[scald=17875:sdl_editor_representation]par Renee Maltezou et Harry Papachristou

ATHENES (Reuters) - Des milliers de manifestants se sont rassemblés mardi devant le parlement à Athènes pour exprimer leur colère face au plan d'austérité exigé par les créanciers internationaux de la Grèce afin de lui éviter la faillite.

Les députés doivent se prononcer par vote mercredi et jeudi sur cette nouvelle cure d'économies consistant en coupes claires dans les dépenses de l'Etat, alourdissement de la fiscalité et privatisations, pour un montant global de 28 milliards d'euros.

Les syndicats ADEDY, qui représente un demi-million de fonctionnaires, et GSEE, représentant deux millions de salariés du privé, ont entrepris de faire pression sur les parlementaires en lançant à partir de ce mardi une grève de 48 heures.

Administrations et transports publics sont touchés, des écoles étaient fermées, de même que de nombreux commerces et entreprises. Le centre d'Athènes était quasiment désert.

"Nous espérons une participation massive et dynamique à la grève et à la manifestation dans le centre d'Athènes. Pendant 48 heures, des travailleurs, des chômeurs, des jeunes seront dans les rues", a dit à Reuters Spyros Papaspyros, leader d'ADEDY.

En début d'après-midi, plus de 20.000 personnes étaient rassemblées sous un soleil écrasant devant le parlement.

Calme dans un premier temps, la manifestation a ensuite été perturbée par des jets de bouteilles et de pierres en direction de la police, qui a riposté avec des grenades lacrymogènes.

La foule brandissait des banderoles sur lesquelles on pouvait lire par exemple "Les banquiers sont les PIGS, pas le peuple". L'acronyme PIGS, "porcs" en français, est celui par lequel certains investisseurs désignent le Portugal, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne, dont les finances sont jugées fragiles.

PETITS COMMERÇANTS AUSSI MÉCONTENTS

Plus de 5.000 policiers devaient être déployés dans le centre de la capitale, notamment pour protéger le parlement, près duquel des manifestants se rassemblent régulièrement depuis des mois sur la place Syntagma (place de la Constitution).

Le mécontentement envers la cure d'austérité proposée par le gouvernement socialiste de George Papandréou dépasse largement les seuls syndicats ou la gauche, comme l'illustre l'hostilité manifestée par la Confédération du commerce (ESEE), regroupement de petits commerçants.

Son dirigeant, Vassilis Korkidis, a assimilé ces mesures d'économie à du pillage. Il a invité les commerçants à orner leurs boutiques de drapeaux grecs et il compte lancer une campagne sur internet pour convaincre ministres et députés de ne pas soutenir le plan d'austérité.

Confrontée à une dette représentant une fois et demie la richesse qu'elle produit en une année, incapable de se financer sur les marchés financiers, où lui sont imposés des taux très élevés, la Grèce a dû solliciter en mai 2010 une aide 110 milliards d'euros auprès de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Elle s'est engagée en échange à mettre en oeuvre une politique d'austérité qui n'a toutefois pas suffi à rétablir suffisamment ses finances. Cette politique a en revanche aggravé les difficultés économiques du pays, plongé dans sa pire récession depuis les années 1970, avec un taux de chômage de plus de 40% chez les jeunes.

PLAN B

L'Union européenne et le Fonds monétaire international ont donné jusqu'au 3 juillet au parlement grec pour adopter un nouveau train de mesures d'économies afin de débloquer la cinquième tranche, d'un montant de 12 milliards d'euros, de ce premier plan d'aide.

Le gouvernement Papandréou dispose d'une majorité de 155 sièges sur 300 à la Vouli, le parlement monocaméral, mais certains députés du Pasok ont exprimé leurs réticences, voire leur hostilité à l'égard de ce plan d'austérité, d'ores et déjà rejeté par l'opposition conservatrice.

Les députés doivent se prononcer mercredi sur le cadre général de ce plan sur cinq ans puis jeudi sur la loi détaillant les mesures prévues, un vote jugé plus risqué.

"Le temps presse pour le gouvernement mais aussi pour l'opposition", a dit le nouveau ministre des Finances, Evangelos Venizelos, devant le parlement. "Nous avons aujourd'hui entre nos mains l'histoire de notre pays et personne n'a le droit de jouer avec ça."

Si la Commission européenne affirme officiellement qu'aucun "plan B" n'est envisagé pour sauver les finances publiques grecques en cas de rejet du plan au parlement, les dirigeants de la zone euro réfléchissent bien à un plan de secours, a-t-on appris lundi de sources autorisées.

La crainte des dirigeants de l'UE mais aussi américains ou asiatiques est qu'une faillite de la Grèce ne plonge l'économie mondiale dans une nouvelle crise de grande envergure.

avec George Georgiopoulos; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.