Les femmes de la révolution égyptienne
Les femmes de la révolution égyptienne © Maxppp / Romain Beurrier

Place Tahrir au Caire, lorsque la foule de manifestants se réunit en janvier 2011 pour exiger la chute d'Hosni Moubarak, l'atmosphère civique qui règne est exemplaire. Les femmes et les hommes occupent ensemble l'espace public sans qu'un seul cas de taharosh (harcèlement sexuel) ne soit signalé. Ca ne va pas durer.

Quelques jours plus tard, la situation dégénère et les manifestantes deviennent des cibles. L'envoyée spéciale de la chaîne américaine CBS, Lora Logan est sauvagement agressée par des centaines d'hommes, révélant au grand jour le sort des égyptiennes qui participent à la révolution.Dans les mois qui suivent, Caroline Sinz et Sonia Dridi, deux journalistes francaises subissent les mêmes attaques.

Le harcèlement, parfois qualifié de onzième plaie d'Egypte, n'est pas réservé au rassemblement populaire. Dans la rue, dans les bus, lors de leurs trajets quotidiens, dans l'espace public, les Egyptiennes sont victimes d'agressions. Le cinéaste Mohamed Diab illustre ce fléau dans son film Les Femmes du bus 678 , sorti quelques jours avant la révolution.

Récemment, un acteur égyptien s'est même déguisé en femme pour expérimenter la condition des ses compatriotes,

Les explications de Vanessa Descouraux

Ne pas se taire

En novembre 2012, une jeune manifestante décide de témoigner du calvaire qu'elle a subi sur la place Tahrir. A la télévision, Yasmine Al-Baramaoui raconte :

"Au début, ils étaient une dizaine, ils formaient un petit cercle autour de nous. Puis d'autres cercles se sont ajoutés. (...) J'ai été battue, jetée à terre, violée avec leurs mains, blessée avec des couteaux. Des personnes ont essayé de me venir en aide, elles n'ont rien pu faire."

Yasmine est une des rares femmes a avoir osé témoigner. Les autres victimes sont sommées de se taire pour "ne pas ternir l'image de la révolution". Pas facile non plus de porter plainte auprès de la police. Du coup, des groupes de protection des manifestantes ont été créés ainsi que des mouvements pour lutter contre le harcèlement sexuel.

L'histoire se répète

L'acte deux de la révolution égyptienne n'épargne toujours pas ses militantes. L'ONG Human Right Watch (HRW) a déclaré qu'une centaine d'agressions sexuelles ont été commises sur la place Tahrir et ses environs en marge des manifesations anti-Mohamed Morsi.

Selon les informations reçues d'associations locales, ces agressions se sont parfois transformées en viol. Au plus fort de la mobilisation, le dimanche 30 juin, l'ONG a recensé pas moins de 40 attaques contre des femmes dont certaines ont conduit à des hospitalisations. HRW précise que les victimes sont "battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises, et attaquées avec des couteaux".

Dans son communiqué, HRW déplore aussi "le désintérêt du gouvernement" face à ces agressions, un désintérêt qui entraîne l'impunité des coupables.

Qui sont-ils justement ces coupables ? Certains accusent des voyous qui profitent de l'absence de police lors des rassemblement, d'autres dénoncent des actions visant à ternir l'image des manifestations.

Invité le 04/07 d'Hélène Jouan, le bloggeur Aalam Al Wassel revient sur le harcèlement des femmes

Réactions internationales

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a exprimé son inquiétude face à ce fléau qui entâche à nouveau le printemps égyptien :

"J'espère vraiment que, tout en trouvant une réponse pacifique à la crise actuelle, les Egyptiens puissent accorder plus d'attention aux manifestantes puisque nous avons vu de nombreux cas d'agressions sexuelles au cours des manifestations"

De son côté, le président américain Barack Obama a aussi condamné le sort des femmes de la place Tahrir, affirmant qu'on ne pouvait pas parler de manifestation pacifique quand il y a des agressions contre des femmes.

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