Au lendemain des élections allemandes, Emmanuel Droit, spécialiste de l’Allemagne, revient sur la percée de l'extrême droite outre-Rhin. Et pointe des motivations diverses.

L'extrême droite allemande a fait une campagne de terrain.
L'extrême droite allemande a fait une campagne de terrain. © AFP / SEBASTIAN WILLNOW

Le parti d'extrême droite allemande, l'AfD a totalisé 13% des suffrages lors des élections allemandes qui se sont déroulées ce dimanche 24 septembre, une progression qui peut s'expliquer en grande partie par la focalisation sur la question des réfugiés lors de cette campagne.

Emmanuel Droit, spécialiste de l’Allemagne et professeur à Sciences-po Strasbourg, auteur de La Stasi à l’école, paru en 2009 chez Nouveau Monde éditions, revient avec nous sur cette percée électorale de l'AFD qui fera son entrée en force au Parlement allemand avec plus de 80 députés.

Peut-on localiser le vote AfD ?

Emmanuel Droit : Ce serait une erreur de considérer que ce vote ne concerne que l’Allemagne de l'Est. L'AfD devient le premier parti en Saxe mais aussi le troisième parti dans l'ouest de l’Allemagne. Il y a certes 10 points d'écart entre l'est et l'ouest, mais l'AFD réalise aussi de très bons scores en Bavière.

Quelles sont les causes de ce vote pour l'extrême droite en Allemagne ?

E.D. : On peut considérer que les motivations sont différentes en fonction des lieux où l'on vote. Au même titre que le Front national en France, où les électeurs frontistes de la région Paca et du Nord n'ont pas les mêmes raisons de voter FN, les électeurs de l'AfD vivant dans l'est de l’Allemagne sont différents de ceux de Bavière.

Les habitants de l'ex-RDA ont subi de plein fouet "le choc de la réunification". Ils ont, pour beaucoup d'entre eux, perdu leur emploi. Là-bas, les étrangers n'ont jamais été très présents, y compris à l'époque du bloc communiste où, contrairement à la doctrine internationaliste, on ne laissait pas entrer grand monde. Ces électeurs de l'AfD vivent avec le fantasme de l'étranger, en l’occurrence du réfugié, qu'ils ne connaissent pas.

A l'ouest, en Bavière par exemple, le chômage ou les difficultés socio-économiques n'existent pas ou peu. On est face à un électorat plus âgé qui n'a pas changé de logiciel depuis l'époque d'Helmut Kohl. Ils ont globalement peur de la mondialisation et des changements qu'elle induit. Ils sont effrayés par la perte de repères et de traditions.

Comment Angela Merkel est-elle perçue par les électeurs de l'AfD ?

E.D. : Pour une majorité d'entre eux, ils détestent Merkel. Cette femme politique vient de l'Est et ils s'en méfient. Ils considèrent qu'elle mène une politique trop à gauche. Le parti de Merkel a subi de plein fouet le mécontentement de ces anciens électeurs de la droite classique qui se sont tournés vers l'extrême droite considérant que leurs préoccupations n'étaient plus relayées.

Comment s'est déroulée la campagne de l'AfD ?

E.D : L'extrême droite allemande a totalement occupé le terrain en faisant essentiellement campagne sur la question des migrants. La gestion de l'arrivée d'un million de personnes sur le sol allemand n'a pas été une mince affaire et, dans un premier temps, le gouvernement de Merkel a dû gérer le trouble provoqué par ces arrivées. Une partie des Allemands n'a pas apprécié et l'ultradroite a surfé sur ce vote protestataire qu'elle était manifestement la seule à incarner.

Plus de 80 sièges au Parlement, pour un pays qui a connu le nazisme, c'est hautement symbolique ?

E.D. : La dernière fois que l'extrême droite a réalisé un score équivalent en Allemagne, et même supérieur, c'était le 14 septembre 1930 quand le parti nazi a remporté 18 % des voix. Mais il ne faut pas interpréter les résultats d'aujourd'hui de la même façon. Le vote pour l'AfD ne se fait pas sur l'antisémitisme mais plutôt sur le rejet de l’islam. Aujourd'hui, après la série d'attentats qui ont eu lieu en Europe, l'extrême-droite allemande fait comme dans tous les autres pays, elle surfe sur les peurs.

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