Un couple de grands-parents français s’est rendu, en ce mois de juin, au Kurdistan syrien, pour tenter de rendre visite à ses quatre petits-enfants, retenus dans le camp de Roj. Ils n’ont pu les embrasser qu’à travers un grillage. Et crient aujourd'hui leur désespoir, dans une lettre au président Macron.

Dans le camp de Roj (Kurdistan syrien) où sont retenus des dizaines d'enfants français avec leurs mères
Dans le camp de Roj (Kurdistan syrien) où sont retenus des dizaines d'enfants français avec leurs mères © Maxppp / Murtaja LATEEF

Cela faisait des semaines que les Lopez attendaient de se rendre au camp de Roj, pour serrer dans leurs bras leurs quatre petits-enfants. L’aîné, 9 ans, leur manque tellement, lui qui venait si souvent jouer chez eux, chez "Papi et Manou", quand il vivait en France. Cela fait plus de quatre ans, que Suzanne et Marc* Lopez n’ont plus revu ce petit-fils chéri, ni son frère cadet, qui n'était encore qu'un bébé, quand il est parti en Irak, puis en Syrie, emmené par ses parents, qui disaient vouloir "vivre leur foi", sous le califat de Daech. 

En Syrie, deux autres petits frères sont nés : l’un a maintenant trois ans, le dernier a poussé son premier cri sous une tente de fortune, dans le camp de Roj, où leur mère est retenue, depuis plus d'un an, prisonnière des Kurdes, après avoir fui l’Etat islamique. Le père des quatre enfants, Léonard Lopez, a été lui aussi arrêté par les Kurdes, incarcéré pendant des mois dans une prison syrienne, avant d’être transféré cet hiver en Irak, avec douze autres Français. Il y a tout juste un mois, il a été condamné à mort, par des juges irakiens, lors d’un procès express.

C’est peu après ce procès, auquel ils n'ont pu assister, que monsieur et madame Lopez ont fait leurs valises pour aller embrasser leurs quatre petits-enfants. Ils les imaginaient très éprouvés par l’annonce de la condamnation à mort de leur père --Léonard Lopez qui a aussi été condamné en France, pour des affaires de terrorisme. 

Pas d'accès au camp pour "Papi" et "Manou"

Dans les valises, "Papi" et "Manou" Lopez ont mis des dizaines de livres, des manuels d’apprentissage de la lecture en français, ou les facétieux "Monsieur-Madame". Ils ont emporté des biberons de verre, pour le bébé. Des médicaments. Des jouets. Des habits pour les enfants, et quelques-uns pour leur maman, leur belle-fille. Et ils ont franchi la frontière syrienne, avec leurs valises remplies à craquer, et plein d'espoir.

La valise qu'avaient emportée les grands-parents Lopez pour leurs petits-enfants
La valise qu'avaient emportée les grands-parents Lopez pour leurs petits-enfants / Photo fournie par la famille

"Nous sommes allés là-bas, dans une position de grands-parents qui veulent voir leurs petits-enfants, et nous pensions que c'était quelque chose de possible, parce que d'autres grands-parents, autrichiens, canadiens, belges, suédois, le faisaient". En arrivant à Qamichli, la grande ville du Kurdistan syrien, les Lopez se sont d'ailleurs retrouvés avec des grands-parents autrichiens et une grand-mère suédoise. Tous ont demandé le sésame qui leur permettrait d'entrer au camp de Roj. Tous ont obtenu le feu vert des autorités kurdes locales. 

Mais le 16 juin dernier, quand ils sont partis ensemble au camp, la porte ne s'est ouverte que pour les grands-parents autrichiens et suédois. Ces derniers ont pu facilement rencontrer leurs fille ou belle-fille, et passer plus d'une heure avec leurs petits-enfants. "Nous, on nous a fait attendre", raconte Marc Lopez, 65 ans

"A la fin de la visite des autres, on a cru que ce serait notre tour, puis on nous a finalement dit que ce serait impossible de les voir, que nous n'aurions pas accès au camp, et que cette décision ne provenait pas des autorités kurdes, mais de la France."

