prolongation des discussions sur le nucléaire iranien à genève
prolongation des discussions sur le nucléaire iranien à genève © reuters

par Yeganeh Torbati et Lesley Wroughton

GENEVE (Reuters) - Les négociations sur le programme nucléaire iranien qui devaient se dérouler sur deux jours, jeudi et vendredi à Genève, se poursuivront samedi en présence du ministre russe des Affaires étrangères, ce qui semble accréditer l'hypothèse d'un possible accord.

Seront présents sur les bords du lac Léman tous les ministres des Affaires étrangères -sauf le chinois- des grandes puissances, le groupe dit P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne), qui négocient avec l'Iran.

L'Américain John Kerry a rejoint le Français Laurent Fabius, arrivé le premier, l'Allemand Guido Westerwelle et le Britannique William Hague. Ils seront samedi avec leur homologue russe Sergueï Lavrov face au chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif pour tenter de parvenir à un compromis.

A Moscou, une source non identifiée citée par l'agence de presse Itar-Tass a déclaré à propos de l'arrivée de Sergueï Lavrov: "Nous espérons que sa participation aux pourparlers pourra conduire à des résultats positifs."

Vendredi soir toutefois, des "questions majeures" restaient à régler, a souligné le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius sans autre précision.

Les discussions à Genève semblent porter sur un gel du programme nucléaire iranien, soupçonné de comporter un volet militaire clandestin, en échange d'un allègement des sanctions internationales contre la République islamique, qui affirme que ses activités sont purement pacifiques.

Ces mesures réciproques seraient provisoires, pour une durée d'environ six mois, le temps de négocier un accord définitif après plusieurs années de blocage.

"PAS D'ACCORD À CE STADE"

La délégation iranienne a clairement fait savoir à ses interlocuteurs qu'ils devraient envisager un allégement des sanctions pétrolières et bancaires dès la première phase de tout accord provisoire.

"Nous avons annoncé à l'Occident que dans la première phase, il faudrait tenir compte de la question des sanctions bancaires et pétrolières", a dit Majid Takht-Ravanchi, cité vendredi par l'agence iranienne de presse Mehr.

"Je veux souligner qu'il n'y a pas d'accord à ce stade", avait auparavant indiqué le secrétaire d'Etat américain John Kerry avant de pénétrer dans le bâtiment où se déroule depuis jeudi le deuxième cycle de négociations de ce type depuis l'élection d'Hassan Rohani à la présidence de l'Iran en juin. "Il reste d'importantes divergences à combler."

Le chef de la diplomatie américaine devait rencontrer dans la soirée son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, en présence de la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, qui dirige la délégation du P5+1.

L'une des principales mesures envisagées dans le cadre d'un compromis porterait sur le déblocage progressif d'environ 50 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés sur des comptes étrangers. Le groupe P5+1 pourrait aussi accepter un assouplissement des contraintes imposées au commerce par l'Iran de produits pétrochimiques et de métaux précieux.

"Nous voulons un accord qui soit une première réponse solide aux inquiétudes liées au nucléaire iranien. Il y a des avancées, mais rien n'est encore acquis", avait déclaré Laurent Fabius à son arrivée à Genève.

"On n'est pas là pour signer juste pour signer", a-t-on ajouté de source diplomatique française.

"CHANGEMENTS TRÈS POSITIFS"

La Russie juge possible de parvenir à un accord sur une "feuille de route" permettant de lever les doutes sur la nature du programme iranien, a dit Sergueï Lavrov alors qu'il se trouvait encore à Moscou.

Son porte-parole a fait état de "changements très positifs" dans les positions des uns et des autres tandis que le négociateur russe à Genève, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, insistait sur la nécessité de résultats durables.

"Il y a de nombreuses questions affectant les intérêts bien établis de plusieurs pays (...) Nous espérons que demain nous pourrons parvenir au résultat durable et que le monde entier attend", a déclaré le négociateur russe cité par l'agence RIA.

Au terme de la première journée de discussions jeudi, le ministre iranien des Affaires étrangères avait formulé l'espoir qu'un accord puisse être trouvé dès vendredi sur un communiqué commun définissant un objectif à atteindre "dans une période de temps limitée, espérons moins d'un an" et précisant une série de mesures réciproques "pour bâtir de la confiance et traiter leurs inquiétudes les plus immédiates".

Mohammad Javad Zarif a aussi jugé possible une suspension partielle des activités d'enrichissement d'uranium de l'Iran, une concession inenvisageable avant l'arrivée au pouvoir d'Hassan Rohani, qui a multiplié les signes d'ouverture depuis son accession à la présidence iranienne.

Une telle mesure ne satisferait pas Israël, l'Etat hébreu exigeant un démantèlement complet des installations nucléaires de l'Iran.

"C'est un très mauvais accord et Israël le rejette complètement", a déclaré le chef du gouvernement israélien. "Israël n'est pas lié par cet accord et Israël fera tout ce qu'il faut pour se défendre ainsi que protéger la sécurité de son peuple."

Il est "prématuré" de critiquer un accord non encore conclu, a rétorqué la Maison blanche.

"Il n'y a pas d'accord mais il y a une occasion de trouver une éventuelle solution diplomatique et c'est exactement ce que nous recherchons", a déclaré Josh Earnest, porte-parole adjoint de la Maison blanche.

Avec John Irish à Paris, Timothy Gardner à Washington, Marcus George à Dubaï, Michelle Nichols à New York, Crispian Balmer à Jérusalem, Gabriela Baczynska et Alexei Anishchuk à Moscou; Jean-Loup Fiévet, Bertrand Boucey et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Guy Kerivel

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