[scald=75235:sdl_editor_representation]PEKIN (Reuters) - La mort de Kim Jong-il ouvre officiellement une période de transition dans une des régions les plus militarisées de la planète que les voisins de la Corée du Nord vont scruter de près.

Dès l'annonce de la mort du "Cher dirigeant" par l'agence officielle de presse nord-coréenne KCNA, l'armée sud-coréenne a été placée en état d'alerte tandis que le gouvernement japonais mettait en place une cellule de crise.

Les Etats-Unis ont réaffirmé eux leur "attachement à la stabilité de la péninsule coréenne et à la liberté et à la sécurité de (leurs) alliés".

La Chine, un des rares alliés du régime communiste autarcique de Pyongyang et son principal soutien, a exprimé sa tristesse et réaffirmé ses relations d'amitié, gages du maintien de la stabilité régionale.

Kim Jong-il est mort samedi à l'âge de 69 ans, emporté par une crise cardiaque alors qu'il voyageait en train. Son décès, après dix-sept années au pouvoir, engage une transition, la seconde seulement à Pyongyang depuis la fin de la guerre de Corée.

En désignant désormais son plus jeune fils, Kim Jong-un, comme "le grand héritier de la cause révolutionnaire du Juche et le chef exceptionnel de notre parti, de notre armée et de notre peuple", les médias nord-coréens ont semblé l'élever au rang d'héritier naturel de son père.

Mais on sait fort peu de chose sur la façon dont ce jeune homme, dont même l'âge n'est pas connu avec précision - il aurait vingt-sept ans -, pourrait diriger la Corée du Nord, son armée pléthorique forte d'un million de soldats et ses missiles dont Washington redoute qu'ils n'atteignent un jour les côtes américaines.

"SE PRÉPARER À L'INATTENDU"

"Souvent dans des moments comme celui-ci, le régime peut tenter de prendre une initiative pour démontrer qu'il est toujours une puissance viable, qu'il est toujours une menace", estime Dane Chamorro, analyste spécialiste de l'Asie et du Pacifique pour Control Risks basé à Singapour.

"Nous pourrions assister à une nouvelle provocation militaire. Cela pourrait être un test de missile ou une agression similaire, un conflit du type de ceux qu'ils ont tenté d'exploiter par le passé", ajoute-t-il.

Dans la nuit, le président américain Barack Obama s'est entretenu de la situation avec les dirigeants sud-coréen et japonais.

La Corée du Sud, qui est toujours techniquement en guerre contre le Nord, a placé son armée en état d'alerte, rapporte l'agence de presse Yonhap, tandis que le président Lee Myung-bak réunissait son Conseil de sécurité nationale.

Au ministère de la Défense, on ne signale aucun mouvement de troupes inhabituel au nord de la DMZ, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées depuis l'armistice de 1953.

Au Japon, le Premier ministre Yoshihiko Noda a constitué une cellule de crise pour étudier les développements en Corée du Nord et appelé les membres de son gouvernement à se préparer à toute conséquence inattendue. Mais le niveau d'alerte de la défense japonaise n'a pas été rehaussé.

"Nous espérons que cette mort subite n'aura pas d'effet défavorable à la paix et à la stabilité de la péninsule coréenne", a déclaré le secrétaire général du gouvernement, Osamu Fujimura.

"Le Premier ministre Noda a donné instruction aux ministres présents au conseil de sécurité de se préparer à l'inattendu, y compris sur les sujets financiers, les questions intérieures nord-coréennes et les relations frontalières", a-t-il ajouté.

Le Japon est particulièrement sensible à l'incertitude dans la péninsule coréenne: par le passé, Pyongyang a procédé à plusieurs essais de missiles en mer du Japon, qui sépare les deux pays. Plusieurs missiles ont même survolé le territoire japonais avant de s'abîmer dans le Pacifique.

Des ressortissants japonais ont également été enlevés par les services secrets nord-coréens.

UNE BARRIÈRE STRATÉGIQUE POUR LA CHINE

La réaction de la Chine a été plus lente à venir. Il a fallu attendre quatre heures après l'annonce de la mort de Kim Jong-il pour que le ministère chinois des Affaires étrangères exprime la tristesse des autorités et adresse leurs condoléances au peuple nord-coréen.

"La Chine et la Corée du Nord s'évertueront ensemble à continuer d'apporter des contributions positives à la consolidation et au développement de l'amitié traditionnelle qui existe entre nos gouvernements et entre nos peuples et à préserver la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région", a réagi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu, cité par l'agence officielle de presse Chine nouvelle.

Pour de nombreux experts, sans le soutien de Pékin, la dynastie des Kim en Corée du Nord n'aurait guère de chances de se maintenir.

La Chine, où Kim Jong-il s'était rendu à quatre reprises ces dix-huit derniers mois, considère le régime de Pyongyang comme une barrière stratégique contre les Etats-Unis, militairement présents en Corée du Sud, et leurs alliés régionaux.

Mais cette barrière a un coût économique et diplomatique. Sur les sept premiers mois de l'année, le commerce bilatéral s'est élevé à 3,1 milliards de dollars, en augmentation de près de 90% par rapport à la même période de l'année précédente.

La Russie, autre voisin ayant intérêt à une Corée stable, n'a fait pour sa part aucun commentaire dans l'immédiat.

L'Australie, qui a combattu aux côtés du Sud pendant la guerre de Corée mais qui maintient des relations diplomatiques avec le Nord, a lancé un appel au calme et à la retenue, particulièrement le long de la DMZ.

"C'est à des moments comme celui-ci que nous ne pouvons nous permettre aucun signe mauvais ou ambigu", a souligné le ministre des Affaires étrangères, Kevin Rudd, qui a visité le mois dernier la frontière entre les deux Corées.

"Il s'agit de la zone la plus militarisée au monde et nous devons nous assurer que le calme et la retenue prévaudront dans une période exceptionnellement difficile de transition", a--t-il dit.

Chris Buckley et Ben Blanchard à Pékin, Rie Ishiguro et Leika Kihara à Tokyo, Mark Bendeich à Sydney et Caren Bohan à Washington; Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français

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