Les migrants arrivés depuis peu font la queue pour manger dans un des centres d'enregistrement éthiopiens.
Les migrants arrivés depuis peu font la queue pour manger dans un des centres d'enregistrement éthiopiens. © Radio France / Julie Pietri

Ils ont choisi la fuite et ont trouvé, en France, l’errance. Sans l’avoir choisie mais pour survivre : chez eux, là bas en Erythrée, la dictature a ravagé le pays, devenu un bagne à ciel ouvert.

Le service militaire est imposé de 16 à 40 ans, et au loin, les perspectives d’avenir ont disparu depuis longtemps. Cinq millions de personnes vivent là bas mais presque un habitant sur cinq a pris la fuite et l’exode continue.

Nasser Bibiam a 45 ans. Avant, il était professeur de lycée. Il vit maintenant dans le camp de Shimelba. "En Erythrée, vous n'avez aucun droit. Un jour, un soldat vient chez vous et vous dit que le gouvernement veut vous interroger. Vous disparaissez, juste comme ça. Il y a 300 prisons en Erythrée. Souvent, les cachots sont sous terre. Dans le noir. A force, vos cheveux changent de couleur. On tue les gens à volonté. La vie en Erythrée est insupportable ."

Camp de réfugiés de Shimelba, près de la frontière avec l'Erythrée.
Camp de réfugiés de Shimelba, près de la frontière avec l'Erythrée. © Radio France / Fabien Gosset

Nasser - "On tue les gens à volonté. La vie en Erythrée est insupportable" : __

L’Ethiopie, première étape

Une fois arrivés en Europe, les réfugiés tentent de rejoindre l'Angleterre, l'Allemagne... Ou la Suède, là où est déjà implantée leur communauté. Au début de leur périple, l’Ethiopie toute proche et ses camps de réfugiés, première étape avant le grand voyage. Là bas, ils racontent l’enfer.

Soit je leur donnais 35.000 dollars, soit ils prenaient mes reins

Parmi eux, Agou Endème, 27 ans. Il explique comment il a tenté de fuir les camps pour rejoindre le Soudan. Et comment il est revenu : "J'ai attendu ici, dans ce camp en espérant partir légalement dans un autre pays. Mais il n'y avait aucun espoir. Alors j'ai décidé de partir illégalement au Soudan, à Karthoum. J'ai été kidnappé par des bédouins rashaidas. Ils m'ont donné deux options. Soit je leur donnais 35.000 dollars, soit ils prenaient mes reins. Ma famille ne pouvait pas m'aider. Ma mère m' a dit : on n'a pas cet argent... Mais si tu meurs on veut le savoir. J'ai été emprisonné 10 mois dans le sous sol d'une maison, dans le Sinaï. Ils m'ont torturé. Mes oreilles ont été coupées avec un rasoir. Mes doigts tranchés à la hache. J'ai reçu des décharges électriques dans tout le corps. Je n'avais plus de force. Ma famille s'est finalement endettée pour collecter l'argent. Et je suis revenu ici, aujourd'hui. L'Europe c'est le rêve. C'est vrai. Mais maintenant je dis à tous les gens ici : ne partez pas !"

Mettez-vous à ma place : si vous deviez rester éternellement dans ce camp, à ne rien faire, à boire, à gaspiller votre jeunesse ici comme je l'ai fait pendant 9 ans, vous partiriez aussi

Sabrina, 29 ans, connaît les risques. Mais partira, un jour ou l’autre : "Je sais que beaucoup de personnes meurent sur la route de l'Europe. Les femmes sont violées, frappées dans le Sinai. Je le sais. Mais mettez vous à ma place. Si vous n'aviez pas le choix... Si vous deviez rester éternellement dans ce camp, à ne rien faire, à boire, à gaspiller votre jeunesse ici comme je l'ai fait pendant 9 ans. Voilà pourquoi on prend ce risque ."

Sabrina - "Je sais que beaucoup de personnes meurent sur la route de l'Europe" :

Carte des mouvements de population vers l'Ethiopie
Carte des mouvements de population vers l'Ethiopie © Radio France / Fabien Gosset

►►► POUR EN SAVOIR PLUS | Les Erythréens / Léonard VINCENT

►►► A ECOUTER | Les camps de réfugiés érythréens en Ethiopie

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