Après le nouveau carnage au Mali, dans un village dogon où plus d'une centaine de personnes a été tuée, la communauté peule est souvent suspectée et victime de représailles. Même chose au Burkina Faso et dans tous les pays d'Afrique de l'Ouest où les djihadistes cherchent à s'implanter.

Depuis l'apparition du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon
Depuis l'apparition du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon © AFP / Aurimages / Philippe Roy

Dans un café de Ouagadougou, un homme montre une photo sur son téléphone. Celle d'un corps supplicié, celui d'un Peul, victime de représailles, après une attaque djihadiste, dans le nord du pays. 

À chaque attaque désormais, il tremble, car toutes déclenchent un cycle de représailles. Pour preuve, encore, l'attaque qui a ravagé un village dogon du centre du Mali voisin, où le cycle d'atrocités entre communautés, désormais antagonistes, menace l'existence même du pays, comme l'affirmait lundi le président Ibrahim Boubacar Keïta. 

Cette attaque, dans la nuit de dimanche à lundi, contre un village de la zone de Bandiagara, à l'est de Mopti, fait suite au massacre le 23 mars à Ogassogou de quelque 160 Peuls attribuée à des chasseurs dogons dans cette région, proche de la frontière avec le Burkina Faso, devenue la plus violente du pays.  

Au Mali, le cycle d'atrocités entre communautés se poursuit
Au Mali, le cycle d'atrocités entre communautés se poursuit © AFP

Communautés d'éleveurs et d'agriculteurs s'affrontent désormais sur fond de djihad

Depuis l'apparition en 2015 dans la région du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense". 

Et cette spirale de violence dépasse de loin les seules frontières du Mali et du Burkina Faso. Car à travers toute l'Afrique de l'ouest, les Peuls, ce peuple d'éleveurs musulmans, sont plus de 40 millions, répartis sur plusieurs pays

On se méfie des Peuls car on se méfie des nomades

À leur égard il y a la défiance ancestrale pour les nomades, ceux qui n'ont pas de terre, pas d'attaches autre que leurs bêtes. Il y a la haine, sourde, des agriculteurs, majoritaires, qui les accusent de détruire les terres et les récoltes au passage de leur bétail, des terres qui avec le réchauffement climatique, deviennent de plus en plus rares, de plus en plus précieuses, de moins en moins partageables. Un peuple non scolarisé, car itinérant, pauvre, et que le prédicateur Amadou Koufa cherche à faire basculer dans le djihad, en exploitant son ressentiment contre les états centraux et l'ostracisation à son égard. 

Stratégie redoutable, pour déclencher des cycles de violences inter-communautaires, déstabiliser les états devenus ingouvernables, et s'emparer de territoires entiers.

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