Emmanuel Macron arrive ce mercredi matin en Algérie pour sa première visite en tant que chef de l’État, sur fond de passé colonial et de questionnements de la jeunesse du pays.

En Algérie, 70% de la population a moins de 30 ans.
En Algérie, 70% de la population a moins de 30 ans. © AFP / Ton Koene

Premier président français à être né après l’indépendance de l’Algérie, il avait marqué les esprits lors de sa venue en tant que candidat, en février dernier, lorsqu’il avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». 

Pour beaucoup de jeunes Algériens, cette page n’est pourtant pas tournée. 

La faculté d'Alger à l'angle de la rue Didouche Mourad dans le centre-ville.
La faculté d'Alger à l'angle de la rue Didouche Mourad dans le centre-ville. © Radio France / Bertrand Gallicher

Rue Didouche, Mourad, en plein centre d’Alger, des ouvriers s’affairent jusqu’au dernier moment pour donner un coup de neuf à  l’université des sciences, la plus ancienne faculté de la capitale.

Les étudiants qui en sortent n’espèrent pas grand-chose de la brève visite en Algérie du jeune président français sur le plan économique, mais restent focalisés sur les zones d’ombre de la colonisation. Leila, diplômée en biologie, attend que le président Macron permette à l’histoire commune des deux pays d’être révélée dans sa totalité. Y compris par la publication d’archives détenues par la France.  Restituer des documents ne suffirait toutefois pas à apaiser les jeunes Algériens. 

À 23 ans Fatah -commercial dans une entreprise de cosmétiques- reconnaît une certaine amertume envers la France et ses représentants. Il voudrait qu’Emmanuel Macron présente des excuses au nom de la France, ce que Paris a exclu. Décidément, ce passé ne passe pas, même chez les plus jeunes des Algériens, qui connaissent peu l’histoire coloniale.

Pas d’attentes démesurées

Parmi les étudiants, la venue du président français ne suscite pas d’attentes démesurées. Ils voient dans cette visite un passage obligé, une sorte de rituel qui se perpétue à chaque changement de chef d’Etat en France. Les accords économiques (automobile, pharmacie, agroalimentaire) et les investissements français en Algérie ne changeront pas dans l’immédiat leur quotidien compliqué et ils en sont conscients. 

De même qu’ils n’attendent rien de la rencontre entre le président Macron et son homologue algérien, reclus dans son palais de Zeralda. Pour les Algériens, la santé d’Abdelaziz Bouteflika et la réalité de son rôle politique restent des sujets mystérieux, des questions auxquelles la visite d’Emmanuel Macron ne devrait guère apporter de réponses. Face au délitement de la situation économique -liée pour partie aux cours du pétrole dont l’Algérie est dépendante- beaucoup de jeunes délaissent la politique pour se concentrer sur leur gestion du quotidien. Il y a deux semaines, les élections locales remportées par le FLN ont été boudées par la moitié des électeurs.

Le reportage de Bertrand Gallicher en Algérie :

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