[scald=38697:sdl_editor_representation]par Mohammed Abbas et Robert Birsel

TRIPOLI/BENGHAZI (Reuters) - Les Libyens ont fêté mercredi dans l'allégresse l'Aïd, qui marque la fin du ramadan, bien que Mouammar Kadhafi soit toujours en fuite et que les forces qui lui restent fidèles défient l'ultimatum que leur a lancé le conseil intérimaire au pouvoir.

Sur la place des Martyrs de Tripoli, l'ancienne Place verte ainsi rebaptisée depuis peu, des centaines de personnes se sont rassemblées pour les prières de la matinée et la fin du mois de jeûne. "Allahu Akbar (Dieu est grand), la Libye est libre", scandaient-elles.

Des combattants postés sur des toits protégeaient les lieux contre d'éventuels attaquants loyalistes, et des chiens policiers participaient aux contrôles de véhicules. Le ministre de l'Intérieur par intérim, Ahmed Darat, a lui-même été fouillé.

D'humeur légère, des parents prenaient des photos de leurs enfants habillés de neuf pour l'Aïd. On voyait des drapeaux de la monarchie renversée par le colonel Kadhafi en 1969.

"C'est le plus bel Aïd et le plus beau jour depuis 42 ans", a dit Hatem Goureich, marchand de 31 ans. "Kadhafi nous faisait détester nos vies (...) Nous exprimons ici notre joie devant la fin de 42 ans de répression et de privations."

Fatima Moustafa, jeune femme enceinte qui portait un tchador, a déclaré : "C'est un jour de liberté, un jour que je ne peux pas vous décrire. Comme si le monde m'appartenait. Je suis heureuse de ne pas avoir encore accouché, pour que ma fille puisse naître dans une Libye libre."

L'ULTIMATUM EXPIRE SAMEDI

Mais la guerre n'est pas terminée. Mouammar Kadhafi reste introuvable et ses partisans ne semblent pas renoncer.

Les combattants qui convergent de l'est et de l'ouest sur Syrte, la ville natale du "guide" libyen, observent une trêve de fait jusqu'à l'expiration, samedi, de l'ultimatum lancé par leurs dirigeants pour la reddition des kadhafistes.

L'Otan a fait savoir que ses avions avaient bombardé des forces loyalistes mardi près de la ville côtière ainsi qu'aux environs de Bani Walid, autre bastion kadhafiste situé à 150 km au sud-est de Tripoli.

Les Libyens qui se sont révoltés en février n'auraient pu atteindre leurs objectifs sans l'appui aérien de l'Alliance atlantique. Mais le passé de leur pays les rend méfiants à l'égard des interventions étrangères.

Le Conseil national de transition (CNT) pourrait solliciter une aide de l'Onu pour mettre sur pied une nouvelle force de police, mais rejette l'idée d'une force internationale ou d'observateurs étrangers, a indiqué l'émissaire de l'Onu pour la préparation de l'après-Kadhafi.

"Nous ne nous attendons pas à ce que (le CNT) réclame des observateurs militaires", a déclaré Ian Martin à New York. "Il est très clair que les Libyens veulent éviter toute forme de déploiement militaire de l'Onu ou d'autres institutions."

DÉBLOCAGES D'AVOIRS

Le comité des sanctions de l'Onu a approuvé une requête de Londres portant sur le déblocage de 1,55 milliard de dollars d'avoirs libyens gelés dans des banques britanniques.

La France a demandé à l'Onu de débloquer 1,5 milliard d'euros d'avoirs libyens avant la fin de la semaine, a-t-on déclaré mercredi à l'Elysée en précisant que les avoirs libyens gelés en France se montent à 7,6 milliards d'euros.

La France et le Royaume-Uni organisent jeudi à Paris une conférence de "soutien à la Libye nouvelle" où la question du déblocage des avoirs libyens sera au centre des discussions. La Russie et la Chine, qui n'ont pas officiellement reconnu le CNT, enverront des représentants à la conférence de Paris.

A Bruxelles, on rapporte de source diplomatique que les sanctions de l'Union européenne affectant six ports libyens, quatre compagnies pétrolières et une douzaine d'autres entités pourraient être levées vendredi.

Les Vingt-sept sont parvenus mercredi à un accord de principe sur la levée des sanctions et un accord définitif est attendu jeudi. "La décision doit entrer en vigueur vendredi", a dit un diplomate en demandant à garder l'anonymat.

Le CNT s'efforce aussi de relancer les exportations de gaz et de pétrole, vitales pour l'économie libyenne.

La production de pétrole pourrait redémarrer dans quelques semaines et retrouver son niveau d'avant la guerre en quinze mois, a déclaré à Reuters le nouveau patron de la compagnie nationale de pétrole libyenne, Nouri Berouin.

Avec Samia Nakhoul à Tripoli, Maria Golovnina à Misrata, Emma Farge et Alex Dziadosz à Benghazi et les rédactions de Tunis, Alger et Paris; Philippe Bas-Rabérin pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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