D’où vient la fortune du groupe Etat islamique ? Pourquoi ne parvient-on pas à stopper leur trafic de pétrole ?

Pour l’année 2015, l’EI, le groupe Etat islamique, aurait annoncé un budget de 2 milliards de dollars avec un excédent escompté de 250 millions.

Au départ financé par des dons privés en provenance de pays du Golfe, notamment d’Arabie Saoudite,l’EI s’est emparé d’un trésor de guerre dans les réserves en or de la banque centrale de Mossoul, notamment lors de la prise de la ville en juin 2014. Une fortune évaluée alors à 450 millions de dollars, voire 800 millions de dollars selon les estimations les plus hautes des experts cités par un rapport du Pentagone publié à l’automne 2015.Une partie importante de son assise financière provient également des impôts que l’organisation prélève sur les populations des zones qu’elle occupe, notamment aux entrées des axes routiers, des taxes sur les commerçants ou sur les fonctionnaires encore payés par leurs ministères d’origine, en Syrie et en Irak.

Chaque marchandise qui entre ou sort des zones de l’EI génère de l’argent qui part dans les caisses du groupe. La production agricole et de matières premières dans les zones sous sa domination est également contrôlée. Des rapports extrêmement précis de l’administration du groupe djihadiste indiquent ainsi les volumes et les profits récoltés, ainsi que toute son administration budgétaire.

► ► ► INFOGRAPHIE | Les filières djihadistes au coeur des attentats

La vente d’esclaves, en particulier des yézidis, l’extorsion de rançons dans le cas de kidnapping d’otages occidentaux, syriens ou irakiens procure également des sommes importantes , ainsi que le trafic d’antiquités volées (aux alentours de cent millions de dollars par an, [selon une enquête du Wall Street Journal](http://www.wsj.com/articles/calculating-the-revenue-from-antiquities-to-islamic-state-1423657578 ).)Par ailleurs, l’EI, qui s’est notamment emparé des champs de pétrole dans la zone de Deir Ez Zor, en Syrie, près de la frontière irakienne contrôlerait une dizaine de sites de production.

Sa production est estimée entre 20 et 40 000 barils par jour , selon différentes estimations d’experts. A titre de comparaison 4 millions de barils sont produits chaque jour en Irak et 93 millions dans le monde. Ces volumes, certes peu importants, permettent malgré tout au groupe de générer quotidiennement un revenu conséquent.

Le pétrole est vendu à prix cassé, très largement inférieur au cours du baril (déjà historiquement bas) à la population locale sous la coupe de l’EI, mais aussi de façon plus régionale, ce qui explique que le pétrole des djihadistes soit aussi acheminé et acheté dans les zones pro-régime.

Mais c’est essentiellement le réseau de contrebande régional vers la Turquie et d’une moindre façon la Jordanie qui permet à l’EI d’écouler son pétrole. Les djihadistes bénéficient là de réseaux anciens, datant de l’époque des sanctions pétrole contre nourriture, après la première guerre du Golfe, ou celle de l’embargo pétrolier contre l’Iran.

► ► ► POUR ALLER PLUS LOIN |L’enquête du Guardian sur le budget et l’administration de l’EI (en anglais, avec des documents exclusifs)

Ces trafics, appuyés sur une infrastructure bien rôdée et sur une véritable flottille de camions, a souffert des bombardements sur les installations pétrolières. En mai dernier, les troupes américaines ont mené un raid pour s'emparer d'Abou Sayyaf, l'émir du pétrole et du gaz de l’EI. Des frappes, depuis, visent ces infrastructures de transport clandestin, mais elles restent très délicates à mettre en œuvre en raison des risques de toucher essentiellement des civils, ce qui aurait comme effet mécanique de s’aliéner les populations touchées, au profit des djihadistes.

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