Accusé de traite d'êtres humains par de nombreuses femmes alors mineures, l'homme d'affaires américain Jeffrey Epstein a été retrouvé mort en prison samedi 10 août 2019. Un juge fédéral de New York venait de refuser sa libération sous caution jusqu'à son procès.

De g.à d. : En 2000, Donald Trump et sa future femme Melania,, aux cotés du financier Jeffrey Epstein et de Ghislaine Maxwell
De g.à d. : En 2000, Donald Trump et sa future femme Melania,, aux cotés du financier Jeffrey Epstein et de Ghislaine Maxwell © Getty / Davidoff Studios

L'homme d'affaire Jeffrey Epstein s'était vu refuser jeudi une libération sous caution et un contrôle judiciaire. Arrêté le 6 juillet, il était accusé d'avoir organisé un réseau d'exploitation sexuelle avec des mineures. 

Il a été retrouvé mort samedi dans sa cellule new-yorkaise. Il s'agit apparemment un suicide sur lequel le FBI a ouvert une enquête. Il était sous surveillance étroite à l'issue d'une tentative de suicide précédente. 

Le ministre américain de la Justice s'est déclaré samedi "effaré" par la mort du financier, qui soulève selon lui "de graves questions auxquelles il faut répondre".  Le ministre William Barr a annoncé l'ouverture d'une enquête du ministère, en plus de celle du FBI avait annoncée quelques heures auparavant. 

Selon l’acte d’accusation, il aurait fait venir des mineures dans ses résidences de Manhattan et de Palm Beach (Floride), entre 2002 et 2005 au moins, "pour se livrer à des actes sexuels avec lui, après quoi il leur donnait des centaines de dollars en liquide"

La mort d'Epstein survient un jour après la publication d'une somme impressionnante de documents (2000 pages de rapports d'auditions) . 

Lors de la perquisition menée au domicile new-yorkais de Jeffrey Epstein, les autorités ont découvert dans un coffre, selon le procureur, des "dizaines de diamants", "des piles de liasses de billets", ainsi qu’un passeport autrichien périmé, avec la photo du financier mais un autre nom, donnant comme adresse une résidence en Arabie saoudite.

Dans cette enquête qui ébranle le milieu des riches et puissants, des personnalités sont apparues. Certaines pour avoir dénoncé les faits reprochés à Epstein, d'autres pour avoir été proches du financier. 

Alexander Acosta, le procureur très complaisant devenu ministre

Donald Trump et Alexander Acosta lors de l'annonce de la démission de ce dernier le 12 juillet 2019
Donald Trump et Alexander Acosta lors de l'annonce de la démission de ce dernier le 12 juillet 2019 © Getty / Chen Mengtong/China News Service/VCG

Tout part de là. En 2008, Jeffrey Epstein est arrêté pour exploitation sexuelle de mineures. En cas de procès et de condamnation, il risque 45 ans de prison. Un accord est alors conclu : Epstein accepte de plaider coupable seulement pour "racolage de mineur". En échange, il évite un procès et écope de seulement 13 mois de prison, et une inscription au fichier des délinquants sexuels. Sa peine de 13 mois est même aménagée : il passe six jours sur sept dans son bureau et non pas derrière les barreaux. 

Or, le procureur fédéral de Floride qui conclut ce marché avec la défense d'Epstein en 2008, est Alexander Acosta, devenu depuis ministre du Travail de Donald Trump.

Son nom sortant dans les médias dans le sillage de l'arrestation d'Epstein, le ministre du Travail démissionne le 12 juillet dernier. 

Julie K. Brown, la journaliste qui a fait tomber Epstein

 Julie K. Brown, la journaliste qui a sorti l'affaire Epstein
Julie K. Brown, la journaliste qui a sorti l'affaire Epstein © AFP / DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Elle a déterré l'affaire Epstein. C'est elle qui a sorti l'accord de plaider-coupable avec le procureur Acosta dont a bénéficié Jeffrey Epstein en 2008, lui permettant d'éviter la prison, et de ne plus être inquiété après 13 mois de contrôle judiciaire plutôt souple. Pourtant, pour les chefs d'inculpation pour lesquels il avait été poursuivi, il risquait des dizaines d'années de prison. 

