Souvent surnommée "la plus grande démocratie du monde", l'Inde a commencé ce jeudi à élire ses députés. Avec une population estimée en 2018 à plus d'1,3 milliard d'habitants, les chiffres de ces élections législatives sont vertigineux. Cette année, 83 millions d'électeurs de plus qu'en 2014 sont appelés aux urnes.

Une marque à l'encre est imprimée sur le doigt des électeurs indiens une fois leur devoir électoral fait, dans un pays où le taux de participation est généralement plus important qu'aux Etats-Unis
Une marque à l'encre est imprimée sur le doigt des électeurs indiens une fois leur devoir électoral fait, dans un pays où le taux de participation est généralement plus important qu'aux Etats-Unis © Maxppp / Sanjeev Gupta

900 millions d'électeurs

A chacune de ses élections, l'Inde bat son propre record. Les élections générales de 2014, les seizièmes depuis l'indépendance du pays, avaient déjà réussi le tour de force d'appeler aux urnes près de 815 millions d'électeurs. Parmi eux, 551 millions s'étaient effectivement déplacés, soit un taux de participation de 66,38%.

Depuis, la population a augmenté et le nombre d'électeurs aussi. En 2019, ce sont 900 millions d'électeurs, 83 millions de personnes supplémentaires, qui sont susceptibles de glisser un bulletin dans l'urne. Loin de vouloir décourager ses électeurs, la Commission électorale du pays met tout en oeuvre pour les inciter à aller voter. Il est ainsi directement possible de savoir, via une ligne téléphonique gratuite dédiée ou un site internet, si l'on est bien inscrit sur les listes électorales.

Ainsi, avec deux votants pour trois inscrits, l'Inde jouit d'un taux de participation bien supérieur à de nombreuses démocraties occidentales. De fait, les États-Unis, deuxième démocratie au monde en nombre d'habitants, comptaient pour l'élection présidentielle de 2016 près de quatre fois moins d'électeurs (251,1 millions). Seuls 55,7% d'entre eux (136,7 millions) s'étaient déplacés (et c'est l'un des taux les plus importants de ces 50 dernières années).

7 semaines de scrutin

Le système électoral est le même dans chaque circonscription : le scrutin uninominal à un tour s'applique (comme au Royaume-Uni par exemple). Chaque votant choisit un candidat parmi tous ceux qui lui sont proposés et celui qui recueille le plus de suffrages est déclaré élu.

Chaque circonscription est appelée à voter un jour précis, parmi les sept définis par la commission électorale
Chaque circonscription est appelée à voter un jour précis, parmi les sept définis par la commission électorale © Radio France / Electoral commission of India

Avec plus d'1,3 milliard d'habitants (estimation 2018), il est difficilement pensable d'organiser l'élection des 543 membres de la Lok Sabha (la chambre basse du parlement indien) le même jour. Le pays a donc opté pour une solution radicale : les électeurs sont appelés à voter par étapes, selon l'état ou le territoire où ils habitent.

Si dans certains des 29 états et des sept territoires qui composent la fédération, les opérations de vote sont bouclées en un jour, trois états parmi les plus peuplés votent en sept étapes : l'Uttar Pradesh, le Bihar et le Bengale-Occidental.

La plus grosse journée de vote est prévue le 23 avril. Ce jour-là, les électeurs de 115 circonscriptions, réparties dans 14 états et territoires sont appelés à se mobiliser.

Les tous derniers électeurs sont appelés aux urnes le 19 mai prochain. Ce n'est donc que le 23 mai que l'ensemble des bulletins seront dépouillés. Les résultats sont attendus le même jour, et en tout état de cause, la loi électorale impose que toutes les opérations de vote prennent fin le 27 mai au plus tard.

1 million de bureaux de vote

Pour permettre à chacun de faire valoir son choix, la commission électorale indienne a annoncé la mise en place d'un million de bureaux de vote à travers le pays. Pour assurer le bon déroulement des élections, 11 à 12 millions d'agents électoraux et d'observateurs vont être mobilisés.

Les 543 sièges de la Lok Sabha (la chambre basse du parlement indien) sont mis en jeu pour un mandat de cinq ans. Deux députés peuvent par ailleurs être nommés, à la discrétion du président indien, s'il estime que les Anglo-Indiens ne sont pas suffisamment représentés. Cela n'a pas été le cas en 2014.

Par ailleurs, dans un pays longtemps dominé par le système des castes, désormais interdit par la Constitution du pays, 84 des 543 sièges sont réservés aux candidats des castes répertoriées, comme sont maintenant nommés les Dalits (Intouchables), afin de leur assurer une représentativité au parlement. 47 autres sièges sont par ailleurs réserves aux candidats des tribus répertoriées (Adivasis).

Une multitude de partis pour deux blocs principaux

Le système politique indien, où il suffit d'arriver en tête des candidats pour être élu, et la forte identité des états et des territoires explique la multitude de partis enregistrés par la commission électorale indienne. 

Lors des élections de 2014, plus de 8 000 candidats avaient tenté leur chance, sous les étiquettes de plusieurs centaines de partis. Mais seuls 35 partis avaient réussi à envoyer au moins un représentant à la Lok Sabha. 

Deux grands partis structurent la vie politique indienne : le Congrès National Indien, emmené cette année, comme en 2014, par Rahul Gandhi, dernier représentant en date de la célèbre famille Nehru Gandhi, et le Bharatiya Janata Party du premier ministre sortant, Narendra Modi, qui conduit cette fois-ci encore son parti.

Cet éparpillement des voix empêche d'ordinaire un parti d'emporter seul une majorité absolue, obligeant les deux grands partis à former des coalitions, déterminées à l'avance. Ainsi, le BJP, un parti nationaliste hindou, est la principale composante de l'Alliance Démocratique Nationale, une formation classée à droite et au centre-droit. Le Congrès est pour sa part à la tête de l'Alliance Progressiste Unie, classée au centre-gauche. La principale coalition de gauche, baptisée Front de gauche, est notamment composée du Parti communiste indien (marxiste) et du Parti communiste indien.

Néanmoins, en 2014, le BJP de Narendra Modi avait réussi le tour de force, inédit depuis 1984, d'emporter à lui seul 282 sièges, soit 10 de plus que la majorité absolue. Le Congrès, qui a longtemps dominé la vie politique indienne, a atteint un plus bas historique, avec 44 mandats.

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