Kofi Annan, il a insisté jeudi sur le "très haut degré de suspicion mutuelle" qui existe entre les parties syriennes. "Il est terriblement difficile pour elles de franchir cet abysse", a-t-il ajouté, selon l'agence norvégienne de presse NTB. Le plan Annan prévoit le déploiement de quelque 250 observateurs mandatés par l'Onu pour surveiller le cessez-le-feu. En décembre-janvier, une mission similaire de la Ligue arabe avait été impuissante à enrayer les violences. Interrogé par la BBC, le porte-parole du gouvernement syrien a déclaré que Damas souhaitait que cette nouvelle mission "débute aussi vite que possible" pour contrôler le respect du cessez-le-feu par toutes les parties. "On ne peut pas se fier à YouTube, à Al Djazira ou aux activistes qui prétendent vouloir surveiller d'éventuelles violations", a-t-il ajouté. Mais la sincérité d'Assad est mise en doute par les puissances occidentales. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a ainsi fait part sur la BBC de son "immense frustration". "Ce plan, souvenez-vous en, n'est pas seulement soutenu par ceux d'entre nous qui poussons à une action en Syrie, il est aussi soutenu par la Chine et la Russie. Et pourtant Assad le défie délibérément", a-t-il dit. Mercredi, le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel avaient estimé lors d'un entretien téléphonique que le gouvernement syrien "ne se conforme pas aux termes de l'accord négocié par Kofi Annan et poursuive dans la voie d'une brutalité inacceptable à l'encontre de son propre peuple", selon le communiqué de la Maison blanche. avec Stephanie Nebehay à Genève, Louis Charbonneau et Michelle Nichols aux Nations unies, Jean-Philippe Lefief, Benjamin Massot et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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