Julie K. Brown, journaliste d'investigation au quotidien The Miami Herald, a enquêté pendant plus de deux ans. Elle a interviewé plusieurs femmes qui affirment avoir été impliquées dans un réseau de traite d'êtres humains à l'initiative du riche financier Jeffrey Epstein lorsqu'elles étaient mineures. Et petit à petit, l'affaire est sortie. 

Après l'annonce de la mort d'Epstein, le Miami Herald et son comité de rédaction a signé un éditorial et écrit que "Le public et le public américain doivent savoir comment et pourquoi le système de justice pénale a si mal géré les crimes de ce riche et puissant prédateur".

Courtney Wild, la victime présumée qui a parlé

Courtney Wild, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, en conférence de presse le 16 juillet 2019
Courtney Wild, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, en conférence de presse le 16 juillet 2019 © Getty / Spencer Platt

Courtney Wild affirme avoir été violée à plusieurs reprises par Jeffrey Epstein lorsqu'elle était mineure, à partir de l'âge de 14 ans, dans sa résidence de Floride. Depuis 2008, elle s'est battue pour que l'affaire sorte au grand jour, et qu'Epstein soit jugé et condamné. L'affaire pour laquelle Jeffrey Epstein a été arrété en juillet 2019 à New York n'est pas liée pour l'instant aux faits reprochés par Courtney Wild en Floride. Mais son avocat a précisé : 

"Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il ait fait la même chose à New York et en Floride. Nous avons recueilli tellement de dépositions et parlé à un si grand nombre de témoins que cette information ne nous surprend pas"

L'avocat affirme que les preuves recueillies montrent de nombreuses jeunes filles mineures, des rendez-vous fixés à chacune, parfois trois ou quatre par jour. "Dans chacune de ses résidences, Epstein avait des employés et des collègues. Leur seul travail était de recruter des lycéennes et des jeunes adultes vulnérables."

Une autre femme, Annie Farmer, a aussi témoigné lors de l'audience avec le juge le 15 juillet dernier. Elle dit avoir été emmenée par Epstein dans son ranch reculé du Nouveau-Mexique (le ranch où a été tournée la série Zorro). Elle l'accuse d'agression sexuelle, de manipulation mentale et d'abus sexuel sur mineure. Terrifiée et des sanglots dans la voix, elle n'a pas pu décrire précisément devant le juge ce qu'elle dit avoir subi : 

"Il m'a manqué de respect et je préfère ne pas entrer plus dans les détails"

Les deux femmes ont demandé lundi le maintien en détention de Jeffrey Epstein, plutôt qu'une libération sous caution, estimant qu'il représentait toujours un danger pour de nombreuses femmes. 

Ghislaine Maxwell, le bras droit d'Epstein, la "recruteuse"

Ghislaine Maxwell, proche de Jeffrey Epstein, soupçonnée d'avoir organisé son réseau de trafic d'êtres humains
Ghislaine Maxwell, proche de Jeffrey Epstein, soupçonnée d'avoir organisé son réseau de trafic d'êtres humains © Getty / Paul Zimmerman

Elle est la fille du magnat anglais des médias Robert Maxwell. Mais surtout c'est, comme la décrit le New York Times, la "Lady of the house", la "Dame de la maison".

Arrivée à New York au début des années 90, Ghislaine Maxwell vient de perdre son père, puis une partie de sa fortune. Grâce à son petit ami de l'époque, Jeffrey Epstein, un riche financier, elle voyage en jet privé, et passe de maison en maison, de New York à la Floride. Pour Epstein, Ghislaine Maxwell représente la jet set, elle le présente à tous ses amis et toutes ses connaissances, parmi lesquelles le Prince Andrew, fils de la Reine Elisabeth II, qui deviendra petit à petit un habitué des soirées et des demeures d'Epstein. Même après leur séparation, ils sont restés très proches. 

Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell en 2005
Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell en 2005 © Getty / Joe Schildhorn/Patrick McMullan

Quel a été le rôle de Maxwell dans le réseau mis en place par Epstein ? Difficile de le savoir pour l'instant, elle nie tout acte répréhensible et n'a pas été inculpée à ce jour. Mais ces dernières années, elle a passé des accords financiers confidentiels avec deux femmes qui l'accusaient d'avoir participé à leur exploitation par Epstein.

Pendant de nombreuses années, elle a géré les résidences de Jeffrey Epstein, l'a aidé à gérer son cercle social, mais aussi à recruter des masseuses, selon d'anciens employés. Euan Rellie, un banquier invité à plusieurs dîners de Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell à New York ,affirme même qu'elle semblait être son ex-petite amie, son employée, sa meilleure amie. Elle "recrutait aussi les jeunes femmes pour lui". 

Donald Trump, le copain de soirées

Donald Tump, le mannequin Melania Knauss (devenue son épouse en 2005), Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell en 2000 à Mar-a-Lago
Donald Tump, le mannequin Melania Knauss (devenue son épouse en 2005), Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell en 2000 à Mar-a-Lago © Getty / Davidoff Studios

Je connais Jeff depuis 15 ans. Il est génial. C'est un plaisir de passer du temps avec lui. On dit même qu'il aime autant les jolies femmes que moi. Il les préfère "plutôt jeunes.

Une vidéo de 1992, qui a resurgi mercredi, montre Donald Trump en train de faire la fête avec le financier Jeffrey Epstein. L'enregistrement, ressorti par la chaîne NBC, fragilise les efforts qu'a fait le président américain pour se distancer de l'accusé. 

Les images montrent une soirée organisée par Donald Trump dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, à laquelle participent plusieurs belles femmes blondes, toutes pom-pom girls de grandes équipes de football américain. On y voit Trump et Epstein regarder des jeunes femmes, faire des commentaires et rire de bon cœur.

Après l'arrestation de Jeffrey Epstein le 6 juillet dernier, Donald Trump a pourtant essayé de prendre ses distances avec l'homme d'affaires, affirmant même la semaine dernière: 

Je n'étais pas un fan de Jeffrey Epstein. Ce n'est pas quelqu'un que je respectais.

Bill Clinton, le voyageur fréquent

Bill Clinton aurait voyagé plus de 20 fois à bord du jet privé de Jeffrey Epstein
Bill Clinton aurait voyagé plus de 20 fois à bord du jet privé de Jeffrey Epstein © AFP / Stringer

L'ancien président démocrate Bill Clinton aurait voyagé à de nombreuses reprises à bord du jet privé d’Epstein entre 2001 et 2003. Or, ce jet était surnommé le "Lolita Express" car de nombreuses jeunes femmes se trouvaient en général à bord, et certaines affirment aujourd'hui avoir eu des relations sexuelles à bord avec des proches de Jeffrey Epstein. L'avion possède notamment un lit. Selon la presse, Bill Clinton aurait voyagé parfois sans membre des services secrets, et sans sécurité, donc en toute discrétion. Bill Clinton a très vite démenti ces informations affirmant qu'il était toujours accompagné de ses services de sécurité.

Le sénateur démocrate Georges Mitchell

L’un des hommes accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec une des victimes d’Epstein est l’ancien sénateur George Mitchell, ancien chef de la minorité démocrate au Sénat qui, en 2008 - la même année où l’accord Epstein a été finalisé - a été nommé l'une des personnalités les plus influentes par le magazine Time.

Son nom a été cité dans le cadre d'une procédure en 2015 entre Ghislaine Maxwell et Viriginia Roberts Giuffre, l'une des victimes présumées d'Epstein. Le sénateur a démenti toutes les allégations. 

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