[scald=198411:sdl_editor_representation]par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Pour les Syriens, l'année 2013 a débuté comme la précédente au son des bombardements aériens et de l'artillerie, qui a notamment ouvert le feu sur les faubourgs de l'est et du sud de Damas, tenus par les rebelles.

Dans le centre de la capitale, toujours aux mains des forces gouvernementales, des militaires ont célébré la nouvelle année en tirant en l'air, ce qui a semé la terreur chez les rares Damascènes de sortie.

"C'était très effrayant. Personne ne savait ce qui se passait. Les gens sont devenus nerveux et ont commencé à passer des coups de téléphone. Mais je me suis ensuite rendue compte que, dans ma rue moins, il s'agissait de tirs de joie", rapporte une habitante.

"Il n'y avait pratiquement personne dans les rues... Pas de voitures ni de piétons. La plupart des restaurants et des bars étaient vides", à l'exception de trois d'entre eux où des jeunes s'étaient rassemblés.

"Il y avait de la musique mais personne ne dansait (...) Je crois que personne ne souriait", a-t-elle ajouté.

"Comment peuvent-ils se réjouir ? Il n'y a pas de 'bonne année' qui tienne", s'est quant à lui indigné un opposant du quartier central de Mezzeh, contacté via Skype.

Des insurgés se sont selon lui attaqués dans la matinée à un barrage militaire dans le quartier de Berzeh. Des mouvements hostiles au régime de Bachar al Assad signalent par ailleurs des tirs de mortiers à Daraya, dans la banlieue sud-ouest de la capitale, où l'armée a lancé une offensive lundi.

L'aviation a en outre bombardé les faubourgs est de Damas. A l'Alep, la métropole du Nord, des raids aériens ont été signalés dans les secteurs aux mains des insurgés, ainsi que dans plusieurs villes et villages des environs.

LE CENTRE DE HOMS "EN ÉTAT DE SIÈGE"

Des obus se sont également abattus mardi dans le coeur historique de Homs, ville martyre en partie rasée. Les rebelles en ont été chassés début 2012, mais y ont peu à peu repris pied.

"La vielle ville est en état de siège. Tous le monde bombarde", a déclaré un riverain.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme proche de l'opposition fait état de 160 morts, dont 37 militaires, pour le 31 décembre.

Une vidéo diffusée sur YouTube montre les corps de trois garçons qui avaient été arrêtés à un barrage militaire de Djobar, dans la banlieue de Damas, alors qu'ils rentraient chez eux après l'école, selon des opposants. L'un, qui semble être un préadolescent, a les mains liées dans le dos et un autre présente une large blessure au thorax.

Les forces gouvernementales, qui ont subi de nombreux revers depuis l'été, s'appuient désormais davantage sur l'aviation que sur l'infanterie et la présence de civils ne les empêche pas de bombarder les secteurs tenus par l'opposition.

Les insurgés se sont quant à eux emparés d'une partie du Nord et de l'Est, mais ont du mal à garder le contrôle des centres urbains et se disent impuissants face à l'armée de l'air.

Début 2012, diplomates et observateurs assuraient que Bachar al Assad ne finirait pas l'année au pouvoir, or le chef de l'Etat est toujours fermement aux commandes et ne déplore aucune défection dans son entourage immédiat.

Les efforts diplomatiques déployés pour mettre fin au conflit buttent par ailleurs sur les conditions de l'opposition, qui refuse toute négociation avec le président. Lui-même jure de résister jusqu'à la mort.

La communauté internationale l'invite presque unanimement à renoncer à ses fonctions, mais il peut toujours compter sur l'appui de la Russie et de l'Iran.

Pour Lakhdar Brahimi, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe qui vient d'achever à Moscou une semaine d'intenses consultations entamée à Damas, la Syrie connaîtra "l'enfer" faute de solution négociée.

Jean-Philippe Lefief pour le service français

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