La Russie s'apprête à ouvrir à la circulation, dans les prochaines semaines, un pont reliant la Crimée, annexée en 2014, au reste du pays. Comme lui, de nombreux ponts ont un sens symbolique, voire politique, fort.

Le pont géant (55km) reliant Macao à Hong-Kong ouvrira lui aussi cette année
Le pont géant (55km) reliant Macao à Hong-Kong ouvrira lui aussi cette année © AFP / Philip FONG

C'est un ouvrage d'art long de 19 kilomètres, qui va ouvrir à la circulation d'ici à la fin de l'année (certaines sources, proches du gouvernement russe, faisant état d'une ouverture six mois en avance, dans quelques jours) : le pont du détroit de Kertch va relier, pour la première fois, la Russie à la péninsule de Crimée, annexée en 2014 par le pays. 

Un chantier à 3 milliards d'euros, confié directement à un proche de Vladimir Poutine, et stratégique autant que polémique : pour la Russie, c'est un moyen supplémentaire de marquer son assise sur la Crimée, dont l'annexion n'a jamais été reconnue ni par l'Ukraine ni par l'Union européenne. Pour la péninsule, l'arrivée de ce pont marque un désenclavement très attendu : son accès routier ayant été bloqué par le reste de l'Ukraine, elle ne pouvait plus être approvisionnée que par voie maritime, un transport coûteux et risqué.  

Faire un pont pour de bon 

Même exemple avec le pont qui reliera Macao, Zhuhai et Hong-Kong en Chine : un pont-tunnel dont le projet remonte à 30 ans en arrière. D'une longueur de 55km (dont près de 7km sous terre), le plus long pont-tunnel du monde reliera ces villes qui sont deux anciens territoires coloniaux (l'un appartenant au Portugal, l'autre au Royaume-Uni). Au-delà de la prouesse technique, il y a donc derrière ce chantier pharaonique une volonté de la Chine d'inclure à nouveau, et pour de bon, ces deux villes dans le rayonnement économique du pays.  

Evoqués par le philosophe Michel Serres dans un ouvrage nommé "L'art des ponts", et plus récemment par la politologue Alexandra Novosseloff dans "Des ponts entre les hommes", ces ouvrages sont symboles d'ouverture, à l'opposé des murs, autres ouvrages monumentaux, qui marquent la séparation des pays et de leurs peuples. Exemple concret : pendant les guerres, les ponts sont des cibles faciles, et pendant la Seconde Guerre mondiale, près d'une cinquantaine de ponts ont été abattus en Europe.  

Menaces et tractations 

A la frontière entre deux nations, le pont peut devenir facteur de blocage ou au contraire d'accélération d'un processus de rapprochement entre les pays. Mais ils sont aussi parfois un lieu de domination et de menace : le pont Fah ben Abdelaziz Al Souad entre l'Arabie Saoudite et le Baheïn a servi aux forces de sécurité saoudiennes pour aller soutenir le régime du Baheïn en 2011, contre le soulèvement du printemps arabe. Même menace pour un pont entre la Russie et l'Estonie, qui fait craindre à certains Estoniens russophones la possibilité d'une volonté d'annexion.  

C'est pourquoi les ponts sont parfois de vrais casse-têtes diplomatiques, quand ils sont juchés sur une frontière. Ce fut le cas du pont qui relie la France (en Guyane) et le Brésil, enjambant le fleuve Oyapock. Un pont surnommé "pont de l'amitié"… mais qui a mis une vingtaine d'années à voir le jour, sur fond de négociations entre les deux pays n'ayant, pour la plupart du temps, rien à voir avec le pont en question. Même une fois terminé, le pont a mis près de cinq ans pour ouvrir à la circulation, faute de moyens côté brésilien pour relier l'ouvrage au reste du réseau routier.  

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