"Les minorités doivent s’intégrer ou tout simplement disparaître". Ces propos ont été tenus par Jair Bolsonaro en février 2017. Depuis il est devenu le nouveau président brésilien, élu dimanche avec 55,1% des suffrages.

Les danseurs de capoeira de la favela Babylonia de Rio craignent qu'on leur interdise de danser
Les danseurs de capoeira de la favela Babylonia de Rio craignent qu'on leur interdise de danser © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Faisons un Brésil pour les majorités. Les minorités doivent s’incliner devant les majorités ! La loi doit exister pour défendre les majorités. Les minorités doivent s’intégrer ou tout simplement disparaître. - Jair Bolsonaro février 2017

Les minorités en question, selon Bolsonaro, les voici : les femmes, les mouvements féministes, les défenseurs de l’environnement, des droits civiques, les homosexuels, les transsexuels, les mouvements LGBT, les Amérindiens, les Noirs (Afro-descendants), et tous ceux qui, même sans y appartenir, ont la mauvaise idée de défendre ces catégories de la population brésilienne.

À l’instar de son désormais homologue américain Donald Trump, l’ultra-conservateur Jair Bolsonaro est un adepte de saillies sans finesse visant directement et souvent violemment certaines franges de la population brésilienne.

Une attitude qui inquiète évidemment les principales et principaux intéressés. Interrogée par France Info après l'élection du nouveau président, Flavia Coelho, chanteuse brésilienne qui cumule féminité et couleur de peau un peu trop sombre selon les canons du nouveau président, se dit "en deuil" et craint pour "le maintien des droits pour les quotas universitaires, les minorités, tout ce qui a été gagné par la communauté LGBTQ, pouvoir s'affirmer dans la rue, exister, va s'arrêter. J'ai peur pour mes amis."

Crainte dans les favelas

À Rio, jusqu’à dimanche soir 19 heures, les minorités espéraient encore l’impossible : que la gauche reste au pouvoir. Elles savent désormais qu’elles ont perdu, que leurs idées ne sont plus les bienvenues car les Brésiliens ont majoritairement décidé de renverser la table. Du coup, l’espoir s’est transformé en crainte.

La favela Babylonia à Rio de Janeiro, Brésil
La favela Babylonia à Rio de Janeiro, Brésil / Nathanaël Charbonnier

Dînais vit dans la favela Babylonia à Rio et redoute le pire : "Bolsonaro a eu une réunion avec les troupe d’élites et il a déclaré que le policier qui tuera plus de 20 têtes sera décoré… Mais qui seront ses victimes et où vont-elles être tuées ? Ici, dans la favela, bien sûr."

Crainte dans les favélas, et crainte des musiciens et artistes. Un maître de capoeira a été tué il y a quelques semaines par un militant d’extrême-droite. La capoeira, lutte et danse des esclaves, a déjà été interdite au Brésil et ceux qui la pratiquent imaginent déjà le pire. C'est le cas de Claudio, maître de capoeira : "Ils vont nous mettre dehors. Comme lors de la prohibition, ils vont nous interdire de danser."

"C’est une culture des Noirs. La capoeira ça peut déranger, mais c’est une forme de liberté."

Claudio, maître de capoeira craint qu'on interdise sa discipline
Claudio, maître de capoeira craint qu'on interdise sa discipline / Nathanaël Charbonnier

La communauté gay vigilante

De son côté, l'association Gay de Bahia a recensé en 2017 plus de 445 homicides contre la communauté LGBT (343 en 2016). Une violence homophobe qui semble s'être accrue entre le premier et le second tour de l'élection présidentielle selon le journal le Monde. Cela passe par des tags dans les toilettes des filles du lycée franco-brésilien, "Sapatas vao morrer. Kkkk" ("À mort les gouines. Ah ah ah"), mais surtout un coiffeur homosexuel battu à mort aux cris de "Vive Bolsonaro".

Des minorités pourtant divisées

Si certains s'inquiètent, d'autres se réjouissent. Des Noirs, des homos, des femmes, des sympathisants de gauche et même des femmes noires homosexuelles sympathisantes de gauche ont aussi voté pour Jair Bolsonaro. David Trabuco, maquilleur gay à Brasilia déclarait avant l'élection être davantage exaspéré par la corruption, et sensible à d'autres questions de société : "Je ne m'inquiète pas de savoir si Bolsonaro accepte ou non mon orientation sexuelle. Ce qui me préoccupe c'est aussi la santé et l'éducation."

Dans la même veine, Priscilla Santos, femme noire et assistante administrative âgée de 30 ans, ne se sent pas touchée par les déclarations racistes et misogynes de Bolsonaro: "Je n'ai jamais vu la moindre proposition de Bolsonaro qui menace mes droits". Préoccupée d'abord par l'insécurité et la corruption elle assure "qu'il faut faire peur aux voleurs pour qu'ils sachent qu'ils risquent d'être pris à leur propre jeu". Et pour faire peur, elle compte sur Jair Bolsonaro.

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