"On a ressenti beaucoup d'injustice, nos petits-enfants sont innocents" 

Les Lopez ont supplié les Kurdes. Dit leur détresse. Qu’ils étaient "vieux". Qu’ils avaient fait ce long voyage juste pour voir au moins une heure leurs petits-enfants, surtout leurs petits-enfants, mais la porte du camp de Roj est définitivement restée close pour eux. On les a juste autorisés à déposer les valises à l’entrée, le surlendemain. Ils sont revenus, le cœur serré. Sachant qu'ils devraient se résoudre à repartir sans avoir vu leurs petits-enfants. 

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Mr et Mme Lopez racontent leur voyage en Syrie pour tenter de voir leurs 4 petits-enfants

Par Sophie Parmentier

En s'éloignant, au ralenti, avec leur taxi jaune, "nous avons vu au loin, deux petites silhouettes contre la grille, à l'intérieur du camp, deux petites silhouettes qui s'étaient faufilées entre les tentes et qui s'étaient accrochées aux grilles", raconte Marc Lopez. "On a reconnu les deux aînés des nos petits-enfants. On a été jusqu'à eux, on a pu leur parler, on a pu les embrasser à travers la grille, les toucher, mais ça a été un moment relativement bref. Au bout de quelques minutes, les gardes s'en sont aperçus, ils ont crié, ils ont accouru vers nous, ils nous ont demandé de nous en aller". Marc Lopez est un homme pudique, mais sa voix tremble et se casse quand il raconte ce moment:

"L'image qui ne nous quittera sans doute jamais, c'est ces petites mains accrochées au grillage, leur regard à travers la grille, et nous qui marchions à reculons avec les gardes qui nous poussaient et nous demandaient de partir"

Suzanne Lopez n'a même pas eu le temps de s'approcher suffisamment du grillage, pour embrasser ses petits-fils. "Moi, j'ai juste pu leur dire qu'on les aimait, qu'on était là pour eux, et qu'évidemment, ils avaient tout en France, pour eux. Les chambres sont prêtes. On leur a dit de continuer à parler français, qu'on avait mis des livres pour eux, et qu'on pensait tout le temps à eux. On n'a même pas pu prendre dans nos bras le dernier-né" se désole la grand-mère, 63 ans. Elle se retient pour ne pas pleurer.

"Les autres grands-parents, autrichiens, suédois, ont pu voir leurs petits-enfants plus d'une heure. Nous, on n'a eu que quelques minutes volées derrière un grillage alors qu'on a fait tout ce voyage pour réconforter nos petits-enfants" dit Suzanne Lopez

"Pourquoi cette injustice ?" demande Suzanne Lopez, qui ne comprend pas pourquoi la France n'autorise pas les visites familiales dans le camp de Roj. Elle ne comprend pas, surtout, pourquoi ses petits-enfants ne sont pas rapatriés, comme les orphelins qui l'ont été ces quatre derniers mois. "Mes petits-enfants sont en train de s'abîmer", se lamente-t-elle. "On parle en ce moment de la canicule, mais là-bas, il fait 50 degrés sous les tentes, avec la poussière et des odeurs de pétrole." 

De retour en France, monsieur et madame Lopez viennent d’écrire à Emmanuel Macron, et ils ont envoyé aussi des lettres au ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, ainsi qu'à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. "Monsieur le Président, nous vous demandons encore une fois de procéder au rapatriement de nos petits-enfants et de leur mère, au rapatriement des enfants français prisonniers et innocents", concluent-ils.  

De retour en France, monsieur et madame Lopez ont écrit leur désespoir dans une lettre adressée à Emmanuel Macron
De retour en France, monsieur et madame Lopez ont écrit leur désespoir dans une lettre adressée à Emmanuel Macron

Dans l'ancienne chambre d'enfant de leur fils Léonard, aujourd'hui condamné à mort à Bagdad, monsieur et madame Lopez ont accroché des dessins, préparé des jouets, et posé un petit vélo au pied d'une bibliothèque. Ils disent qu'ils se battront jusqu'au bout pour le retour de leurs quatre petits-fils."

*Les prénoms ont été changés

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